L'arrivée d'Yves Denis, Serge Pomerleau et Denis Lefebvre au palais de Justice.

«Là, c'est fini le party», a dit l'accusé Denis Lefebvre

«Là, c'est fini le party... J'espère que je pognerai pas plus que sept ou huit ans.» Pour la première fois, les jurés du procès Écrevisse ont entendu ce qui ressemblait beaucoup à des aveux de culpabilité de la part de Denis Lefebvre, un des trois accusés.
6 octobre 2010, Val-d'Or. L'opération Écrevisse bat son plein en Abitibi et dans l'ouest de la province. Au moins 370 policiers sont à pied d'oeuvre et arrêteront une soixantaine d'individus qui, selon eux, opéraient un vaste réseau de trafic de stupéfiants.
Une des présumées têtes dirigeantes, Denis Lefebvre, vient de se faire cueillir chez lui au saut du lit. Il est maintenant assis dans une minifourgonnette de la police, en attendant de se rendre à la prison d'Amos. À ses côtés, son bras droit, Yvon Lamontagne.
Les deux hommes ignorent que, caché dans le véhicule, un petit microphone, appelé «bavard», capte toute leur conversation. Et que, quatre ans plus tard, 12 jurés écouteront attentivement ce dialogue de plus de 30 minutes.
Denis Lefebvre raconte avoir vu les policiers débarquer chez lui «comme dans les vues». «Ils ont explosé la porte et ils m'ont couché à terre tout nu, explique-t-il. Ma femme pis ma fille pleuraient», explique-t-il.
Souvent arrogant dans le box des accusés, Denis Lefebvre paraissait beaucoup plus inquiet, quelques heures après avoir été épinglé par la police. «Ils n'ont pas insisté sur moi? demande-t-il à Lamontagne. Ils vont me mettre tête dirigeante, c'est sûr...»
Visiblement, Denis Lefebvre s'en veut de ne pas avoir vu venir les policiers, qui enquêtaient depuis un an sur le réseau. «J'ai même pas senti ça moi, crisse de cave!» lance-t-il. Là, c'est vrai que je suis à la retraite. Je vais vivoter avec mes affaires.»
Denis Lefebvre espère pouvoir garder son entreprise Pavage Val-d'Or. «Mais d'après moi, je ne sauverai pas ça, après 10 ans en dedans. C'est sûr que je perds ma chemise là-dedans.»
Au fil de la conversation, Denis Lefebvre devient philosophe. «C'est fait, c'est fait, qu'est-ce que tu veux qu'on fasse, lance-t-il à Yvon Lamontagne. Quand je vais sortir, je vais avoir des cheveux blancs pas mal.»
Denis Lefebvre évalue déjà le coût de sa défense à au moins 100 000 $. «J'ai 2 millions $, je devrais être bon pour faire un bout, se rassure-t-il. Pourvu que ma femme manque de rien.»
Yvon Lamontagne réfléchit à haute voix sur la stratégie à adopter. «Tant qu'à être faite, des fois tu plaides coupable tout de suite et c'est fini», dit-il. «Mais des fois tu nuis aux autres, nuance Lefebvre. En te déclarant coupable, tu déclares tous les autres coupables.»
Lors de son interrogatoire, les policiers ont montré à Lefebvre des images de l'une des 200 transactions de drogue filmées grâce à des caméras cachées. Les enquêteurs ont travaillé fort pour qu'il dénonce des complices, affirme Lefebvre.
«Ils me proposaient toutes sortes d'affaires», indique Denis Lefebvre. Ils veulent avoir «le gros» en «esti», ajoute-t-il, en parlant de Serge Pomerleau, qui allait être arrêté deux semaines plus tard.
Même si les policiers «ont le tour en tabarnak», Lefebvre jure qu'il «n'a pas dit grand-chose».
Vu l'ampleur de l'opération policière, les deux hommes anticipent de faire les manchettes.
«On va faire la une à soir», affirme Lefebvre. «Jusqu'à Noël! ajoute Yvon Lamontagne. En plus qu'il y a un meurtre là-dedans, on va faire LCN.»
Les deux hommes évoquent à ce moment la mort de leur ami Donald Rancourt, présumé trafiquant, qui a été abattu après avoir menacé les policiers avec une arme lors de son arrestation.
Combien de Pomerleau?
Une fois derrière les barreaux, Serge Pomerleau, avait fait de sa conjointe son assistante dans la préparation du procès. Il lui a notamment demandé d'identifier une compagnie d'assurances spécialisée dans les clients ayant un dossier judiciaire. Sa compagne devait aussi trouver le nombre de Pomerleau au Québec, en Abitibi et à Val-d'Or en plus de dénicher un spécialiste des surnoms adoptés par les Pomerleau. L'accusé a aussi demandé à sa femme de l'aider à faire un organigramme de tous les notables qu'il connaît à Val-d'Or.
Encore la requête
Les trois accusés du procès Écrevisse, qui se sont évadés de la prison d'Orsainville durant deux semaines en juin, ont continué de plaider jeudi soir leur requête dans le but de faire assouplir leurs conditions de détention. Ils ne sont pas à même, affirment-ils, de bien préparer leur défense. Le débat est frappé d'une ordonnance de non-publication puisqu'il se déroule hors de la présence du jury. Les médias tentent d'obtenir le droit de publier les demandes des détenus Lefebvre, Pomerleau et Denis ainsi que l'éventuelle décision du juge Louis Dionne.