Le candidat du Parti libéral Gaétan Barrette a rencontré des citoyens dans une épicerie de Brossard, samedi.

La Pinière: la bataille des ex

Entre les étalages de bok choy et les palourdes géantes d'une épicerie asiatique de Brossard, le Dr Gaétan Barrette passe du français à l'anglais, rigole, se fait interpeller. On est loin de l'image du guerrier héritée de son poste de président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec. Il faut dire qu'aujourd'hui, la recrue du Parti libéral a une autre job à faire : conquérir les électeurs de La Pinière.
<p>La candidate intépendante Fatima Houda-Pepin a été exclue du caucus libéral le 20 janvier dernier.</p>
«L'image qu'on a de moi, elle existe parce que président de la Fédération, c'était une job de guerre. J'ai fait ma job», illustre-t-il. «Ici, je suis dans une situation de paix. Je vais à la rencontre des gens, et c'est naturel pour moi.»
Naturel, peut-être. Mais ce candidat défait de la Coalition avenir Québec en 2012 a beau être connu sur la scène nationale, le défi est grand dans cette circonscription où est réélue sans interruption depuis 20 ans l'ex-libérale devenue indépendante, Fatima Houda-Pepin. «Ma mission sur la Terre est de me faire connaître. Je suis ici 12 heures par jour», assure M. Barrette que le chef du Parti libéral, Philippe Couillard, a présenté candidat-vedette pour les dossiers liés à la santé.
La circonscription de La Pinière, c'est Brossard, sur la Rive-Sud de Montréal. Ville dense avec 80 000 habitants, dont 38 % d'immigrants. «Il y a 67 nationalités ici. Est-ce que voyez des tensions? Non. J'ai fait bien des coins de la ville et pour moi, ici, un sujet comme la charte n'a aucun intérêt», lance la recrue libérale.
La charte
La fameuse charte de la laïcité, c'est pourtant le sujet par qui la lutte actuelle entre M. Barrette et Mme Houda-Pepin est arrivée. Cette dernière a été expulsée du caucus libéral le 20 janvier en raison d'un désaccord avec Philippe Couillard sur la question et le port de signes religieux. Mme Houda-Pepin, une musulmane qui a passé sa vie à combattre l'intégrisme, veut tous les interdire, alors que le Parti libéral limite l'obligation au fait que les services de l'État soient donnés à visage découvert.
Le 4 mars après cet épisode qu'elle qualifie de «pénible», Mme Houda-Pepin annonçait qu'elle se lançait comme indépendante contre Gaétan Barrette.
Un «transfuge» qui n'est pas «un vrai libéral», selon Mme Houda-Pepin rencontrée vendredi dans son local électoral de Brossard.
Quelques heures plus tôt, le Parti québécois (PQ) venait d'annoncer qu'il ne présenterait pas de candidat dans La Pinière et a invité les gens favorables à la charte de la laïcité à voter pour elle. Mme Houda-Pepin l'a appris en même temps que tout le monde. «Je n'ai rien demandé, rien négocié», tranche-t-elle, refusant de trop se réjouir devant cet appui. Car pour elle aussi, rien n'est gagné.
L'argent, nerf de la guerre
Maintenant indépendante, Fatima Houda-Pepin reconnaît qu'elle n'a plus la «machine libérale» derrière elle pour mener campagne, n'a pas les moyens d'un gros parti.
Elle a lancé une collecte de fonds, invitant, notamment sur les réseaux sociaux, ses partisans à contribuer à sa campagne. Elle reproche d'ailleurs à Gaétan Barrette de profiter de la caisse électorale de 40 000 $ du Parti libéral (PLQ) qu'elle a, dit-elle, contribué à remplir. «J'ai été exclue du caucus le 20 janvier. Le lendemain, le président du Parti libéral a appelé mon association pour dire qu'elle était dissoute et qu'il fallait remettre l'argent. Dans le 40 000 $, il y a 20 000 $ que j'ai amassés seulement en 2013 pour mon fonds électoral», dit Mme Houda-Pepin.
Gaétan Barrette, lui, qualifie de «manipulation» la décision du PQ. «On dit aux électeurs du PQ qu'on les utilise comme des numéros, soutient-il. C'est une mesure tactique méprisante pour les citoyens.» Malgré tout, il estime qu'à terme, la manoeuvre pourrait lui servir, en ralliant derrière le PLQ les électeurs qui ne veulent rien savoir de la charte.
Confusion
Mais cela, dit Gaétan Barrette, c'est si Mme Houda-Pepin ne tente pas «d'entretenir la confusion». «Sur le terrain, elle se présente comme libérale», soutient-il. «Ne vous trompez pas, elle est indépendante, pas libérale», a-t-il dit à de nombreuses reprises aux citoyens rencontrés dans les rayons de l'épicerie Kim Phat.
Fatima Houda-Pepin, députée depuis 1994, se présente en effet comme libérale. Au sens des valeurs libérales. Celles de la prospérité, de l'égalité, du fédéralisme, dit-elle. Pour elle, il n'y a pas de confusion ou de contradiction, seulement des convictions.
«M. Barrette vient ici pomper un vote libéral pour se payer sa limousine de ministre de la Santé. Il est ici pour ses propres ambitions. Moi, je suis ici pour servir les citoyens», dit-elle.
La politicienne assure qu'elle continuera à le faire si elle est élue comme indépendante. Malgré moins de moyens et de pouvoirs? «Mais c'est quoi, le pouvoir? demande-t-elle. Pour moi, le pouvoir, c'est d'être au service des citoyens. De défendre leurs intérêts et là-dessus, je suis imbattable.»