La fausse crise cardiaque

Au volant de son auto, un homme se sent subitement mal. Il se met à transpirer. Il étouffe. Il se sent étourdi. Le malaise prend de l'ampleur d'instant en instant alors qu'il n'a aucune idée de ce qui lui arrive. Son coeur commence à battre fort et il ressent des palpitations cardiaques. Il craint de perdre le contrôle, de devenir fou ou de mourir d'une crise cardiaque. Il se dirige alors vers la salle d'urgence de l'hôpital le plus proche et s'y présente dans tous ses états. Les urgentologues sont familiers avec ce genre de malaise. Ils auront vite fait de diagnostiquer chez ce patient une attaque de panique plutôt qu'une crise cardiaque. Ils savent que ce malaise subit atteint son paroxysme en dedans de 10 minutes pour se résorber ensuite. Notre automobiliste aurait pu aussi trembler, sentir de l'inconfort dans sa poitrine, avoir une nausée, des douleurs abdominales, se sentir irréel ou détaché de lui-même, avoir des engourdissements, des frissons ou des bouffées de chaleur.
Les attaques de panique ne sont pas rares. Près de 30 % des Américains vivent cette pénible expérience au moins une fois dans leur vie. Mais seulement 5 % de ces personnes développent ce qu'on appelle le trouble panique, c'est-à-dire qu'elles ont des attaques de panique récurrentes. Par la suite, certaines de ces personnes fuient délibérément les situations où elles craignent de vivre ces attaques de panique. Quand cet évitement systématique prend des proportions, on dit que la personne souffre du trouble panique avec agoraphobie.
Les conséquences sociales et médicales du trouble panique sont énormes. Entre 50 % et 65 % des personnes qui en souffrent vivent des dépressions majeures à un moment donné. D'ailleurs, elles ont souvent aussi des troubles de personnalité. Et elles sont susceptibles d'abuser de l'alcool et d'autres drogues, d'avoir une santé précaire et de mal fonctionner sur le plan social. Bien entendu, ce sont des personnes anxieuses qui vivent aussi d'autres manifestations d'anxiété.
Il est clair qu'une attaque de panique est une réaction au stress. Plusieurs études ont démontré que le début d'une attaque de panique chez une personne coïncide avec une période de grand stress dans sa vie. Les événements stressants les plus susceptibles de déclencher cette vulnérabilité aux attaques de panique sont les relations interpersonnelles avec les êtres chers. Surtout des conflits prolongés avec le conjoint. Ou encore des conflits familiaux prolongés. Souvent, c'est la perte d'un être cher qui enclenche des attaques de panique. À une moindre fréquence, on trouve aussi comme déclencheurs d'attaques de panique de nouvelles responsabilités lourdes sur les épaules, des problèmes financiers et la maladie. Le titre du livre - Interpersonal Processes in the Anxiety Disorders - publié par l'American Psychological Association en dit long sur l'importance des relations interpersonnelles dans l'anxiété en général.
L'automobiliste du début de ce texte avait peut-être entendu une mélodie provenant de son poste de radio qui lui avait fait penser à sa maîtresse. De là, sans s'en rendre compte le moins du monde, il a peut-être pensé à sa femme et à ses enfants qui sont menacés par son infidélité. Pris de culpabilité et d'ambivalence, il a peut-être sombré dans un désarroi inconscient en une fraction de seconde. Comme si la charge émotive trop forte avait fait sauter le fusible. Il ne fera pas le lien entre ses tensions internes et cette «crise cardiaque» qui l'amène à l'hôpital. Qui plus est, il résistera d'abord à l'idée que sa crise de panique ait une explication vraiment «psychologique». Et il sera tenté de discréditer l'intervenant qui voudra l'aider à explorer son univers intérieur. Il pourrait préférer l'absorption d'un anxiolytique comme si ce médicament venait sauver son honneur. Dans son esprit, cette prescription prouverait qu'il est atteint d'une «maladie» pour laquelle existe un remède «scientifiquement» efficace.
Pourtant, la psychothérapie du trouble panique est supérieure au traitement pharmacologique. En 1993, l'Association mondiale de psychiatrie avait créé un comité pour étudier les meilleurs traitements du trouble panique et en avait livré les conclusions dans un livre (Panic Anxiety and Its Treatment). Eh bien, on y stipulait clairement que les traitements psychologiques étaient les meilleurs choix parce qu'ils n'avaient pas d'effets secondaires comme les médicaments et que leur effet perdurait dans le temps quand la thérapie était terminée contrairement aux médicaments. Mais on recommandait quand même les drogues parce que la psychothérapie exige du temps et que les patients peuvent refuser de s'y soumettre!
Selon moi, les attaques de panique sont une manifestation parmi bien d'autres de malaises très personnels qui méritent une intervention psychothérapeutique adéquate.