Le défenseur Jean-Claude Tremblay avait souligné au lendemain de la conquête de la coupe AVCO que le Colisée ne répondait pas aux normes de la LNH.

La Coupe AVCO, répétition pour la LNH

À l'heure où l'Association mondiale de hockey parlait de fusion avec la LNH et que le circuit Campbell se montrait de plus en plus ouvert à une expansion, la conquête de la Coupe AVCO par les Nordiques en 1977 n'aurait su tomber plus à point.
Car il ne s'agissait pas seulement pour les Nordiques de confirmer leur domination dans l'AMH, mais bien de convaincre les dirigeants de la Ligue nationale que l'équipe était suffisamment compétitive pour l'inclure dans ses plans d'expansion.
Au moment de la victoire des Fleurdelisés, quatre équipes de l'AMH, soit Québec, Hartford, Edmonton et Cincinnati, avaient d'ailleurs déjà accepté les conditions financières imposées par la LNH en vue d'une éventuelle fusion, soit une franchise de 2,5 à 3 millions $. À cela s'ajoutait, selon différentes sources d'information, un dédommagement allant de 1 à 2 millions $ pour les autres formations de l'AMH. Il en coûtait donc de 3,5 à 5 millions $ pour faire le saut dans la LNH. Une bagatelle pour la brasserie Carling-O'Keefe, alors propriétaire des Nordiques.
«En gagnant la Coupe AVCO, ça nous mettait un pied dans la LNH. C'est pour ça que c'était tellement important de remporter cette coupe-là. Ça envoyait le message qu'on était une équipe qui aspirait à la LNH. Et lorsqu'ils ont ouvert les portes trois ans plus tard, ils n'ont pas eu le choix de prendre Québec», estime l'ancien directeur général de la formation, Maurice Filion.
En janvier 1977, les Nordiques avaient déjà fait la démonstration qu'ils pouvaient jouer avec les meilleurs au monde lorsqu'ils avaient battu 6-1 la puissante formation de l'URSS, envoyant même le gardien vedette de l'Armée rouge, Vladislav Tretiak, aux douches. Les Soviétiques bouclaient de leur côté une tournée de huit matchs hors-concours en Amérique du Nord à Québec.
Tremblay a eu raison
Dans la chronique qu'il signait dans Le Soleil, l'ancien défenseur étoile des Nordiques, Jean-Claude Tremblay, ne croyait toutefois pas à une entrée immédiate dans la LNH. Notamment parce que le Colisée ne répondait pas aux normes du grand circuit.
«La direction des Nordiques a fini par bâtir une bonne équipe, et la coupe AVCO est là pour le prouver, mais si la Ville de Québec veut se retrouver dans une ligue avec Montréal, Philadelphie, Boston, New York, il va falloir qu'elle se donne un air de ville importante au Colisée.
«Le système de vente de billets, c'est une pitié juste bonne pour décourager les amateurs, et pas besoin d'être savant pour comprendre que la bâtisse de Québec n'est pas assez grande pour la LNH, et que le nombre de places n'est pas suffisant pour les gros événements. Il est temps que les autorités de Québec se décident à "jouer les grandes ligues"», écrivait l'immortel des Nordiques, au lendemain de la conquête de la coupe AVCO.
Il aura finalement eu raison, puisque les Nordiques n'auront fait leur entrée dans la LNH que trois saisons plus tard.
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La revanche de Tardif
Marc Tardif était le capitaine des champions 1977 de l'AMH.
Cible favorite du matamore Rick Jodzio, Marc Tardif avait été victime d'un coup vicieux de l'homme fort des Cowboys de Calgary lors du deuxième match de la série quart de finale de la Coupe AVCO, au printemps 1976. À la suite de plusieurs altercations pendant la rencontre, il avait quitté le banc des siens pour se précipiter sur le capitaine des Nordiques, qui ne l'avait pas vu venir. Assommé,Tardif était demeuré étendu sur la glace, inconscient, pendant que le goon continuait à le ruer de coups.
Victime d'un grave traumatisme crânien, la saison de Tardif s'est évidemment terminée là. Pour son geste, Jodzio n'avait reçu qu'une tape sur les doigts de l'AMH, qui l'avait suspendu «pour l'été». Poursuivi en justice, il s'en était sorti avec une amende de 3000 $. De son côté, Tardif avait mis tout l'été et le début de la saison suivante pour se remettre de sa blessure. Il éprouvait toujours des symptômes à son retour au jeu, en novembre et décembre, alors qu'il pensait tout abandonner. Malgré tout, il avait signé une campagne de 109 points, dont 49 buts, en seulement 62 matchs, puis bouclé les séries en soulevant la Coupe AVCO. La meilleure des revanches sur Jodzio.