La forêt d'arbres gris de l'artiste Diane Obomsawin est peuplée de créatures de légende.

La forêt à La Bande Vidéo: à l'orée des consolations

«Nos monstres sont peut-être des princesses qui attendent de nous que nous soyons forts et courageux.» Les mots sont de Rilke, mais Diane Obomsawin les reprend à son compte pour son installation vidéo La forêt, logée dans l'espace d'exposition de La Bande Vidéo.
Joli, touchant et ingénieux que ce microcosme d'arbres gris peuplé d'animaux et de créatures de légendes que nous propose l'artiste. Bédéiste, dessinatrice et vidéaste d'animation, Obomsawin charme par l'intelligence et la sensibilité qui se cachent derrière ses dessins charmants et simplissimes.
On entre à La Bande Vidéo sur la pointe des pieds, restant instinctivement à l'orée de cette installation qui occupe trois côtés de l'espace d'exposition. Pendant quelques minutes, trois zones d'une même forêt (les bois, une grotte et un lac) s'animent.
«Au début, je ne réussissais pas à faire une forêt grandiose, inspirée de celles de la Colombie-Britannique. Ça faisait plutôt orée du bois du bord de l'autoroute. Mais en réduisant beaucoup la taille des personnages, tout à coup elle a pris de l'ampleur», relate Obomsawin.
Sur la première image, des arbres géants sont dessinés à l'encre de Chine («ce qui leur donne une texture onctueuse», formulera joliment l'artiste). «C'est d'un gris qui fait sortir les choses. Lorsque le Petit Chaperon rouge passe, on le voit vraiment bien», ajoute-t-elle.
Effectivement, cette forêt agit comme un révélateur, un filtre entre les peurs irrationnelles qui peuplent notre imaginaire collectif et nous. «On y confronte des peurs, mais au final, c'est plutôt une forêt bénéfique. Une forêt des consolations, une forêt sacrée», souligne l'artiste, qui s'est inspirée du film Dreams de Kurosawa, où un petit garçon se glisse dans une forêt rouge, sous la pluie, pour admirer le mariage des renards. Vêtus de kimonos et finement dessinés comme des estampes japonaises, les renards dansent dans une lente procession. Un craquement attire leur attention sur le petit voyeur, pétrifié, mais ils reprennent leur marche. «Je voulais donner l'impression au spectateur qu'il est voyeur, qu'il n'est pas tout à fait supposé être là, mais qu'il est toléré», explique Diane Obomsawin.
Près du lac où cohabitent les grenouilles qui jouent de la mandoline et les baleines, un petit ourson blanc contemple passionnément son reflet. Pour créer son jeune Narcisse, Obomsawin s'est inspirée des tableaux de William Holbrook, «des scènes complètement déjantées, où des animaux font la fête comme ce n'est pas permis», indique celle qui aime par-dessus tout celui où une grande délégation d'ours danse dans la forêt, «lors d'un banquet qui fait penser à ceux des scènes finales d'Astérix et Obélix». La boucle de la vidéo se termine d'ailleurs par un chant d'amour entonné par un irrésistible choeur de petits sapins.
Il y a des êtres mi-arbre, mi-homme, inspirés d'une légende abénaquise qui raconte que les humains seraient nés des arbres. «Gaston Miron, lui, disait que s'il était un arbre, il puiserait la poésie par ses racines, qui, elles, touchent aux racines des autres arbres», souligne Diane Obomsawin, dont les racines amérindiennes, françaises et québécoises enrichissent justement la réflexion.
Jusqu'au 16 mars au 620, côte d'Abraham, à Québec.