La dernière vidéo diffusée sur le compte YouTube du Service de police de la Ville de Montréal montre le chef Marc Parent lors du Jamboree Scout.

La police au temps du choléra

Au moment d'écrire ces lignes (mercredi après-midi dans un café qui ne filme pas ses clients boire de l'eau de vaisselle dans le noir pour mettre ça sur YouTube, merci mon dieu), le compte Twitter du Service de police de la Ville de Montréal répondait toujours aux abonnés absents. La grogne généralisée contre les cols bleus (et le travail de la police) de la Ville soulève la population du Québec dans son ensemble? Ne cherchez pas de réponses des autorités sur les médias sociaux. Elles n'y sont pas.
On pouvait donc lire mercredi sur le compte d'un service pris sous le feu croisé (pardonnez le jeu de mots) des politiciens et de l'opinion publique ce tweet : «#Tour_cycliste 2014 du SPVM au profit du @Defi_sportif AlterGo. Départ ce matin pour 1200 km. Bonne route!» Il existe un mot-clic pour désigner des échecs sur les réseaux sociaux : #fail. Pourrait-on l'employer ici?
Sur Facebook, ce n'est guère mieux. La présence du SPVM est nulle. Il y a bien un compte qui a l'air officiel. Mais une navigation rapide permet de constater qu'il s'agit d'un faux (ce qui permet à tous les discours antipolice de s'y déployer sans aucune modération. Dans le rayon «image», on a déjà vu mieux. Les comptes officiels répertoriés sur le site Web du service montréalais consistent donc en un compte Twitter, un compte YouTube (nous y reviendrons) et un compte Flickr. Que trouve-t-on sur le compte Flickr? On espère qu'il ne s'agit là que d'une page destinée aux médias qui n'ont pas de photographes afin qu'ils puissent illustrer des articles parce qu'elle est d'un ennui mortel. Mentionnons aussi qu'elle n'a pas été mise à jour depuis... plus d'un an. «Beigitude» quand tu nous tiens. 
Évidemment, on n'a pas à exiger de la présence en ligne d'un service de police qu'elle relève de la grâce d'un clip de Pharrell Williams, mais quand même. Une des premières choses que l'on apprend à des organisations qui font le saut sur les réseaux sociaux, c'est d'être conséquentes avec leur présence. Vous avez un compte Flickr, alimentez votre compte Flickr. Vous avez un compte Twitter, utilisez-le. Ou à tout le moins, servez-vous de sa légèreté et de son instantanéité pour expliquer pourquoi il demeure silencieux en temps de crise.
Le service de police de St. Louis, qui vit actuellement dans l'oeil d'un cyclone particulièrement intense (c'est un euphémisme), utilise les réseaux sociaux. Leur compte est alimenté régulièrement. A-t-il le choix? Transformons-nous ici en conseiller en communication du pauvre pour vous facturer 3,27 $, cher lecteur, afin de vous rappeler que si vous êtes dans une organisation qui n'occupe pas le terrain des réseaux sociaux, d'autres le feront, d'une manière qu'elle n'appréciera pas nécessairement. Le chef de police du service de police de St. Louis, Sam Dotson, est sur Twitter et son compte est à jour. Où est Marc Parent sur Twitter? Où est Ian Lafrenière sur Twitter? (En passant, ne cherchez pas davantage leurs collègues à Québec, ils n'y sont pas non plus.)
Des défis de plus en plus complexes
Dans un article fort éclairant publié cette semaine sur le site du magazine The Atlantic, le journaliste Conor Friedersdorf dresse un portrait éclairant des défis de plus en plus complexes auxquels les corps policiers sont confrontés avec l'arrivée des réseaux sociaux. Intitulé Video Killed Trust in Police Officers, l'article s'intéresse aux cas de plus en plus nombreux de brutalité policière dûment documentés et relayés pour la postérité. Il cite même dans son article un auteur conservateur qui en appelle maintenant à un plus grand scepticisme envers les affirmations de policiers que d'aucuns prenaient jusqu'à maintenant pour parole d'évangile. «La brutalité policière n'est pas un épouvantail, il ne s'agit pas d'une légende urbaine, d'un cas de l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'ours. Ce n'est pas un mythe créé par une tribu primitive [...]. La communauté noire croit à la brutalité policière pour la même raison pour laquelle elle croit à la pluie. Parce qu'elle l'a sentie.»
Aujourd'hui, le citoyen dispose de quelques «armes médiatiques» contre ce qu'il considère comme étant les abus des forces de l'ordre. Un professeur de l'université de Toronto, Steve Mann, appelle ça la «sousveillance». Un genre de rapport de force de la caméra. Puisque le citoyen se fait constamment surveiller par un État de plus en plus inquisiteur, et par une police contre laquelle il a le sentiment de n'avoir pas de rapport de force, le surveillé observe maintenant le surveillant, et l'enregistre. 
Tout ça a commencé bien avant les réseaux sociaux : rappelez-vous Rodney King à Los Angeles en 1991. Évidemment, la caméra et l'instantané mentent aussi. Comme le mentionne Friedersdorf dans son article, la surabondance d'images commande aussi une plus grande sagesse dans la manière dont on les juge. Les bons principes de base du journalisme sont loin d'être mis K.O. par l'arrivée des réseaux sociaux. Et c'est pour cela aussi qu'il faut que les corps policiers, s'ils veulent être entendus, ne doivent plus compter sur des méthodes de communication dignes de l'époque de Mad Men. L'aspect générationnel n'est pas non plus à exclure, et il faudra un jour où l'autre qu'un changement de garde s'opère, là comme ailleurs, pour que ces organisations s'adaptent à ces nouvelles réalités médiatiques qui semblent souvent les dépasser.
Ce qui nous amène au compte YouTube du SPVM. Un compte corporatif classique, avec des publications très bien contrôlées. Sauf que dans le dernier clip mis en ligne le 11 août dernier, on peut voir le chef Marc Parent filmé lors du Jamboree 2014, dont il est le parrain. Citons-le : «J'ai plusieurs rôles, mais disons que je suis le chancelier du mouvement scout pour le Montréal métropolitain. [...] Alors ça me fait plaisir d'être là comme policier, mais aussi comme père de famille, parce que tout ce qui touche nos jeunes et les activités pour les aider à mieux grandir, ça m'a toujours énormément intéressé. Les valeurs qu'on veut leur inculquer, les notions de respect, de solidarité, d'entraide. [...] Alors définitivement, c'est des valeurs [sic] et des compétences humaines que l'on veut voir développer chez les jeunes.»
Faudrait pas qu'Infoman tombe là-dessus.