Pour créer l'énorme main mécanique qui sert de base pour le numéro des contorsionnistes, trois versions et un an de travail ont été nécessaires.

Kurios: «tout est possible», dit Michel Laprise

La création de Kurios a été marquée par un credo fort : tout est possible. Michel Laprise, son metteur en scène, se définit lui-même comme «un révolutionnaire». Pas étonnant qu'il ait choisi de camper le nouveau spectacle du Cirque du Soleil dans un univers aux accents steampunk, dans une imagerie qui rappelle la révolution industrielle.
«Pour moi, ce qui est important, c'était d'avoir une époque de référence. On se sert d'une époque, mais on n'est pas à son service», précise Michel Laprise. Cette époque, c'est la seconde moitié du XIXe siècle, «un moment fabuleux dans l'histoire de l'humanité, parce qu'il y avait plusieurs inventions qui reliaient les gens entre eux. Le télégraphe, le chemin de fer, le gramophone... C'étaient des révolutions énormes. L'invention de l'électricité, c'est majeur. La société a vécu de grands bouleversements. C'était l'époque où les gens se disaient que tout était possible», poursuit-il.
Exit, les bestioles et autres créatures qui ont peuplé plusieurs des créations du Cirque. L'histoire de Kurios est celle de Chercheur, entouré de son cabinet de curiosités. L'inventeur aime jouer avec le temps, l'espace et la dimension pour réinventer le monde qui l'entoure. Quand l'invisible devient visible, et que différents personnages d'un autre monde débarquent dans son bric-à-brac, la perspective change...
Dans cette nouvelle création, les personnages ont des visages humains. «Les gens se sentent rejoints. Il y a de vraies chaises, de vraies tables... Il n'y a jamais eu autant d'accessoires dans un show du Cirque du Soleil. On sent que c'est un monde qui est habité. Si on veut que les gens regardent leur réalité quotidienne différemment, il faut nous aussi qu'on la regarde différemment, qu'on ait une réalité qui soit humaine et qu'on la transforme», raconte Michel Laprise. 
Transformer la réalité, ça pose parfois d'importants défis techniques. Il y a par exemple cette énorme main mécanique qui sert de base pour le numéro des contorsionnistes. «Créer une main géante qui bouge, c'est une chose de le dire, c'en est une autre de le faire», rigole le metteur en scène. «Ça prend deux personnes en dessous, une personne qui manipule les doigts et une autre personne qui manipule la main. Je voulais que ce soit courbe comme une main, mais les contorsionnistes avaient besoin que ce soit plat, donc on a dû faire au moins trois versions. Ça a été un an de travail. On voulait vraiment achever le look et l'ingénierie pour que ce soit un show chaleureux.»
Parmi les autres disciplines, on retrouve du rola bola, des sangles aériennes, un énorme filet rebond pour des trampolinistes et de la banquine, entre autres. «Je ne voulais pas avoir d'appareils acrobatiques traditionnels», détaille-t-il. Le metteur en scène dit avoir eu la volonté de «réinventer le Cirque du Soleil, tout en gardant son essence». «J'ai dit à mon équipe : "On va se forcer à faire ça autrement".»
Retour aux sources
Michel Laprise n'en est pas à sa première expérience avec le Cirque du Soleil. Le metteur en scène originaire de Québec est devenu dépisteur de talent pour l'entreprise en 2000. Il a participé à de nombreuses créations d'évènements spéciaux, comme le spectacle présenté au Colisée de Québec pour le 400e anniversaire de la Ville. Ces dernières années, il a aussi fait sa marque comme metteur en scène du spectacle de Madonna à la mi-temps du Super Bowl, en 2012, puis de sa tournée MDNA. Il a aussi été aux commandes de la comédie musicale Robin des Bois, en France, en 2013. 
«Je suis un peu émotif, de revenir à Québec, après tout ça», lance le natif de Sainte-Foy. C'est ici qu'il a eu la piqûre du Cirque du Soleil, un soir d'été quand il était gamin et que le grand chapiteau bleu et jaune était dressé près du marché de Sainte-Foy. «J'ai entendu la musique du Cirque et j'ai été fasciné par son exotisme et sa qualité. Je me suis approché du chapiteau, et à l'époque, comme il n'y avait pas de sécurité, j'ai soulevé la bâche et je les ai vus en train de faire la répétition générale. C'est comme si je découvrais un pays. Je me suis dit que tout était possible, dit à nouveau Michel Laprise. Je veux susciter cette émotion-là chez les spectateurs. Il ne faut pas que ce soit dans la tête, il faut que ce soit dans le ventre.» 
Steampunk ›  L'adjectif steampunk est souvent employé pour décrire l'esthétique de Kurios. En fait, ce courant littéraire et artistique se caractérise par une imagerie qui rappelle l'ère victorienne et l'époque de la révolution industrielle, vers la fin du XIXe siècle. Les inventions mécaniques de tout acabit font un retour en force. En français, on pourrait parler de rétro-futurisme, comme si on se trouvait dans un univers parallèle où la science aurait évolué sans l'invention du moteur à explosion, au profit de la machine à vapeur.  
Vous voulez y aller?
Quoi : Kurios - Cabinet des curiosités
Quand : du 24 juillet au 17 août
Où : port de Québec, sous le chapiteau
Billets : de 50 à 165 $
Info : goo.gl/x7Ih5R