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La Côte-Nord s'attaque aux pilleurs d'épaves

Qu'ils soient plongeurs expérimentés ou hommes-grenouilles du dimanche, ils sont encore trop nombreux à piller les vestiges subaquatiques de la Côte-Nord. La région a donc décidé de réagir en mettant en place un programme de protection unique au Québec, avant que son patrimoine sous-marin soit dilapidé.
«De nombreux sites d'épave sont soumis à des pillages importants, et ce, depuis longtemps», lance François Guindon, initiateur du projet et archéologue à la Conférence régionale des élus (CRE) de la Côte-Nord. 
«C'est parfois des gens de la région, mais aussi des touristes qui viennent ici pour garnir leurs collections privées. Il y en a même qui arrivent très bien équipés, avec des marteaux-piqueurs pour enlever les concrétions, dans lesquelles on trouve souvent les plus beaux objets», a-t-il ajouté.
Dans ce projet-pilote de protection du patrimoine subaquatique, la CRE s'est associée avec le ministère de la Culture et des Communications, la Sûreté du Québec, Pêches et Océans Canada et le Groupe de préservation des vestiges subaquatiques de la Manicouagan (GPVSM). Ainsi, les agents de la SQ qui naviguent près du littoral du Saint-Laurent pendant l'été ont intégré la surveillance des secteurs vulnérables au pillage, comme l'épave du Elizabeth and Mary, devant Baie-Trinité, qu'on peut voir quelquefois à marée basse. Quant à Pêches et Océans Canada, ses patrouilles aériennes effectuent une surveillance vidéo des zones sensibles.
Amendes salées
«On met l'emphase sur la sensibilisation, car c'est ce qui va changer les comportements à long terme, mais rien n'empêche de donner des tickets et l'amende peut être salée», a souligné l'archéologue. Selon le site du ministère canadien de la Justice, les amendes peuvent aller jusqu'à 100 000 $.
Pour ce qui est de l'association avec le GPVSM, il permettra d'améliorer les connaissances en vestiges subaquatiques, estime François Guindon. «Le groupe a des connaissances terrain très pointues, ses membres plongent depuis des années. Au Ministère, on connaissait 20 ou 25 sites et le partenariat avec le groupe de préservation a permis de doubler ce chiffre.»
M. Guindon signale aussi que les épaves de la Côte-Nord sont un trésor historique et peuvent devenir des moteurs économiques pour des localités qui cherchent de nouvelles avenues de développement. «Les épaves peuvent attirer des gens qui viennent spécifiquement pour les voir. Ça représente un potentiel énorme, si on le protège. Sinon, ça va bénéficier à quelques individus seulement», a-t-il conclu.