Lors d'un rassemblement organisé pour l'accueillir dans la capitale le jour de la première, en août, quelques milliers de fervents se sont massés sous un soleil de plomb aux abords du nouvel amphithéâtre

La musique franco, de Céline à Koriass

   
La déferlante Céline
S'il y avait un nom sur toutes les lèvres à l'été 2016, c'est bien celui de Céline Dion. En tournée au Québec, la diva a été de toutes les tribunes et a fait courir les foules à ses nombreux concerts. Rares sont les artistes qui peuvent se vanter de pouvoir remplir cinq fois de suite le Centre Vidéotron, un défi que Céline a relevé sans peine. Et les fans l'attendaient de pied ferme. Lors d'un rassemblement organisé pour l'accueillir dans la capitale le jour de la première, quelques milliers de fervents se sont massés sous un soleil de plomb aux abords du nouvel amphithéâtre, entonnant le succès S'il suffisait d'aimer à son arrivée. La vedette a multiplié les autographes et les prises de photos lors de ce bain de foule d'environ 45 minutes.
Une tempête pour un t-shirt
Safia Nolin, vêtue de son fameux t-shirt de Gerry Boulet au gala de l'ADISQ.
Qui aurait pu croire qu'un simple t-shirt à l'effigie du regretté Gerry Boulet pouvait déclencher toute une tempête? C'est pourtant ce qui s'est passé le soir du gala de l'ADISQ, alors que la tenue vestimentaire de l'auteure-compositrice-interprète Safia Nolin - et les quelques gros mots qu'elle a proférés en acceptant le Félix de la révélation de l'année - a provoqué l'ire de certains chroniqueurs et une vague de haine sur les réseaux sociaux. De quoi se demander ce qui serait advenu si ledit t-shirt avait affiché le visage d'un personnage plus controversé que le chanteur d'Angela et de Toujours vivant. Difficile de dire si c'est dû à la controverse ou à la prestation qu'elle a offerte au gala avec Les soeurs Boulay, mais les ventes de l'album Limoilou de Safia Nolin ont trouvé un nouveau souffle après l'ADISQ.
La plume et les idées de Koriass
Le rappeur Koriass
À bien des égards, 2016 a souri au rappeur Koriass, qui a vu sa plume, ses idées et son engagement soulignés à plusieurs reprises. L'année a commencé en force avec la parution de Love suprême, un quatrième album aussi accompli que réussi, qui lui a permis à l'automne de faire le plein de nominations au gala de l'ADISQ: il a finalement été récompensé parmi les albums hip-hop et pour sa pochette. Entre-temps, Emmanuel Dubois (de son vrai nom) a profité de plusieurs tribunes pour réitérer son message féministe - contre la culture du viol, notamment - et s'imposer comme un modèle positif pour les plus jeunes. À ce chapitre, l'ode à la création Plus haut qu'il a écrite à titre d'ambassadeur des Journées de la culture a non seulement été reprise dans plus de 200 écoles, mais elle lui a ouvert les portes des ondes commerciales.
Nouvelle alarme
À une époque où les ventes d'albums sont en chute libre et que les sites de diffusion en continu (streaming) comme Spotify ou Apple Music gagnent sans cesse du terrain, l'Association québécoise de l'industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ) a une nouvelle fois sonné l'alarme cet automne. Une aide gouvernementale a été réclamée: un fonds d'urgence pour permettre à l'industrie de faire face à la transition, mais aussi des changements dans les politiques culturelles pour contraindre les plateformes numériques à partager une plus grande part du gâteau. Le problème n'est pas nouveau et fait notamment écho à celui soulevé au tournant des années 2000 quand les sites de partages de fichiers ont proliféré. Et on n'a certainement pas fini d'en parler...
Pellerin à la (re)conquête des planches
Tous ses disques se sont vendus comme des petits pains chauds, mais Fred Pellerin ne s'était étonnamment jamais laissé tenter par les planches à titre de chanteur. Vrai que sa prolifique carrière de conteur le tenait bien occupé... Et selon ses dires, le plaisir qu'il éprouve à créer de la musique avec son complice Jeannot Bournival lui suffisait. Mais voilà qu'il a répondu à l'appel des diffuseurs en 2016 en plongeant dans une tournée d'une cinquantaine de dates qui lui a permis de mettre en valeur ses deux visages artistiques : de la douceur et des chuchotements en chanson, un brin d'exubérance dans ses interventions entre les pièces. Après trois représentations au Grand Théâtre (dans la grande salle, s'il vous plaît), Pellerin est revenu dans la capitale pour se mesurer à encore plus grand en s'offrant les plaines d'Abraham pendant le Festival d'été.
Albums francophones de l'année
1. Irremplaçable Klô Pelgag
Loin de brider sa créativité, Klô Pelgag pousse l'imagination - et l'ambition - un peu plus loin avec un deuxième album très abouti paru à l'automne. Cultivant un langage poétique et une forme chansonnière bien à elle, l'auteure-compositrice-interprète assume encore davantage sur L'étoile thoracique des envies orchestrales, elle qui s'est entourée d'une trentaine de musiciens pour donner corps à des créations parfois un peu cryptiques, mais indéniablement mélodiques, qui ne ressemblent à rien d'autre. Mention spéciale à la finale de l'album, lors de laquelle la singulière artiste laisse tomber le masque et se révèle dans un extrait d'une entrevue rempli de tendresse qu'elle a réalisée avec sa grand-mère avant le décès de celle-ci. De quoi boucler ce grand disque avec beaucoup d'humanité.
2. L'invitation à la lenteur d'Avec pas d'casque
À une époque où tout va souvent trop vite, il fait bon de prendre une pause... Et une grande respiration. C'est un peu à ça que nous convie la formation Avec pas d'casque avec son dernier album, paru en septembre. Si Stéphane Lafleur et ses complices n'ont jamais donné dans les grands élans flamboyants, rarement ont-ils autant prôné la lenteur que sur Effets spéciaux. Le thème est récurrent dans les textes encore truffés d'images et l'écrin folk chaleureux qui les accueille leur offre un écho soigné, d'une indéniable cohérence. D'un tableau à l'autre, on peut autant toucher au terre-à-terre qu'inviter à la contemplation. Et ça fait du bien. 
3. Fred Fortin propulsé par Ultramarr
<em>Ultramarr</em>
Entre les élans rock de Galaxie et de Gros Mené, il est toujours plaisant de retrouver le côté plus intimiste de Fred Fortin en solo. En découvrant son cinquième album, en mars, on a eu le plaisir de retrouver sa poésie brute et colorée dans un emballage musical chaleureux, tout sauf linéaire, brodé notamment au fil d'une nouvelle collaboration avec les frères Andrew et Brad Barr. Le Jeannois joue de contrastes, entre l'épuré et le presque progressif, mettant en scène des tableaux où évoluent une galerie de personnages qui filent un mauvais coton ou qui en ont marre d'encaisser, comme l'indique le double r du titre Ultramarr. Un album fort réussi, qui a à juste titre valu à Fortin les Félix du meilleur auteur-compositeur et du choix de la critique au dernier Gala de l'ADISQ.  
4. L'oeuvre «totale» de Dead Obies
Pour donner suite au très narratif Montréal $ud, qui l'a malgré lui placé au coeur d'une polémique linguistique, le collectif mont-réalais Dead Obies enfonce le clou de bien habile manière avec Gesamtkunstwerk. Un titre allemand faisant référence à l'esthétique d'oeuvre d'art totale qui était chère à Wagner, des références à Guy Debord et à La société du spectacle... Les rappeurs se sont cassé la tête pour encadrer d'un concept leurs nouvelles pièces. Mais c'est quand même en puisant au coeur de son ADN, soit l'indéniable énergie qu'il distille sur scène, que le groupe a frappé le plus fort. Avec cet album enregistré en partie devant public avec les musiciens du Kalmunity Vibe Collective qui ajoutent un bon groove à l'ensemble, le sextuor post-rap décoiffe par ses rimes qui déferlent en torrents. Mais il mise aussi sur des refrains forts et un côté mélodique bien assumé. 
5. La belle surprise de Daniel Bélanger
<em>Paloma</em>
Alors que personne ne l'attendait, la surprise est arrivée à la mi-novembre, lorsque Daniel Bélanger a dévoilé une chanson toute neuve, Il y a tant à faire, doublée de la promesse d'un nouvel album. Et le plus beau, c'est qu'on n'avait que quelques petites journées à attendre avant d'entendre la suite. Avec Paloma, l'auteur-compositeur-interprète a refermé la parenthèse rockabilly ouverte avec Chic de ville en 2013 pour revenir à des sonorités rappelant parfois la belle époque d'Opium. Plein de relief, ce Paloma nous ramène un Bélanger au sommet de sa forme. Et comme on connaît le boute-en-train qu'il sait être sur scène, l'annonce d'un concert au Grand Théâtre le 3 mai a de quoi réjouir...