France et André Dion, amoureux l'un de l'autre, l'un et l'autre épris des oiseaux et des aînés de notre société.

La passion aviaire d'André Dion

Tandis que Moshe Safdie a percé l'avenir du Québec en matière d'horticulture et l'a exprimé dans les terrasses individuelles d'Habitat 67 dont il est l'architecte, que Larry Hodgson a porté ensuite le flambeau de son enseignement et que René Paquet, instigateur des Floralies internationales de Montréal et président de la Fédération des sociétés d'horticulture du Québec, a donné souffle au mouvement, André Dion, pour sa part, y a établi les oiseaux.
Tandis que Moshe Safdie a percé l'avenir du Québec en matière d'horticulture et l'a exprimé dans les terrasses individuelles d'Habitat 67 dont il est l'architecte, que Larry Hodgson a porté ensuite le flambeau de son enseignement et que René Paquet, instigateur des Floralies internationales de Montréal et président de la Fédération des sociétés d'horticulture du Québec, a donné souffle au mouvement, André Dion, pour sa part, y a établi les oiseaux.
M. Dion a, à présent, 89 ans bien sonnés. Mais n'en a pas moins, par comparaison, l'énergie de la grande débâcle de la Rivière-du-Sud, en aval de Lévis, du roman Les Anciens Canadiens de Philippe Aubert de Gaspé. C'est un homme immense dont le fracas, cependant, remue les coeurs. À ses côtés, France. Sa muse, «sa tant aimée, sa panacée contre la capitulation».
Depuis 1981, il a bien écrit 12 livres sur les oiseaux, ces aimables créatures qui seraient un puissant remède contre les chagrins qui nous tenaillent et les départs dont on ne se remet pas. Il est l'auteur, entre autres, de Bricoler pour les oiseaux (Éditions de l'homme, 2000). Plausible donc que vous ayez, dans votre cour, un de ses nichoirs.
Cette passion n'a pas que le jardin pour fenêtre ou pour partager, avec respect, leur société. Le monde entier est leur république. Partout, on doit ménager leurs parages et même les insectes dont ils se nourrissent, fussent-ils insupportables aux touristes. Et aimer leurs dons comme celui de parcourir le monde, dans un savant calcul, sans GPS, boussole ou carte routière. Y compris le merle bleu dans sa fragilité, sa force tranquille et son énorme courage.
André Dion est ornithologue, profession qui ne s'acquiert ni au collège ni à la «fac». Il l'a d'abord appris par les ouvertures de ses appartements de bohème, sous les combles, à Montréal. Et au carré Saint-Louis.
Avant la guerre, André Dion est réputé avoir offensé les autorités de son collège et ses confrères. À la façon de l'écrivain Jean Richepin, il a appréhendé leurs vies restreintes et leurs prisons sans mur. Il fut remercié. Car il ne pouvait ainsi tenir son rang dans cette académie.
Par la suite, il devient journaliste au Petit Journal, la «coop du savoir» comme se plaisait à le qualifier son rédacteur en chef, Fernand Dupuis. Sous le pseudonyme Mar­co Polo Trouvère, il y prendrait part. Il devait noircir chaque semaine quelques colonnes sur les oiseaux.
Pour ce, il a pris le chemin de Havre-Saint-Pierre, où il se mit à l'école de Mgr Napoléon-Alexandre Labrie, neveu, filleul et fils spirituel de l'humaniste et ornithologue avant l'heure Napoléon-Alexandre Comeau (1848-1923) -, à l'origine du nom de Baie-Comeau - qui ne se fâchait jamais. «Ici, sur la Côte-Nord, il n'y a que le vent qui parle fort et la mer qui se met en colère», s'excusait-il.