Sophie, Laurence, Sophie, Josiane, Stéphane, Antoine et Clara, une famille qui file le parfait bonheur à Sillery.

La face cachée de Sillery

Stéphane Bédard a habité 33 ans en banlieue. Il a 35 ans. Depuis deux ans, il habite en ville, pas n'importe où. Il s'est installé dans Sillery avec Josiane et leurs cinq enfants. Il n'a jamais été aussi heureux de sa vie.
Il n'aime pas ça quand on dit que Sillery, c'est juste des vieux chialeux. Quand il regarde autour de sa maison, il ne voit que des familles. Assis à la table de la cuisine, il pointe son doigt vers les fenêtres. «Là, ils ont deux enfants, là, trois. En face, deux. Juste autour, il y a 18 enfants. Tout le monde se connaît, tout le monde se parle. Quand quelqu'un a besoin, on se donne un coup de main.»
L'été, les parents ferment parfois la rue pour que les enfants puissent s'amuser ensemble. Josiane Lapierre ne s'ennuie pas non plus de leur vie de banlieue. «Ici, on est comme dans un village.»
Un village où les maisons coûtent un peu plus cher qu'ailleurs, quand même. Mais un village où tout se fait à pied. Stéphane n'a pas perdu au change. «On s'est départi d'un véhicule, juste là, on économise 1000 $ par mois, avec l'essence, l'entretien et le stationnement de 180 $ qu'il fallait payer.»
Josiane est infirmière à L'Hôtel-Dieu, Stéphane travaille pour une organisation gouvernementale. Ils ont utilisé les profits de la vente de leur maison de banlieue pour acheter celle de Sillery. Même sur le prix des maisons, Stéphane trouve que Sillery est victime de fausse représentation. «Faites l'exercice. Cherchez une maison avec quatre côtés en brique et cinq chambres à Sillery et en banlieue. La différence n'est pas si grande que ça.»
J'ai fait l'exercice en revenant de l'entrevue, jeudi avant-midi. Premier constat, les maisons à cinq chambres ne courent pas les rues. Je n'en ai pas trouvé. Autour de l'avenue Maguire, les moins chères étaient à 349 000 $ pour trois chambres.Dans Charlesbourg et dans Beauport, on peut en dénicher une à 250 000 $. Mais, à ce prix-là, il faut ajouter la deuxième auto et les 1000 $ par mois qui viennent avec.
Il faut aussi ajouter le stress.
Josiane se levait à 5h30, les deux plus grandes filles 15 minutes plus tard. «Je partais à 6h15, j'arrivais à la garderie, en bas de la côte du Palais, à 6h45, 6h50. J'attendais que la garderie ouvre à 7h, je montais la côte, j'étais au travail à 7h10.» Quand elle reviendra de son congé de maternité dans quelques mois, elle prendra l'autobus à 6h40, l'arrêt est juste devant la maison.
Le soir, elle devait refaire la run de lait en sens inverse. «On arrivait à la maison des fois vers 17h30, il fallait faire à souper, les bains. Dans l'auto, j'apportais une collation, quelque chose à boire, des jeux, pour occuper les filles pendant le trajet.»
Quand Stéphane habitait en banlieue, il faisait de l'eczéma. L'été, il passait plus de temps à entretenir sa piscine chauffée qu'à se baigner dedans. «On n'a plus ce stress-là, plus d'anxiété. On a une heure et demie de plus par jour pour être avec les enfants. On a le temps d'aller patiner avant souper, ça leur permet de dépenser de l'énergie. Je n'ai jamais fait autant de sport que maintenant, je vais en autobus faire du ski de fond sur les Plaines, je cours dans les parcs autour.»
Il a perdu 25 livres depuis qu'il habite Sillery.
Ce qu'il pense de tout le débat sur les commerces de l'avenue Maguire provoqué par la fermeture du Couche-Tard? «C'est un faux débat. Si le dépanneur a fermé, c'est parce qu'un dépanneur, ça fait de l'argent avec de la bière, de la liqueur, des pretzels et des chips. Ça ne répond pas aux besoins des gens du quartier, simplement.» Et les parcomètres qui seront installés? «Ça ne changera rien.»
Et, tant qu'à y être, que pense-t-il du développement des terrains boisés le long du cap? «Ces terrains-là ont une valeur patrimoniale importante, mais, de la façon dont c'est proposé, avec des îlots, je pense que ça peut être intéressant.» De ce qu'il entend autour de lui, les gens sont ouverts au développement.
Si c'est fait intelligemment.
Stéphane, lui, veut propager un secret trop bien gardé : Sillery est l'endroit rêvé pour élever une famille. «Quand je reçois mon compte de taxes, je me dis que jamais je n'ai autant profité de chaque dollar que je paye. On a une foule de services, une piscine chauffée en face qui est ouverte jusqu'à la mi-octobre, l'école sur la rue, le parc du Bois-de-Coulonge juste à côté. Et on a une vie!»
Ça, ça vaut très cher.