La légende de Gilbert Gagnon

Six familles ont cru fermement à la légende de Gilbert Gagnon, allant jusqu'à verser plus de 780 000 $ à Normand Lapointe pour contribuer à la recherche de l'héritage de ce lointain parent.
Hier, au palais de justice de Québec, l'avocate de la poursuite a réclamé une peine de trois ans de prison contre Lapointe qui a reconnu sa culpabilité à des accusations de fraude. Me Nathalie Chouinard a précisé au tribunal que l'accusé de 55 ans, de La Malbaie, a vécu pendant cinq ans des fruits de cette importante fraude.
Gilbert Gagnon serait parti du village des Éboulements dans les années 1800, et aurait fait fortune aux États-Unis dans le domaine de l'immobilier et des mines. Il serait mort au Montana en laissant un héritage évalué à 50 millions $. La légende de l'héritage Gagnon perdure depuis le début des années 1900 et a fait couler beaucoup d'encre depuis.
Pendant cinq ans, Lapointe a convaincu les membres de six familles de lui verser de l'argent afin qu'il puisse consacrer son temps à la chasse de l'héritage. L'accusé n'a pas ménagé les efforts dans la planification de son système frauduleux, a expliqué l'avocate de la poursuite.
Un forum sur Internet, la création d'une association des héritiers, et la formation de la compagnie Investigation Lapointe sont des éléments qui donnaient une certaine crédibilité à l'accusé, du moins auprès des personnes qui contribuaient régulièrement aux supposées recherches.
À tel point qu'un couple a confié 255 000 $ à Lapointe dans l'espoir de toucher une grosse part du magot. Ces gens ont même retiré leur régime d'épargne retraite. Pendant cinq ans, Lapointe a réussi à trouver les mots pour garder bien vivant l'espoir chez ses victimes, a souligné Me Chouinard.
La famille la moins perdante dans cette aventure a versé 27 000 $ au fraudeur. Les victimes proviennent d'un peu partout au Québec.
Hameçonnage
Des 780 000 $ versés à Lapointe, une somme de 492 000 $ a pris la direction du Nigeria. L'accusé aurait lui-même été victime de ce qui est connu comme le «scam» nigérien, un réseau de fraude qui se livre à de l'hameçonnage par Internet.
Un exemple de fraude parmi des centaines, la fille d'un riche diplomate recueille de l'argent pour obtenir la libération de son père, afin qu'il puisse quitter son pays en emportant une fortune avec lui. Évidemment, celui qui l'aidera sera largement récompensé par la suite. Lapointe y aurait cru, dans l'espoir de toucher un gros magot.
L'accusé a été détenu pendant huit mois et demi avant d'avoir droit à une libération provisoire. Détention qui serait déduite des
36 mois réclamés par la poursuite.
La défense est d'avis qu'une peine dans la collectivité suivie d'une longue période de probation serait suffisante pour assurer la sécurité de la société.
«Après huit mois et demi de détention, l'histoire des Gagnon, il n'y croit plus», a dit Me André Gaulin au sujet de son client.
Selon la défense, au début, l'accusé croyait lui aussi naïvement à la légende de Gilbert Gagnon. De la naïveté devenue de l'aveuglement volontaire à un certain moment, reconnaît Me Gaulin. Le juge Pierre Rousseau fera savoir le 12 mars le sort qu'il réserve à l'accusé.