La maison en 13 coups de coeur

Les semaines passent. Les reportages se multiplient. Mais la mémoire en oublie plusieurs. En feuilletant les cahiers Maison de 2014, ses journalistes reviennent sur une année riche en sujets diversifiés, qui témoignent de la créativité des êtres humains et de la beauté dont ils constellent leur univers. Voici les coups de coeur des journalistes Michèle LaFerrière, Laurie Richard et Anne Drolet.
Un portrait remarquable
Il y a presque un an, Yvette Chabot, 82 ans, s'est assise par terre, en pied de bas, devant le triptyque qu'elle a peint en 2008 après la mort de son mari, Julien. Le photographe Yan Doublet a réalisé un portrait remarquable de cette femme infatigable qui n'a de cesse de cultiver le souvenir de ce grand amour et qui surmonte sa perte grâce au partage et à l'art. Michèle LaFerrière
La maison la plus chaleureus
Les lecteurs aiment les maisons dans lesquelles ils peuvent s'imaginer vivre, des constructions à échelle humaine qui ne se prennent pas pour des musées. L'été dernier, la designer Catherine Nadeau m'a ouvert les portes d'une maison de la rue Hermine, dans le quartier Saint-Sauveur. Dans une ambiance feutrée, le bois côtoie la céramique, le quartz, l'inox et des meubles au charme suranné. Tous ces éléments composent un décor éclectique plein de couleurs et de fantaisie, qui bénéficie d'une petite cour charmante. J'y vivrais sans hésitation. Michèle LaFerrière 
Mon héros
En août, j'ai fait deux heures de route avec le photographe Erick Labbé pour enfin rencontrer celui dont je parlais dans ce cahier depuis plus d'un an, Vincent Gély, qui avait acheté le presbytère de Saint-Zachary, en Beauce, à l'automne 2013. Un bâtiment de 24 pièces sans eau ni électricité que ce Montréalais de 36 ans a entrepris de retaper au grand complet. Seul. On a passé deux heures ensemble, à jaser et à se promener dans ce bâtiment immense qui était inhabité depuis trois ans et dans lequel il est toujours en train de greffer des parcelles d'âme. Michèle LaFerrière
Le sujet le plus intrigant
J'ai été fascinée par les usages du design «intentionnellement désagréable», exploré après la vague d'indignation contre les pics anti-itinérants dans les rues de Montréal et de Londres, le printemps dernier. Les villes recèlent plusieurs exemples de design hostile pour changer les comportements des citoyens. Dispositifs anti-skateboard, boîtes aux lettres antigraffitis, bancs antiflâneurs, poteau antipublicité... Le design contrôle parfois nos comportements sans que nous nous en rendions compte. On voit ici le banc en béton Camden, conçu pour prévenir la pub, les amas de résidus, le trafic de drogue, la présence d'itinérants et le vol de sac à main (on peut le placer dans la cavité derrière les pieds). Laurie Richard
Mon meuble préféré
L'ébéniste Jean-François Courteau m'avait invitée dans sa maison de Beauport afin de dévoiler sa nouvelle ligne de meubles audiovisuels. J'ai été séduite par son décor, à la fois masculin et contemporain, dans lequel il a intégré son propre mobilier : des tables constituées de montants et de longerons de merisier maintenus ensemble par des tiges filetées qui passent à travers chacun d'eux. En plus d'être original et élégant, ce concept atténue la vibration et la chaleur des chaînes audio. Michèle LaFerrière
Mon nouveau produit favori
L'entreprise montréalaise ADzif a lancé cet automne une collection d'images d'archives baptisée Iconik Images. Deux des quatre séries regroupent des photographies d'antan de la vie montréalaise. J'adore ces instants du quotidien en noir et blanc. On trouve aussi des affiches culturelles de la compagnie montréalaise Publicité Sauvage ainsi qu'une série d'affiches vintage, plus grand public. Beaucoup trop difficile d'en choisir une seule parmi les 80 images. Laurie Richard
La chambre la plus surprenante
J'allais rencontrer une artiste spécialisée dans le verre thermoformé. Jacinthe Lagueux m'accueille dans sa pimpante maison du quartier Montchâtel. Elle me montre ses bijoux et ses sculptures, me fait visiter le rez-de-chaussée, puis m'invite à l'étage. Je monte un escalier en colimaçon, j'arrive dans sa chambre, saisissante de luminosité et de blancheur, pleine d'objets et de textiles d'une couleur laiteuse, éclairée par un puits de lumière et d'innombrables fenêtres, décorée de bustiers et de guêpières de verre. La surprise et le trouble m'ont envahie. Michèle LaFerrière
Ma résidence de rêve
Un chez-soi au service de l'architecture et du paysage, tel était le désir de Michel Bell quand il a demandé à Pierre Thibault de lui dessiner une maison au bord du lac Saint-Joseph. «La déco, ce sont les fenêtres», m'a expliqué le propriétaire, un homme aux multiples passions, qui avait besoin d'espace pour ses toiles, ses articles de sport, ses livres, son canapé Mah Jong et... ses cinq enfants. Les terrasses, les balcons, l'omniprésence du verre, tout participe à l'intégration de la nature au sein de cette maison en totale communion avec son environnement. Michèle LaFerrière
Mon meuble chouchou
L'artiste-recycleur François Beauchemin m'a charmée avec son mobilier fait à partir de fourrure recyclée. Ses poufs, ses chaises et ses fauteuils sont à la fois confortables et réconfortants. L'accessoiriste de métier cherche par ses oeuvres à donner une deuxième vie à des meubles et à des manteaux défraîchis que l'on veut conserver, notamment en raison de leur valeur sentimentale. Coup de coeur pour cette sublime chaise, rembourrée avec de la fourrure de rat musqué (!) et de renard norvégien, qui transpire d'élégance avec sa jolie collerette. Anne Drolet
Ma maison 2014
Ce triplex du quartier Saint-Sauveur transformé par la jeune firme d'architecture ADHOC architectes m'a charmée. La résidente et ses deux fils ont quitté Sillery pour s'installer en basse ville. C'est la proximité avec la nature, en plein centre-ville, qui m'a le plus surprise lors de ma visite, fin août. D'un côté, nous sommes dans le boisé de la falaise grâce aux hautes fenêtres, de l'autre, en plein milieu urbain. Un juste équilibre. Laurie Richard
Brillante idée déco pas chère
Il existe aujourd'hui sur le marché toutes sortes de papiers collants colorés et à motifs, aussi connus sous le nom de washi tape. J'aime bien que certains osent les apposer sur leurs murs et leurs planchers pour créer têtes de lit, aires de jeux pour enfant ou faux papier peint. Les idées abondent sur Internet. Une bonne idée pour les logements loués, car on peut facilement les décoller. Mon coup de coeur découvert en juillet : ce faux papier peint créé par Emily, maman bricoleuse derrière le blogue Everything Emily (www.everythingemilyblog.com), réalisé pour moins de 10 $, avec deux rouleaux de papier washi noir, pour la salle de jeu de son fils. Laurie Richard 
Mon expo coup de coeur
Un vendredi, je me présente à la Galerie des arts visuels de l'Université Laval, attirée par une exposition parce qu'il y a le mot maison dans son titre : Herman's House. Guidée par la commissaire Lisanne Nadeau, je suis plongée dans les échanges épistolaires entre une artiste engagée et un détenu, Herman Wallace, qui avait vécu en isolement pendant 40 ans. Leur propos : la maison rêvée de Herman. Quelques-unes de leurs lettres, une maquette de cette maison idéale (photo) et la reproduction de la cellule du détenu constituaient l'essentiel de cette exposition bouleversante qui faisait référence à la maison «comme une extension de soi-même». Michèle LaFerrière
Mon plaisir coupable
La télévision, les séries et les téléromans sont mes compagnons des soirs de semaine. En mars, j'ai répété un exercice auquel je m'étais pliée plusieurs années auparavant : décortiquer les décors de quelques téléromans. Leurs maisons d'architecte, leurs condos contemporains et leurs lofts branchés sont soumis à un impératif : le réalisme. Leurs concepteurs cherchent des résidences existantes, créent des décors en studio ou investissent des entrepôts qu'ils métamorphosent en intérieurs plus vrais que vrais. Découvrir et montrer l'envers du décor : mon job est parfois formidable! Michèle LaFerrière