La CAQ joue le tout pour le tout

Une règle non écrite à Québec et à Ottawa ces dernières années voulait que les politiciens cherchent à plaire au maire de Québec. Ou à ne pas s'y frotter.
Une règle non écrite à Québec et à Ottawa ces dernières années voulait que les politiciens cherchent à plaire au maire de Québec. Ou à ne pas s'y frotter.
Ceux qui y ont dérogé en ont payé le prix en affrontements verbaux, en mépris, parfois en votes perdus. Les conservateurs lorsqu'ils ont refusé de contribuer à l'amphithéâtre.
Le gouvernement Jean Charest s'était beaucoup collé au maire Labeaume, alors le plus populaire élu au Québec. Celui de Pauline Marois a emboîté le pas.
Je ne sais pas si la Coalition avenir Québec (CAQ) sent la soupe chaude, mais le parti de François Legault vient de rompre avec cette règle.
Non seulement il n'endosse pas toutes les demandes du maire Labeaume, mais il promet de ne pas réaliser à court terme plusieurs projets déjà promis ou attendus.
Un pari audacieux dans le microclimat politique de Québec où le maire vient d'être réélu avec 74 % d'appuis.
Ce pari est cependant cohérent pour un parti qui plaide le resserrement des finances publiques et la réduction de la dette. Il faut choisir plus soigneusement ses projets et reporter ceux qui ne sont pas urgents.
La CAQ a choisi de privilégier ceux qui touchent le plus grand nombre : la circulation et les loisirs grand public (piscine, soccer, promenade).
Ce parti pris pour la «capacité de payer des contribuables» sera-t-il suffisant pour contrer l'effet PKP et la montée du Parti québécois (PQ)?
Le FM93 diffusera ce matin un premier sondage régional qui suggère que la CAQ serait en chute et qu'une lutte à deux se dessine à Québec entre le PQ et le Parti libéral.
Ce sondage (600 répondants) a été mené par Léger Marketing à partir de lundi, après l'annonce de l'entrée en scène de Pierre Karl Péladeau.
Si la tendance s'installe et que l'effet PKP se traduit par une polarisation du vote entre PQ et libéraux, la CAQ risque de manquer d'air.
Quoi qu'il advienne, la voie qu'elle propose pour Québec restera pertinente en ce qu'elle se distingue de celle des autres.
Premier parti à dévoiler une plate-forme régionale, la CAQ aurait pu se taire, rester vague ou faire semblant de vouloir réaliser les projets de la région.
Elle a choisi de jouer le tout pour le tout et de tenir sa logique jusqu'au bout, au risque de s'attirer les foudres de la mairie. On peut ici saluer son audace et son courage.
Je me questionne par contre sur la cohérence de vouloir «réaliser sans délai» une étude sur un troisième lien interrives alors qu'on dit vouloir réduire la dette. Une promesse racoleuse et irréaliste.
Amusant de noter que malgré leurs divergences, la CAQ et le maire Labeaume puisent au même bassin d'électeurs.
Leurs meilleurs résultats électoraux ont été obtenus dans les mêmes quartiers de la couronne nord de Québec.
La CAQ en promettant de réduire les dépenses, la dette et les taxes; le maire, en multipliant les projets et les investissements publics. Belle ironie.
Un point de convergence tout de même : l'un et l'autre parlent de réduire le nombre d'employés et de reprendre le contrôle des conventions collectives et des fonds de retraite. Si nécessaire, par la force.
La plateforme régionale de la CAQ réitère en cela l'appui déjà donné par François Legault au maire Labeaume.
De passage à Québec hier matin, la première ministre Marois a dit ne pas comprendre pourquoi les gens de Québec boudent le PQ. «Tous les ingrédients» sont pourtant là, estime-t-elle.
Un «mystère pour moi aussi», confie l'ex-premier ministre Bernard Landry, pour qui «il n'y a pas d'explication facile et claire».
Moyenne d'âge élevée? Présence de nombreuses communautés religieuses»? Rivalité Québec-Montréal dans laquelle le PQ a «donné l'impression» d'être le parti du Plateau Mont-Royal? M. Landry lance les hypothèses, sans pouvoir y répondre.
Il est cependant convaincu que «Québec serait la première ville à en profiter», dit-il, en parlant de la souveraineté. Il considère comme une «erreur que le mouvement indépendantiste» n'ait pas mieux vendu ce projet à Québec.
La capitale d'un pays, c'est les ambassades et les consulats, des sièges sociaux, des congrès, surtout lorsque la ville est prospère comme Québec.
Une capitale de pays, c'est aussi davantage d'emplois dans la fonction publique, fait valoir M. Landry.
Justement.
On touche ici à un des plus significatifs paradoxes de Québec. Plus de gens dans l'administration publique, c'est plus d'emplois stables. C'est aussi plus de témoins directs et indirects, des ratés et des gaspillages quotidiens dans la machine. C'est le pain et le beurre du discours de la CAQ.