Nicolas et sa gang veulent retrouver le vieux stade de baseball où ils ont l'habitude de jouer, fermé par la municipalité.

La gang des hors-la-loi: un petit bonheur de Conte

Le producteur Rock Demers a réuni une formidable équipe pour La gang des hors-la-loi. Et ça paraît. Ce 24e Conte pour tous s'inscrit dans les meilleurs de la série grâce à la réalisation impeccable de Jean Beaudry, le scénario astucieux d'André Melançon et ses charmants interprètes. Un petit bonheur, comme chantait notre grand poète.
C'est le premier jour de l'été. Nicolas (André Kasper), 12 ans, empoigne son gant et son bâton pour se diriger vers le vieux stade de baseball où sa gang vient le rejoindre. Une surprise de taille les y attend : on a cadenassé l'endroit, que la municipalité compte utiliser comme dépotoir. Les jeunes n'auront de cesse de tenter de lui redonner sa première vocation.
Le baseball n'est qu'un prétexte, au fond. Les spectateurs vont évidemment s'identifier à cette lutte contre une décision administrative irréfléchie, qui met de l'avant des valeurs d'ingéniosité, de persévérance et de solidarité. Mais au-delà de cette prémisse, il y a en trame de fond un drame puissant qui donne une véritable charge émotive au long métrage.
Le père de Nicolas a trouvé la mort deux ans plus tôt, dans un accident de pêche, alors qu'il naviguait avec son paternel, Jérémie (Guy Thauvette). Le grand-père de Nicolas, profondément traumatisé, sombre dans la dépression et l'alcool.
Réflexion sur les idéaux perdus
De présenter un alcoolique dans un film familial et de montrer les causes profondes de sa consommation (l'amour paternel) est une décision audacieuse. Mais elle sert aussi de prétexte à montrer le désoeuvrement des vieux du village et leur alliance subséquente avec les enfants, illustrant avec force la notion de transmission entre générations. Sans en avoir l'air, c'est aussi une réflexion sur les idéaux perdus. Un scénario astucieux, on vous disait, qui propose plusieurs niveaux de lecture.
Les enfants contribuent évidemment au charme du long métrage. Leur diversité aussi. Il y a les locaux, mais aussi les enfants de touristes en vacances. Leur union forme un microcosme du village global. C'est un peu tiré par les cheveux, mais pas tant que ça.
C'est toutefois Guy Thauvette qui porte le film sur ses épaules. Son interprétation de Jérémie est marquante. Il est facile de tomber dans la caricature quand on interprète un ivrogne, l'acteur en évite tous les pièges avec, en plus, une forte présence à l'écran qui mise sur l'intériorité et un jeu minimaliste. Il incarne vraiment son personnage, lui donnant une crédibilité sans bornes.
Parlant d'acteurs, La gang... fait un petit clin d'oeil sympathique à André Melançon, qui devait réaliser, en lui offrant un petit rôle. Même chose pour le caméo de l'ex-lanceur Derek Aucoin et pour le chien, qui s'appelle Cléo, «évidemment».
Très bon film
La gang des hors-la-loi n'est pas un grand film, mais c'est un très bon film. On n'en attendait pas tant. Bien sûr, il y a une nostalgie pour une époque révolue, qui est très assumée par ailleurs. Ce n'est pas pour rien qu'il s'agit d'un vieux stade de baseball - l'âge d'or de sa pratique au Québec est révolu.
Mais il a le grand mérite de se dérouler à l'extérieur des grands centres et de proposer un regard juste et sans complaisance sur la vie en région. Le long métrage ne pourrait d'ailleurs pas se dérouler à Québec ou à Montréal. Des enfants laissés à eux-mêmes à longueur de journée? Impossible. Ils sont tous au camp de jour...
Il y a deux semaines, j'écrivais que Les vacances du Petit Nicolas était pas mal ce qu'il y avait de mieux à se mettre sous les yeux pour une sortie familiale. C'était avant d'avoir vu La gang des hors-la-loi. Quand on parle de cinéma québécois, on oublie souvent le retentissement des Contes pour tous partout dans le monde.
Ce 24e long métrage, tout en touchant intimement notre fibre, a une résonance universelle. C'est, je crois, le plus beau compliment qu'on peut lui faire.
Au générique
Titre: La gang des hors-la-loi
Genre: comédie
Réalisateur: Jean Beaudry
Acteurs: Guy Thauvette, André Kasper et Marie-Jo Thério
Salle: Beauport, Cartier, Des Chutes (Saint-Nicolas), Lido (Lévis)
Classement: général
Durée: 1h30
On aime: la photographie, les différents niveaux de lecture, l'aspect sans prétention, la bande sonore
On n'aime pas: les jeunes un peu typés