Les membres des médias étaient nombreux pour entendre les explications du maire, Régis Labeaume. Certains d'entre eux ont finalement subi ses foudres...

La grande séduction de Rapaille

De bons mots dans une entrevue à la télévision. Suivis d'une invitation à une conférence où il ne se tarit pas d'éloges sur le Québec. Puis un dîner avec le maire de Québec où il en rajoute. Pour enfin aboutir à un contrat. Clotaire Rapaille a joué de son charisme pour se frayer un chemin jusqu'à Québec et y décrocher le contrat de refaire l'image de la «Vieille Capitale».
Juin 2007. Le consultant en marketing accordait une entrevue à la télévision de Radio-Canada dans laquelle il glissait quelques bons mots sur le Québec. «La mission du Québec en Amérique du Nord, c'est de donner cette complémentarité qui manque entre l'instinct un peu brutal de l'Américain et le côté parental, boring, des Anglais; il y a la dimension émotionnelle que le Québec représente. Le code québécois, c'est ça, c'est l'émotion dans la culture. C'est Céline Dion, c'est le Cirque du Soleil», disait-il.
Ses paroles ont aussitôt séduit les organisateurs du Forum des grandes entreprises au Québec, une rencontre dans laquelle le gouvernement cherche à «vendre» la province aux multinationales afin qu'elles y brassent plus d'affaires. «On l'avait entendu dans une entrevue à Radio-Canada parler en bien du Québec, alors on a décidé de l'inviter», confie Howard Silverman, l'un des instigateurs.
Février 2009. Clotaire Rapaille s'amène donc à Québec pour prononcer un discours d'une quinzaine de minutes lors du cocktail d'ouverture de cette rencontre réunissant une cinquantaine de chefs d'entreprises étrangères. Poursuivant son opération charme, le Français naturalisé américain signe en soirée quelques exemplaires de son livre Cultures Codes aux hommes d'affaires.
Dans l'oeil de PôLE
Mais c'est surtout dans l'oeil de PÔLE Québec Chaudière-Appalaches, un organisme de développement économique régional, que le consultant est tombé. Le lendemain, son président, Carl Viel, prend l'initiative de présenter Rapaille au maire Régis Labeaume. Les deux hommes dînent ensemble sur ce qui débouche six mois plus tard par son embauche pour refaire l'image de Québec.
Cette rencontre entre le maire et le consultant tombait à point nommé. Après tout, à l'époque, Québec sortait à peine du 400e
et l'administration Labeaume cherchait à se maintenir au sommet de la vague. Et le maire ne cachait pas son agacement devant l'image un peu vieillotte de la capitale, surnommée dans les médias la «Vieille Capitale». «Il va falloir investir dans la ville, arrêter de penser que le Château Frontenac va nous faire vivre pendant un autre demi-siècle. Notre approche du tourisme, on ne l'a plus. On pense marketing, marketing, marketing», avait-il d'ailleurs déjà déclaré au Soleil.
Ironiquement, dans le contrat daté du 12 septembre 2009 mais rendu public seulement en février dernier, le consultant en marketing a justement exigé de loger dans une chambre du Château Frontenac.