Le tournage de La garde, en extérieurs automnaux, n'a pas été évident, d'autant plus que Sylvain Archambault ne disposait que d'un budget de 1 million $.

La garde: père en détresse

Il y a quelques années, un ami de Sylvain Archambault s'est suicidé après avoir perdu la garde de ses enfants. Hanté par le sujet, le réalisateur a sauté sur l'occasion de le transposer à l'écran. Pas pour prendre parti, ni faire un procès ou un pamphlet. Mais pour briser le silence qui entoure le «tabou» d'une certaine détresse masculine.
La garde «n'est pas autobiographique», précise-t-il en entrevue. Mais très personnel : «C'est un sujet qui me touche énormément. Je suis père de deux beaux enfants et les perdre, je ne sais pas ce que je ferais...»
Luc, lui, a choisi de kidnapper son fils de 15 ans qu'il n'a plus le droit de voir depuis cinq ans après un malheureux incident qui a fait basculer sa vie. Il l'amène à la chasse, s'enfonçant profondément dans les bois avec Sam. Il va ainsi s'engager sur une voie sans issue qui comprend plusieurs détours surprenants...
Qu'est-ce qui peut bien pousser un homme à commettre l'irréparable? «Son désir d'entrer en relation avec son fils est plus fort que les conséquences de son geste. Il sait qu'il va s'en aller en prison.»
Plusieurs faits divers retentissants ont forcé les gens à regarder la bête dans les yeux depuis quelques années. «C'est une tare de l'être humain que d'aller jusqu'au meurtre de ses enfants.» Les crimes passionnels ont nourri mythes et fiction depuis l'aube de l'humanité. L'infanticide, les enlèvements, «on n'en parle presque pas. Je crois qu'il faut en parler, se demander comment on peut soulager ces douleurs, ces âmes meurtries. Ce sont des gens normaux qui passent à l'acte. Pas des psychopathes. Mais c'est horrible.»
D'où l'idée de choisir Paul Doucet (Unité 9) pour jouer ce père désemparé et solitaire. «Tellement. C'est un acteur très, très fort qui n'a jamais eu un premier rôle important. Je pensais à lui depuis le début. Ce qui est important, c'est la notion de monsieur Tout-le-Monde. Personne n'est à l'abri. Cette personne, c'est Paul Doucet. Pour moi, il n'y en avait pas d'autre», explique le réalisateur.
Cet homme est acculé au désespoir par son incapacité de voir son fils grandir et la perte récente de son père. «J'ai perdu mon père dont j'étais très proche l'année dernière. Ça m'a tellement rapproché de mon fils de 14 ans. C'est une espèce de transfert.»
Sylvain Archambault a donc pu puiser dans son quotidien pour créer Sam. Mais contrairement à Paul Doucet, Antoine L'Écuyer (Les rescapés) ne s'est pas imposé d'emblée, même s'il a tourné avec le réalisateur dans Pour toujours, les Canadiens! (2009). La production a même fait un gros casting, sans succès. «Puis il est venu et c'est devenu tellement clair. C'est un écorché, il a cette rage en lui.» Le cinéaste a poussé le jeune acteur jusque dans ses dernières limites, dans un rôle très physique. «Dès fois, je me demandais s'il jouait.»
Huis clos dans les bois
Le tournage de 14 jours, en extérieurs automnaux, n'a pas été évident. Il fallait aussi compter sur un petit budget (1 million $). Et donc opter pour une mise en scène minimaliste en fonction de l'argent disponible et de ce drame intimiste. «C'est les deux. Ça ne donne rien d'avoir des ambitions dont tu n'as pas les moyens. C'est là que tu fais un mauvais film.»
Ce huis clos dans les bois et la personnalité du père, un taciturne qui ne discute pas et montre encore moins ses émotions, se prêtaient bien au non-dit. Et «quand il parle, ça prend tout son sens».
Avec le scénariste Ian Lauzon, «on a réduit l'écriture à sa plus simple expression. Sur le plateau, on a suivi le flot de l'histoire. J'avais des moyens suffisants pour le faire. Des films comme ça, signifiants et touchants, j'en ferais tout le temps. C'est un grand plaisir», dit celui qui a disposé de budgets considérables pour d'autres longs métrages comme Piché : entre ciel et terre.
La garde peut faire oeuvre utile, ne serait-ce qu'en termes de sensibilisation, croit Sylvain Archambault. Mais il convient qu'on ne peut faire le tour de la question en un seul long métrage, si percutant soit-il. «Je ne veux pas passer ma vie à traiter de ce sujet-là. Mais il y a au moins un autre film que je veux faire là-dessus pour aller plus en profondeur.»
La garde prend l'affiche le 4 avril.
>> Un film sur la crise du verglas
Sylvain Archambault amorcera l'automne prochain son film sur la crise du verglas, qui a paralysé une bonne partie du Québec en janvier 1998. Le grand verglas est toujours en attente d'approbation de la SODEC et de Téléfilm, «mais comme on est en troisième lecture, j'ai de très bonnes raisons de croire que ça va passer». Emmanuel Bilodeau, Catherine de Léan et Gilbert Sicotte sont pressentis pour la distribution.
Le réalisateur a l'intention de tourner principalement en février et mars 2015. Les deux jours du prologue seront filmés en octobre, en même temps que la deuxième saison de Mensonges, dont le tournage débute le 19 août. Sylvain Archambault était derrière la caméra de la première série originale québécoise d'AddikTV, qui tourne autour de deux détectives joués par Fanny Mallette et Éric Bruneau.
Sylvain Archambault (Les Lavigueur) tourne beaucoup et a toujours plusieurs chaudrons sur le feu. En plus du long métrage Les marteaux dont le scénario coécrit avec Ian Lauzon sera déposé sous peu, «j'en ai plein d'autres dont je ne peux rien dire. Mais il faut développer plusieurs projets pour arriver à tourner» au Québec.