Depuis quelques années, le Dr Charles Ménard est engagé avec d'autres praticiens, de McGill entre autres, dans les cours de perfectionnement pour la coloscopie.

La meilleure pratique en endoscopie

Trente ans pratiquement jour pour jour après son père, Charles Ménard a entrepris sa surspécialisation en France avant de revenir pratiquer à Sherbrooke. «J'ai choisi le climat de Marseille au lieu de celui de Paris, raconte en riant le Dr Ménard, qui a fait une année pour perfectionner ses techniques en endoscopie.
C'est ce que l'on appelle, dans le jargon, l'endoscopie d'intervention. «Ce sont des opérations endoscopiques beaucoup plus avancées où je peux apporter de l'innovation, ajoute le Dr Ménard. Nous sommes souvent appelés en renfort dans des situations complexes où il n'y a pas de modèles d'intervention ou d'options décrites pour résoudre la difficulté.»
Sa surspécialisation en endoscopie l'amène donc à trouver des solutions qui peuvent venir d'autres disciplines de la médecine. «Dans ma vision des choses, il faut éviter de travailler en silo. Il faut du décloisonnement pour s'inspirer de ce que les radiologistes font dans certaines interventions, par exemple. Je me demande si je ne pourrais pas utiliser le même matériel que lui dans un autre type d'intervention.»
Selon lui, s'exposer aux autres spécialités permet d'innover et même de suggérer aux compagnies fabriquant le matériel des améliorations à apporter aux produits pour faciliter le travail des spécialistes. «On connaît bien les comités multidisciplinaires en médecine, mais pour des aspects techniques et pratiques, ça ne fait pas encore partie des habitudes», constate le Dr Ménard. La nouvelle génération de praticiens est plus ouverte à bâtir des ponts entre les disciplines, estime-t-il.
Depuis quelques années, Charles Ménard est engagé avec d'autres praticiens, de McGill entre autres, dans les cours de perfectionnement pour la coloscopie. «Je passe une bonne partie de mon temps et de mes efforts à améliorer la pratique en général. Il s'agit d'améliorer la compétence des médecins en leur donnant des techniques et des trucs pour améliorer le confort des patients et mieux réussir les examens, expose-t-il. L'objectif est d'avoir des standards minimaux élevés. Il faut que tout le monde performe à un niveau optimum. Cela se fait à part ma pratique quotidienne où l'on m'envoie les cas spéciaux, pas toujours très faciles.»
La formation a commencé à Sherbrooke avant de s'étendre au reste de la province et, depuis quelques années, ailleurs au Canada. Elle se donne non seulement aux gastroentérologues, mais aussi aux chirurgiens et aux internistes qui pratiquent l'endoscopie, de même qu'aux pédiatres spécialisés en gastroentérologie.
L'humilité
L'objectif, ose-t-il soutenir, n'est pas toujours de sauver une vie, mais d'améliorer la condition de vie des patients. «Dans mon champ de pratique, j'effectue beaucoup d'endoscopies thérapeutiques en soins palliatifs pour soulager des patients. Il y a beaucoup d'aspects préventifs avec la coloscopie pour trouver les lésions avant qu'elles deviennent cancéreuses.»
La gastroentérologie, notamment le volet de la coloscopie, apprend l'humilité. «Nous travaillons dans les fesses des gens, expose-t-il. Nous ne sommes pas là pour nous péter les bretelles. Le gastroentérologue demeure simple et il est rarement à l'avant-scène comme les grands médecins qui font la une des magazines. Ce n'est pas une pratique très glamour
Pourtant, le Dr Ménard ne changerait pas de discipline pour rien au monde.
Quand il était jeune, sa formation de sauveteur en piscine a fait grandir peu à peu son intérêt pour la médecine. «Je n'avais pas beaucoup d'intérêt pour autre chose», se souvient-il. À l'image de son père, son choix s'est clarifié à l'école secondaire.
Toutefois, son parcours n'a pas été très rectiligne. Refusé en médecine au moment des choix pendant le cégep, il a opté pour la pharmacie, qui, à son avis, se rapprochait le plus de l'idéal recherché. «C'était démotivant. J'ai fait mon baccalauréat en pharmacie en me disant que je me reprendrais.»
S'il a choisi la gastroentérologie comme son père Daniel, ce n'est pas à cause de l'influence paternelle, mais bien en raison de la discipline elle-même. «En gastroentérologie, c'est à la fois une discipline de la médecine qui demande un effort intellectuel poussé, mais il y a la composante technique importante qui repose aussi sur une excellente connaissance intellectuelle.»
Pour lui, l'influence paternelle se situe du côté de l'éthique de travail : le travail doit être bien fait, pas question de tourner les coins rond, jamais, au grand jamais.