L'exposition nous plonge dans une collection de robes impressionnantes, mais aussi dans la vie de l'aristocrate française qui figurait parmi les femmes les mieux habillées au monde.

La «dernière reine de Paris» célébrée à New York

Muse des grands couturiers, aristocrate et symbole international de l'élégance parisienne, la Française Jacqueline de Ribes est la vedette d'une exposition qui s'ouvre jeudi au Costume Institute du Metropolitan museum (Met) de New York.
Jacqueline de Ribes: l'art du style est autant une plongée dans une collection de robes impressionnantes que dans sa vie d'aristocrate française, aujourd'hui âgée de 86 ans, amie de Saint Laurent et de Valentino, et qui, dès 1956, figure dans la liste des femmes les mieux habillées au monde.
En 1962, elle est élue au Hall of Fame de la mode, est célébrée par les plus grands photographes de mode.
Jacqueline de Ribes, qui vit à Paris, aurait dû assister mercredi à un dîner en son honneur organisé par le Met. Elle a annulé son voyage à New York après les attentats dans la capitale française.
«Après vendredi, elle m'a dit: "Célébrer alors que d'autres gens sont dans la peine?"» explique Harold Koda, le responsable du Costume Institute. «Ses pensées et prières vont aux victimes et leurs familles», a aussi précisé un message diffusé par le Costume Institute.
L'exposition, qui se tiendra jusqu'au 21 février, présente une soixantaine d'ensembles, haute couture ou prêt-à-porter, les plus anciens datant de 1962, conservés par «la dernière reine de Paris», passionnée de mode depuis son enfance.
<p>Jacqueline de Ribes en 1959</p>
En 1962, celle qui avait épousé à 19 ans le vicomte, puis comte Édouard de Ribes, annonce à ses proches médusés qu'elle va créer sa propre maison de couture. Ils en doutent, mais à 53 ans, rien ne peut l'arrêter. Sa première collection est ovationnée par la presse internationale, les États-Unis deviennent rapidement son premier marché. Elle dirigera sa maison de couture jusqu'en 1995, avant d'arrêter pour raisons de santé.
Éprise de liberté
Certaines des pièces exposées sont de sa création, d'autres de grands couturiers qui l'ont habillée, mais ont souvent été retravaillées, pour répondre à une exigence, un souci du détail et un sens de la nuance exceptionnels.
Parmi les grands noms figurant dans l'exposition, Giorgio Armani, Pierre Balmain, Bill Blass, Marc Bohan pour Dior, Roberto Cavalli, John Galliano, Madame Grès (Alix Barton), Jean-Paul Gaultier, Guy Laroche, Yves Saint Laurent, Emmanuel Ungaro.
Des vidéos retracent aussi sa vie d'aristocrate à la beauté singulière, à l'enfance sans amour qui, éprise de liberté, en dépit des contraintes de sa classe, s'essayera aussi au journalisme, au théâtre, à la télévision ou au design d'intérieur.
Au départ, explique Harold Koda, «elle ne voulait pas faire» cette exposition, «elle ne voulait pas en être le centre. Elle nous a volontiers ouvert ses archives, mais l'idée qui lui plaisait c'était celle d'un certain style de vie qui s'estompe, de le préserver», explique-t-il.
<p>L'exposition est montée de manière thématique: son «style emblématique» quand elle était jeune mère de deux enfants, «noir et blanc pour la nuit», «robes du soir» et «haute couture».</p>
Mais comme le Costume Institute est dédié à la mode et au vêtement, Harold Koda a monté l'exposition, qui a pris trois ans, autour de ses vêtements extraordinaires, présentés de manière thématique: son «style emblématique» quand elle était jeune mère de deux enfants, «noir et blanc pour la nuit», «robes du soir», «haute couture». Sont aussi exposées, dans une salle à part, deux incroyables robes de bal masqué, qu'elle fabriquait souvent en recoupant ses robes haute couture.
«Il y a la beauté, et il y a l'exception incroyable» explique Harold Koda, qui raconte avoir été «fasciné» depuis qu'il a vu Jacqueline de Ribes pour la première fois, habillée comme elle seule pouvait l'être, audacieuse, créative, perfectionniste. «Son style est tellement fort, elle a toujours été à la mode, mais elle n'a jamais suivi la mode», ajoute-t-il.