Jacques Lessard et Nicola Boulanger proposent avec La Boîte un univers déjanté, à l'image... et en hommage au grand Eugène.

La Boîte, à Premier Acte: si Ionesco vivait encore

Que raconterait Ionesco de nos jours? La genèse de la pièce La boîte, qui prend l'affiche mardi à Premier Acte, tient à cette simple question qui hantait le metteur en scène Jacques Lessard.
Il a lancé ses étudiants du Conservatoire d'art dramatique de Québec sur la piste de cette interrogation au printemps 2012, en leur proposant de travailler la méthode des cycles Repère, une approche de création collective. Deux dadas du metteur en scène réunis. «Ionesco est mon auteur favori. Je m'interrogeais à savoir ce qu'il aurait écrit s'il vivait aujourd'hui. Évidemment, on ne peut pas avoir sa réponse, mais nous avons développé notre propre réponse», raconte Jacques Lessard.
Les étudiants ont embarqué sans hésiter, l'esprit bien chargé des événements de la grève étudiante et de l'omniprésence des technologies, entre autres. «Ça leur a parlé beaucoup», note Jacques Lessard. «Ils ont essayé de voir notre société à travers la folie qu'avait Ionesco. Ça a donné La boîte
Mais que représente donc cette mystérieuse boîte? «La boîte représente notre aliénation, qui peut prendre plein de formes, dans plein de domaines. La boîte, c'est notre cri du coeur contre notre aliénation, et contre le fait de baisser les armes», explique Nicola Boulanger, l'un des comédiens.
Concrètement, dans l'univers de la pièce, La boîte est l'entreprise de Bobby Watson (clin d'oeil à La cantatrice chauve) et de sa famille, dont tous les membres portent le nom de Bobby Watson. Watson, un genre de Big Brother mégalomane, contrôle le peuple par l'entremise de boîtes qui sont dans les foyers et qui «brouillent» le jugement et la conscience des gens. Vient un jour, par contre, où la succession de Bobby Watson devient un problème. C'est une femme du peuple, Brebis Bérubé, qui est choisie pour lui succéder. Jacques Lessard et Nicola Boulanger n'en diront pas plus, sinon de mentionner, sourire en coin, que ce choix aura des conséquences inouïes...
Miroir déformant
L'univers de La boîte est déjanté et absurde. Les personnages, aux costumes colorés et excentriques, évoluent dans un décor gris et froid, «labyrinthique», décrit Nicola Boulanger, évoquant au passage de nombreux murs qui coulissent et des pièces qui s'emboîtent et se déboîtent. «Nous nous sommes basés sur les personnages de Ionesco, tout ce qu'ils ont d'absurde, leur humour, leur façon de penser, leur façon de s'exprimer, les schémas qui font que cet univers-là est décalé de notre réalité, mais la reflète en même temps. Comme un miroir déformant», explique le jeune comédien.
Jacques Lessard promet que tout le monde peut s'y retrouver. «Au fond, cette boîte qui n'a pas de nom représente le fait qu'on est soumis à des impératifs qu'on ne contrôle pas, mais que d'autres contrôlent pour nous», analyse l'homme de théâtre. «On est dans un monde créé de toutes pièces, mais qui ressemble malheureusement beaucoup au nôtre. [...] La meilleure expression qui décrit la pièce, c'est "rire au bord de l'abîme"», image le metteur en scène. «On se sent tous au bord d'un abîme présentement, il y a tellement de films, de séries qui nous montrent un avenir pas tellement rose. Nous, on choisit de faire réfléchir en gardant une bonne dose d'humour pour passer à travers.»
Une dernière mise en scène avant la retraite
La boîte est l'aboutissement d'un projet de classe qui est finalement devenu une pièce présentée par des finissants l'an dernier, sous le titre Le boiteux destin de Brebis Bérubé, d'abord au Conservatoire de Québec, puis à celui de Montréal.
«On a été un peu dépassés de voir à quel point ça touchait les gens», s'enthousiasme le metteur en scène Jacques Lessard. Les professionnels fraîchement diplômés ont donc décidé de reprendre la pièce avec lui, sous le nom du collectif Chapeau incendié.
Il s'agit de la dernière mise en scène de Jacques Lessard en tant que professeur au Conservatoire, puisqu'il vient tout juste d'en prendre sa retraite, après 38 ans d'enseignement. «Je voulais m'amuser au maximum en quittant cette institution, et ce, avec les choses que j'aimais. Un peu comme un résumé de ma carrière de metteur en scène. Après je me suis dit : je ne ferai plus de Ionesco. Jusqu'à la fin de mes jours, je vais faire autre chose», raconte l'ex-enseignant, qui a été l'un des piliers du Théâtre Repère créé dans les années 80.  
À l'affiche
Titre : La Boîte
Texte : Collectif
Metteur en scène : Jacques Lessard
Interprètes : Jean-Denis Beaudoin, Nicola Boulanger, Ariane Côté-Lavoie, Nicolas Drolet, Paul Fruteau De Laclos, Charlie Jutras, Amélie Laprise, Guillaume Pelletier, Annabelle Pelletier-Legros, Guillaume Pepin et Catherine Simard
Salle : Premier Acte
Dates : du 19 au 30 novembre
Synopsis : La Boîte, puissante entreprise dirigée par son PDG mégalomane, Bobby Watson, maintient la population dans une rassurante léthargie à l'aide de boîtes. Pour remédier à un problème de succession, Bobby Watson enlève une jeune femme du peuple : Brebis Bérubé. Un choix qui changera le cours de l'histoire.