Kurios du Cirque du Soleil: bric-à-brac inventif

La recette du Cirque du Soleil est éprouvée. La structure de ses spectacles est reconnaissable entre toutes: une série de numéros acrobatiques réunis par un thème scénique, des incartades clownesques (qui se prolongent souvent dans la foule) et une bande sonore interprétée en direct.
À cet égard, Kurios, le nouveau spectacle mis en scène par Michel Laprise, ne réinvente en rien la recette, mais se montre inventif en exploitant un univers de bric-à-brac insolite plongé dans une esthétique qui rappelle l'ère victorienne et la révolution industrielle.
La scène est peuplée de bricoles mécaniques et électriques créées par un chercheur. Au moment où il se harnache dans une grande chaise, reliée à toutes sortes de gramophones fusionnés avec des machines à écrire, le temps s'arrête et son expérience est interrompue par un gros train à vapeur qui rampe sur scène et décharge son lot de personnages colorés aux costumes surannés. Commence alors un joyeux chaos où le jeune jongleur de Québec Gabriel Beaudoin a la part belle pour démontrer ses talents.
L'entrée en matière est franchement dynamique. C'est vrai qu'il fait bon de retrouver des humains comme personnages, après plusieurs spectacles peuplés de bestioles et de créatures fantastiques (même si Kurios n'y échappe pas complètement non plus). L'esthétique steampunk, même si elle est moins présente dans certains numéros, distille un charme suranné et un peu mystérieux que la trame musicale teintée de jazz manouche - et même de boogie dans la dynamique finale de banquine - accompagne à merveille.
Certaines scènes rappellent l'univers de Georges Méliès, ou du moins l'impression qu'on peut en avoir aujourd'hui, quand on pose le regard sur un passé où les inventions majeures étaient encore à faire. On se croit souvent dans une vieille fête foraine, notamment dans ce cirque invisible (un genre de cirque de puces, mais grandeur nature) mené de main de «maître» par le très efficace clown David-Alexandre Després.
Les curiosités sont nombreuses dans le monde de Kurios, la moindre n'étant pas cette adorable lilliputienne transportée dans le corps du bedonnant Microcosmos - qu'on se plaît à revoir à chaque apparition même si son personnage est plutôt secondaire. Il y a aussi un vélo qui joue les trapèzes (beau flash), des équilibristes qui sortent du plafond dans un étonnant jeu de miroir, une grosse main mécanique sert de promontoire pour des contorsionnistes fluides...
Ça culmine avant l'entracte avec un fabuleux numéro de rola-bola aérien, qui illustre dans une belle analogie les débuts de l'aviation. C'est particulièrement enlevant, et tout se tient entre thématique, narration et acrobatie.
On aurait souhaité que ce soit en parfaite adéquation comme ça tout au long du spectacle, mais en deuxième partie, ça s'égare un peu. Pas de doute, les prouesses acrobatiques sont impressionnantes, et n'importe qui ayant le moindre sens de l'émerveillement y prend plaisir. Mais il semble manquer de liant entre tous les numéros, qui s'enchaînent sans que l'histoire progresse. La trame narrative est en fin de compte très mince. Pourtant, il y avait matière à la rendre plus étoffée.
L'impression qui reste est bien celle d'une plongée dans un cabinet de curiosité, mais avec tout l'éclectisme que cela laisse supposer.