La musique qui accompagne le spectacle oscille entre John Cage et Erik Satie. Si on fait la part belle à la musique, on ne se montre pas aussi tendre à l'endroit des pianos...

La chute du piano, au mois Multi: au hasard d'un café

Amoureux des pianos, s'abstenir : pour créer La chute du piano, le collectif formé par Rhizome et Éclats n'a pas été tendre avec l'instrument à cordes. «On a détruit deux pianos dans le processus de création. On en a détruit un à la masse et on en a brûlé un autre. Des pianos qui ne fonctionnaient plus», précise Simon Dumas, l'un des directeurs artistiques du projet, qui sera présenté au Musée national des beaux-arts dans le cadre du Mois Multi.
Sur le coup, l'auteur et metteur en scène ne saisissait pas l'impact que le geste pouvait avoir. «Stéphane Guignard m'a dit : ça va créer une émotion», raconte-t-il, à propos de son codirecteur artistique, de la compagnie Éclats, à Bordeaux.
Car La chute du piano, c'est avant tout un blind date artistique, le troisième d'une série de trois entreprise par la compagnie Rhizome, de Québec. «On ne les connaissait pas du tout. Ça nous oblige à sortir de nos sentiers battus. L'idée de ce cycle de coproductions [entrepris d'abord au Mexique puis en Belgique] était d'entrer dans une phase de recherche et création, pour renouveler le type de travail que l'on fait», explique Simon Dumas.
Et le résultat a été à la hauteur de leurs attentes. «Il y a eu une belle progression. La chute du piano, c'est un objet, un spectacle, où les langages de tout le monde se sont le plus et le mieux mêlés», analyse le metteur en scène de ce spectacle singulier élaboré dans une résidence croisée entre Québec et Bordeaux, en France.
La compagnie bordelaise Éclats se spécialise dans le spectacle élaboré à partir de la musique contemporaine. Rhizome a pour mission d'introduire la littérature contemporaine sur la scène. Deux approches qui se sont complétées pour donner une prestation multidisciplinaire d'abord présentée sous sa forme à l'italienne au festival Québec en toutes lettres en 2012. Cette fois, c'est sous forme de parcours au Musée national des beaux-arts que les spectateurs pourront apprécier l'oeuvre.
Au départ de La chute du piano, en 2012, il y avait un double anniversaire, celui du compositeur John Cage. «C'était le 100e de sa naissance et le 20e de sa mort», raconte Simon Dumas. Gilles Baron, un danseur qui travaille beaucoup avec Éclats, a alors lancé : «Entre Gilles Deleuze [le philosophe] et John Cage, nous trouverons notre chemin». «C'est comme ça que ça a commencé. J'en suis venu à la phrase "Gilles et John prennent un café", pour débarrer le texte», raconte Simon Dumas.
Le processus d'écriture s'est poursuivi d'une façon particulière : Simon Dumas et sa collègue Virginie Barreteau se sont installés au bar Le Sacrilège et se sont mis à écrire en laissant place au hasard. Après 4 minutes 33 secondes d'écriture ordinaire (en hommage à la pièce 4'33'' de John Cage), les deux auteurs lançaient les dés. Le résultat leur dictait un nombre de secondes où ils écrivaient tous ce qu'ils entendaient dans le bar. Puis reprenaient ensuite le 4 minutes33 secondes. C'est de cette séance qu'est née l'idée de la chute d'un piano.
En parallèle, Stéphane Guignard et Érick d'Orion ont fait des prises de son in situ, «un principe qui était cher à John Cage», en lançant eux aussi des dés pour déterminer les endroits en ville où aller enregistrer.
«Tranquillement, le fil du spectacle s'est tissé autour de Gilles et John qui prennent un café et discutent ensemble d'un spectacle où un piano chuterait», raconte Simon Dumas. «Il y a une mise en abyme inversée que j'aime beaucoup. Gilles et John sont les deux seuls personnages de fiction de tout le spectacle. Nous, on est sur la scène, en tant que nous-mêmes. Nous sommes de vraies personnes qui font le spectacle dont deux personnages de fiction discutent», résume le metteur en scène.
La musique qui accompagne le spectacle oscille entre John Cage et Erik Satie. La Sonate no 12 de John Cage sera d'ailleurs interprétée sur un piano à queue préparé. Cette musique sera transformée en direct par l'intervention d'Érick d'Orion, artiste audio, et de Nicolas Jobin, chanteur. Il y aura aussi de la danse, par Gilles Baron et Mélanie Therrien, sans oublier des projections vidéo, oeuvres de Jean-François Dugas et de Camille Téqui. Et un piano qui chute, quelque part, bien sûr.
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Vous voulez y aller?
Quoi : La chute du piano
Quand : 14 et 15 février,à 19h et 21h
Où : Musée nationaldes beaux-arts du Québec
Billets : 20 $ (16 $ pourles 30 ans et moins etles membres du MNBAQ)