L'idée de départ, soit d'adopter le regard absurde d'Ionesco pour scruter la société d'aujourd'hui, avait du potentiel.

La boîte à Premier Acte: le pouvoir d'en rire

Dans l'univers de La boîte, il n'y a que quatre animaux dans le règne animal, le boeuf bourguignon est à la mode pour souper et tout le monde porte le même nom. L'absurde est roi et maître, tout comme ce Bobby Watson qui n'en a pas assez de contrôler tout le peuple avec de rassurantes boîtes qui empêchent de penser.
Le pdg mégalomane veut encore plus de pouvoir; pour ce faire, il doit mourir et préparer sa succession. Mais voilà le problème : il n'a qu'un fils et la loi dit que c'est une fille qui doit lui succéder. L'enlèvement de Brebis Bérubé, une fille du peuple, devra régler la question... mais sèmera plutôt le chaos dans cet univers parallèle.
Ce qui était au départ un exercice de création collective dirigé par Jacques Lessard au Conservatoire d'art dramatique de Québec a donné vie à une pièce incarnée jusqu'au bout des ongles par les jeunes comédiens qui l'ont créée. Leur chimie réussit efficacement à nous embarquer dans la proposition déjantée, qui est l'affiche de Premier Acte jusqu'au 30 novembre.
L'idée de départ, soit d'adopter le regard absurde d'Ionesco pour scruter la société d'aujourd'hui, avait du potentiel. Les jeunes professionnels, guidés par Jacques Lessard, ont su sublimer de façon intéressante l'actualité récente (notamment la grève étudiante et ses casseroles).
Juste assez fantaisiste
Ce miroir déformant posé sur notre société fait mouche. L'univers créé par la troupe est juste assez fantaisiste pour être plus qu'une simple parodie, mais encore assez rattaché au réel pour qu'on se reconnaisse (un peu trop) dans cette histoire de boîtes asservissantes qui brouillent la conscience.
Les comédiens ne prétendent pas «faire du Ionesco», mais les emprunts qu'ils se permettent à son univers sont sympathiques. Au premier chef le clin d'oeil à La cantatrice chauve avec le nom de Bobby Watson et la confusion drolatique des dialogues lorsqu'il est question des membres de cette famille qui s'appellent évidemment tous... Bobby Watson.
La deuxième partie a quelques longueurs, peut-être parce que l'effet de surprise causé par les personnages loufoques aux costumes flamboyants (mention spéciale au Dieu universel qui mélange toutes les religions) s'est un peu estompé.
Malgré tout, la force de la pièce réside dans son humour à la fois cabotin, physique et intelligent, qui empêche le message sur notre asservissement collectif à la technologie de paraître moralisateur.
Mieux vaut en rire, pendant qu'on le peut encore...