La bourse... ou la charte!

Est-ce une menace ou un simple constat? À vous de juger. Le gouvernement a lancé cette semaine un message non équivoque aux partis d'opposition : s'ils votent contre le budget et forcent la tenue d'élections générales, la campagne portera sur la charte de la laïcité, parce que son sort n'aura pas encore été réglé.
Le gouvernement aurait-il espoir de survivre au dépôt du budget? J'en doute. Mais peu importe que le budget soit déposé en mars ou en avril, il est clair que l'Assemblée nationale n'aura pas encore statué sur la charte. Au rythme où vont les choses, l'audition des gens qui ont demandé à témoigner devant la commission parlementaire ne sera pas terminée avant la fin de mars. Il faudra ensuite procéder à l'étude article par article du projet de loi 60 du ministre Bernard Drainville. Comme il s'agit d'un projet controversé et complexe, il est impossible que ce projet de loi soit adopté pendant la présente session, d'ici la fin de juin.
L'avertissement lancé par Bernard Drainville est donc sans effet sur les partis d'opposition : c'est le budget qui déterminera s'il y a des élections au printemps. Et comme une défaite de ce budget en chambre mettra fin à tous les travaux parlementaires en cours, la charte de la laïcité n'aura pas été adoptée et deviendra un enjeu électoral. Les péquistes le souhaitent, et les libéraux tout comme les caquistes en sont parfaitement conscients. D'ailleurs, Philippe Couillard a mis la table pour une bataille sur le sujet le 18 décembre, en lui consacrant une grande partie de son discours d'assermentation.
Ce qui est moins clair, c'est l'importance respective que prendront le budget et la charte pendant la campagne électorale. On aura tellement entendu parler de laïcité que tout le monde se sera fait une opinion, pour ou contre. Alors que le budget sera tout frais, avec des engagements gouvernementaux et la confirmation de l'incapacité d'atteindre l'équilibre budgétaire.
Mais quoi que l'on dise sur le budget ou la charte, c'est la prestation des chefs qui fera la différence. Et c'est là que se situe la plus grande inconnue, parce qu'il s'agira des premières élections générales pour Philippe Couillard à titre de chef du Parti libéral du Québec. Pauline Marois, par contre, a eu le temps de démontrer qu'elle a bien acquis «l'instinct du tueur» dont elle parlait déjà avant sa campagne de 2012 contre Jean Charest. Elle a pris de l'assurance, elle connaît ses dossiers, et elle sera impitoyable. François Legault sera également combatif. Il a piqué une colère noire devant son caucus avant les Fêtes en entendant le discours pessimiste de certains de ses députés. Malgré ses difficultés dans les sondages, le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) refuse de croire que son parti ne fera élire que quatre ou cinq députés et qu'il perdra son statut de parti politique à l'Assemblée nationale.
Au cours des dernières semaines, les rumeurs sur la colline parlementaire ont évoqué la possibilité que Mme Marois proroge la session dès la reprise des travaux à la mi-février et annonce un discours inaugural pour déclencher des élections avant le dépôt du budget. La première ministre a écarté ce scénario au début de la semaine, et elle tient à faire adopter le projet de loi de la ministre Véronique Hivon sur les soins de fin de vie. L'étude article par article du projet de loi a été complétée cette semaine, mais il n'est pas dit que l'adoption finale se fera rapidement. La CAQ appuie le projet, mais plusieurs libéraux, dont Philippe Couillard et Robert Dutil, ont émis des réserves importantes avant les Fêtes. L'appui de la CAQ serait suffisant pour l'adoption de cette loi, mais plusieurs députés voudront se prévaloir du temps de parole prévu avant l'étape finale de l'adoption, ce qui pourrait faire traîner les choses.
Et puis il y a la commission Charbonneau...