Le magnat de la presse Pierre Karl Péladeau, à ses côtés lors de son annonce officielle dimanche, la première ministre Pauline Marois.

La journée PKP

Pierre Karl Péladeau candidat pour le Parti québécois dans Saint-Jérôme! Ça fera bien des ego à gérer pour Pauline Marois... Mais plus encore, ça ouvre tellement de portes sur des situations inusitées et incongrues que les médias devraient l'en remercier.
• PKP, un souverainiste qui demande qu'on lui accorde une équipe de hockey pour évoluer dans la Ligue nationale, contre le Canadien de Montréal? Les caricaturistes vont se régaler.
• PKP, un millionnaire, à qui Jean Charest et Régis Labeaume ont fait cadeau d'un amphithéâtre de 400 millions $ aux frais des contribuables dans l'espoir du retour des Nordiques. Il va faire quoi, le maire Labeaume, maintenant que Pierre Karl ne pourra plus se mêler de hockey?
• PKP, le principal actionnaire d'un conglomérat important impliqué dans une foule d'activités parfois associées à l'État. À la Caisse de dépôt, par exemple. Il a mis ses actions en fiducie. Mais n'est-ce pas le PQ qui réclamait la tête de David Whissell parce qu'il avait des actions, lui aussi en fiducie, d'une compagnie qui avait des contrats du ministère des Transports?
• PKP, un employeur qui a cassé les syndicats les plus forts du Québec par des lock-outs sauvages contre les employés de Vidéotron, du Journal de Montréal et du Journal de Québec. Quatorze lock-outs en tout, a noté Françoise David en rappelant que le gouvernement Marois a renié son engagement de faire adopter un projet de loi antibriseurs de grève.
• PKP, ministre du Travail, pourquoi pas? Il connaît ça, les syndicats. On a entendu hier la réaction outragée de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec. Imaginez l'embarras de la Confédération des syndicats nationaux et de la Centrale des syndicats du Québec, des centrales syndicales traditionnellement proches du Parti québécois.
PKP au Parti québécois, c'est toute une couleuvre à avaler pour le ministre de l'Enseignement supérieur, Pierre Duchesne. Il a combattu Québecor lorsqu'il était président de la Tribune de la presse, qui regroupe les journalistes affectés à l'Assemblée nationale. Péladeau avait mis ses journalistes de Montréal en lock-out et tentait de faire accréditer des journalistes du Journal de Québec en plus grand nombre, afin de remplir ses pages à Montréal. Une manoeuvre à laquelle la Tribune de la presse s'est opposée, sous prétexte qu'on lui demandait d'accréditer des scabs. Péladeau a fait appel auprès du président de l'Assemblée nationale, Yvon Vallières, qui a pris parti pour les journalistes. L'affaire s'est rendue jusque devant les tribunaux, et Péladeau a perdu.
Vous auriez dû entendre les propos de Duchesne à l'endroit de Péladeau dans le temps. En plus poli, c'était l'équivalent de l'opinion que Gaétan Barrette avait de Jean Charest et d'Yves Bolduc lorsqu'il s'est présenté pour François Legault en 2012.
PKP au PQ! Ça va spéculer fort sur le leadership du Parti dans les officines gouvernementales, chez Bernard Drainville et Jean-François Lisée, par exemple. Pauline Marois aura 65 ans à la fin du mois... Les aspirants à la succession vont s'inquiéter. Drainville se voit déjà l'héritier spirituel de René Lévesque, mais Pierre Karl Péladeau dit qu'il vient en politique pour faire la souveraineté. Quel beau panier de crabes en perspective.
Quel mandat lui donnera Pauline Marois si les péquistes sont réélus? Maintenant qu'il connaît les rouages d'Hydro-Québec, est-ce qu'on va lui demander de remplacer Martine Ouellet aux Ressources naturelles ou Élaine Zakaïb au Développement économique?
Que d'ego à gérer pour Mme Marois si tout ce beau monde est élu. Il lui faudra aussi une plus grosse flotte de limousines ministérielles! Mais bof! On n'en est pas à une limousine près, quand on «veut un pays».
P.-S. - Pauline Marois sera à Tout le monde en parle la veille du scrutin, nous a appris Le Soleil dimanche. C'est gênant pour Radio-Canada, qui s'interdit même la diffusion des sondages la veille du vote.