Le planchiste Kevin Pearce (à gauche), en compagnie de son partisan numéro un, son frère David.

La persévérance qu'on n'admire plus

On pourrait n'éprouver que de l'admiration à voir un athlète qui a failli mourir conjurer le sort et reprendre sa discipline, au péril de sa vie. Vous vous surprendrez à ne plus en avoir du tout en voyant The Crash Reel : l'histoire de Kevin Pearce, un documentaire-choc de HBO, que diffuse en version sous-titrée Super Écran samedi à 19h10, en cette première fin de semaine des Jeux de Sotchi.
Nous sommes à quelques semaines des Jeux de Vancouver, il y a quatre ans, quand le champion de surf des neiges américain Kevin Pearce se blesse gravement au cours d'un entraînement de demi-lune, en pleine période des Fêtes. Le rêve s'écroule et le calvaire commence pour celui qu'on voyait déjà sur la plus haute marche du podium. Les blessures sont graves, les séquelles, certaines.
Mais après avoir réappris à parler, à marcher, Pearce ne pense qu'à une chose, remonter sur sa planche. La suite est pathétique, et ce qu'on perçoit au début comme de la ténacité se limite rapidement à de l'aveuglement. La pitié remplace alors l'admiration.
Il n'y a que lui pour ne pas voir la réalité. Ses amis, sa famille ont beau le supplier d'y renoncer, il s'obstine, défie ses médecins avec arrogance et refuse leurs diagnostics. Même si sa vue déficiente lui fait perdre l'équilibre, que sa mémoire flanche, qu'il devient irritable. Il faudra qu'il aille jusqu'à se ridiculiser dans une compétition mineure, avec la maladresse d'un débutant.
Durant une bonne heure, on a juste envie de le brasser. Autour d'un souper de l'Action de grâces auquel tous les membres de sa famille veulent le convaincre de retrouver la raison, il se bute, malgré les pleurs de sa mère et les inquiétudes de son frère trisomique. Scène désolante quand Kevin rend visite à un planchiste dont les capacités intellectuelles ont été sévèrement atteintes par des traumatismes crâniens. Quand sa mère lui demande de pointer son coude, il pointe son épaule, ses orteils. Elle raconte qu'il a roulé sur son petit frère en voiturette de golf, et qu'il trouvait ça tout à fait normal.
Autre aspect important du film : la féroce rivalité avec son ami d'enfance Shaun White, qu'il parvient à dépasser peu de temps avant son accident. Leur course folle vers la première position les mènera à dépenser des millions pour créer de nouveaux lieux privés d'entraînement en pleine montagne, et à sauter toujours plus haut. White a eu plus de chance : il remportera l'or à Vancouver et demeure la vedette incontestée de la planche à neige encore aujourd'hui.
Nul besoin de s'intéresser au surf des neiges pour apprécier The Crash Reel, un film sur l'obsession, l'entêtement dans ce qu'ils ont de plus incompréhensible. C'est aussi une réflexion sur les règles entourant la planche à neige, de ces rampes en demi-lune dont la hauteur n'a cessé d'augmenter, de la pression des commanditaires. Jusqu'où pousser l'athlète?
Certaines images de chutes brutales sont dures à voir. Le récit des circonstances de la mort de la Canadienne Sarah Burke arrache les larmes. Étrange choix de sous-titrer en joual, avec des «fait que», «pantoute», «câlisse», pour traduire le langage familier des sportifs. On ne peut que sortir ébranlé de ce portrait troublant.
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Série noire et la folie de Marc Arcand
Déception pour Série noire, qui n'a pas réussi à attirer plus de 354 000 téléspectateurs lundi soir sur ICI Radio-Canada Télé, contre 1 277 000 pour Les jeunes loups de TVA. Le quatrième épisode a néanmoins marqué un tournant dans cette histoire, où au-delà des deux personnages principaux, celui du désaxé Marc Arcand (fabuleux Marc Beaupré) tient un rôle majeur. La scène où, déguisé en père Noël, il assiste à une fête de famille qui éveille visiblement en lui des blessures d'enfance voyageait entre l'absurde, l'inconfort, la violence, le tragique. Réjouissons-nous : Série noire ne fera pas relâche durant les Jeux de Sotchi, qui commencent à la fin de la semaine.