Depuis l'arrivée de Dan Duquette avec les Orioles en 2011, Baltimore a participé trois fois aux séries de fin de saison et remporté le championnat de la division Est de la Ligue Américaine en 2014. On voit ici le dg en compagnie du gérant Buck Showalter en février 2014.

La deuxième vie de Dan Duquette

Mardi, le baseball majeur vivra son 88e Match des étoiles. Dan Duquette en a échangé ou obtenu quelques-unes lors de sa carrière : Randy Johnson, Pedro Martinez... Après avoir été directeur général des Expos de Montréal et des Red Sox de Boston, il est resté à l'écart du baseball majeur pendant neuf ans. Depuis 2011, il a repris du service à la tête des Orioles de Baltimore, qui sont redevenus des prétendants sous son règne.
«Disons que j'ai été très chanceux de recevoir l'appel d'une équipe qui avait le goût de rebâtir», laisse tomber Dan Duquette, en entrevue téléphonique avec Le Soleil. Durant cet exil des majeures, le dg est toutefois resté proche du baseball, lançant une académie sportive au Massachusetts, se portant acquéreur d'une équipe collégiale et d'une équipe de la Ligue Can-Am et participant à la création d'une ligue de baseball en Israël.
Depuis l'arrivée de Duquette, les Orioles ont participé trois fois aux séries de fin de saison et remporté le championnat de la division Est de la Ligue Américaine en 2014. L'an dernier, c'est une défaite crève-coeur en 11e manche du match du meilleur deuxième contre les Blue Jays de Toronto qui a mis fin à leur parcours.
«Les Orioles sont un poids léger dans une division de poids lourds! Participer aux séries dans une telle division, c'est déjà quelque chose. Malheureusement, nous n'avons pas pu avancer plus loin. Cependant, nous avons toujours beaucoup de puissance et une bonne défensive», résume-t-il au sujet de la vie dans une division où son équipe doit batailler avec les Red Sox, les Blue Jays et les Yankees de ce monde, sans oublier les imprévisibles Rays de Tampa Bay.
Même s'il n'a jamais remporté la Série mondiale, l'homme de baseball de 59 ans peut au moins se vanter d'avoir contribué à mettre en place la fameuse équipe des Expos pour laquelle tout était possible, mais qui a été stoppée par la grève de 1994, et l'équipe des Red Sox qui a brisé la disette de 86 ans de l'équipe en 2004.  «Nous avions bâti un système rempli de talent à Boston, nous avions mis en place le coeur de l'équipe. J'aurais aimé rester, mais la nouvelle administration avait une vision différente», commentera-t-il au sujet de son congédiement en février 2002, à peine deux mois après l'achat de l'équipe par John Henry.
Montréal et le mont Sainte-Anne
Si Montréal garde un bon souvenir de Duquette, celui-ci garde aussi un excellent souvenir de la métropole... et du mont Sainte-Anne, où il avait ses habitudes durant la saison hivernale.
«Ça fait environ huit ans que je n'y suis pas retourné, mais j'adorais pratiquer le ski de randonnée au mont Sainte-Anne. Tout ça avait commencé à l'époque où j'étais avec les Expos. Je cherchais un endroit pour faire du ski de randonnée, car il n'y avait pas assez de neige à Montréal. Je suis tombé en amour avec le mont Sainte-Anne et j'y suis retourné pendant plusieurs années.»
C'est aussi à Montréal que celui qui avait débuté comme assistant dépisteur des Brewers de Milwaukee a gravi tous les échelons menant à la direction générale d'une équipe des majeures. «Je connaissais déjà Gary Hughes et Dave Dombrowski, qui étaient dans l'organisation. Et en 1987, le propriétaire Charles Bronfman réorientait son administration pour avoir le meilleur système de développement des joueurs», explique Duquette au sujet de son embauche comme directeur du réseau de filiales des Expos.
«J'ai vécu de belles expériences aux côtés de Dave, Bill Stoneman et Claude Brochu, d'excellents gars de baseball. En 1991, je suis devenu vice-président et directeur général», poursuit Duquette, qui a eu un rôle à jouer dans le repêchage et la signature de plusieurs vedettes des Expos comme Marquis Grissom, Rondell White, Cliff Floyd, Larry Walker et Vladimir Guerrero.
Poste de rêve
En janvier 1994, même si le jeune noyau des Expos atteignait enfin sa maturité, le natif de Dalton, au Massachusetts, a quitté après avoir reçu une offre qu'il ne pouvait refuser : devenir le dg des Red Sox, l'équipe de son enfance. Il avoue toutefois avoir eu un pincement au coeur pour son ancienne équipe quand la saison a été annulée en raison de la grève.
«Tout ça a été une grosse déception pour tout le monde, car dans la vie il faut savoir profiter des occasions. Il y avait alors chez les Expos un bon groupe de jeunes joueurs et je crois encore que la grève a fait reculer le baseball à Montréal. Ça a été une opportunité manquée pour les joueurs et j'avoue que ça aurait été bien de les voir gagner un championnat.»
Duquette est d'ailleurs de ceux qui croient que le baseball majeur pourrait un jour revivre à Montréal. «C'est possible. Il y beaucoup d'enthousiasme présentement et ce serait très bon pour Montréal et pour les Ligues majeures. Je me souviens encore de ces moments particuliers, comme quand Gary Carter a pris sa retraite dans l'uniforme des Expos. Les fans lui ont donné une ovation, parce que le fait qu'il revienne à Montréal signifiait beaucoup pour eux, mais ça signifiait beaucoup aussi pour Gary et sa famille.»
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Randy Johnson : la faute à Bronfman!
Parmi les transactions les moins glorieuses de l'histoire des Expos, il y a celle de 1989 où un longiligne lanceur gaucher et deux autres jeunes espoirs ont été échangés aux Mariners de Seattle pour obtenir le partant Mark Langston, qui a mis les voiles dès la saison complétée. Le problème, c'est que ce jeune gaucher s'appelait Randy Johnson...
À l'époque, Dan Duquette était directeur du développement des joueurs chez les Expos et c'est Dave Dombrowski, reconnu depuis le début de sa carrière pour sacrifier les jeunes espoirs au profit de vétérans établis, qui était le directeur général. Ce n'est toutefois pas Dombrowski, mais bien l'homme d'affaires Charles Bronfman que Duquette montre du doigt pour cette transaction qui a mal tourné.
Le lanceur de 6'10'' Randy Johnson a connu une brillante carrière après avoir été échangé par les Expos.
«M. Bronfman, dont c'était la dernière année comme propriétaire des Expos, avait été très clair à l'effet que si un espoir ne pouvait pas nous aider immédiatement dans les ligues majeures, il fallait l'échanger», se souvient-il.
Il faut dire que Johnson, à qui Tim Raines venait tout juste de donner le surnom de «Big Unit», lançait alors pour une moyenne ronflante de 6,67 après avoir impressionné à ses débuts dans les majeures la saison précédente. Il a donc été expédié chez les Mariners avec Brian Holman et Gene Harris pour Langston, qui est parti de Montréal aussi vite qu'il y était arrivé, et un joueur à être nommé plus tard. Deux mois plus tard, les Expos recevaient ainsi Mike Campbell, qui n'a lancé que 48 manches dans les majeures par la suite, aucune dans l'uniforme montréalais.
Quant à Johnson, il est pour sa part vite retombé sur ses (grands) pieds : le partant de 6'10" a remporté cinq trophées Cy Young, lancé un match parfait, retiré près de 5000 frappeurs sur des prises et signé 300 victoires dans une carrière de 22 saisons avant de faire son entrée au Temple de la renommée du baseball.
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Transiger deux fois pour obtenir Pedro
Tim Raines avait beau «pouvoir tout faire sur un terrain de baseball», Larry Walker «être le plus grand joueur canadien de tous les temps» et Vladimir Guerrero «être un joueur extrêmement excitant à regarder», il n'y a aucune hésitation dans la voix de Dan Duquette quand on lui demande qui est le meilleur joueur qu'il ait vu passer dans les équipes qu'il a gérées.
«C'est Pedro Martinez. Je l'ai toujours adoré, car il a toutes les qualités que tu recherches dans un grand joueur. C'était un surdoué qui jouait avec beaucoup de passion», lance Duquette, qui a obtenu non pas une, mais bien deux fois le lanceur dominicain par la voie des échanges.
«Quand j'étais à Montréal, on le suivait depuis qu'il était arrivé aux États-Unis, dans l'organisation des Dodgers de Los Angeles. Je me rappelle l'avoir vu dans la Ligue des recrues. Il pesait 140 livres, mais il lançait comme si ses cheveux étaient en feu!», se rappelle l'actuel dg des Orioles de Baltimore.
En novembre 1993, les Expos ne pouvaient plus se payer Dennis Martinez, dont le contrat était arrivé à échéance, et avaient besoin de sang neuf. Ils s'étaient donc mis à la recherche de quelqu'un pour remplacer leur premier partant.
Pedro Martinez, entouré du dg Dan Duquette (à gauche) et de l'arrêt-court Nomar Garciaparra, remercie les partisans après la saison des Red Sox de Boston en octobre 1999.
«On avait déjà parlé à des gens de notre organisation, comme Timmy Johnson et Kevin Kennedy, qui avaient déjà eu Pedro sous leurs ordres dans l'organisation des Dodgers. Les Dodgers n'étaient pas certains que Pedro pouvait être un partant, alors nous leur avons donné Delino DeShields et avons obtenu un vrai as», raconte Duquette.
Les cinq meilleures années de sa carrière
Pedro allait remporter le trophée Cy Young, remis au meilleur lanceur de la Ligue Nationale, dans l'uniforme des Expos en 1997. Peu de temps après, un Dan Duquette maintenant devenu directeur général des Red Sox de Boston faisait sonner le téléphone de Jim Beattie, son homologue des Expos...
«C'est le rêve de tout homme de baseball de pouvoir conclure un échange pour obtenir le gagnant du Cy Young. Et il n'avait que 27 ans! J'ai carrément acheté les cinq meilleures années de la carrière de Pedro. Vraiment, pour moi, c'était un rêve qui se réalisait.»
En échange de Martinez, les Expos avaient obtenu deux jeunes partants qui ont rarement été dominants : Carl Pavano et Tony Armas fils. «Chaque fois que je revois Jim et Claude Brochu [ex-propriétaire des Expos], je les remercie de m'avoir envoyé Pedro. Ce n'était pas "a gift from God", c'était plutôt "a gift from Claude!"» blague Duquette dans la langue de Shakespeare.