Casquette à l'envers et lunettes fumées sur le nez, Mikaël Kingsbury était sur la ligne de départ du Marathon de la jeunesse, mercredi. 

Kingsbury fouetté par l'échec

«Avoir moins bien performé en Championnat du monde, ça me motive vraiment pour les Jeux olympiques. C'est une bonne affaire que ce soit arrivé», affirme Mikaël Kingsbury.
Le king du ski de bosses a profité d'une rare journée de congé d'ici au grand rendez-vous de février prochain pour venir à Québec encourager les coureurs du Marathon de la jeunesse. Mercredi matin, ils étaient 700 jeunes de 13 écoles des quartiers centraux à prendre le départ au centre Louis-Jolliet, dans Limoilou, pour 5 km de course à pied sur les berges de la rivière Saint-Charles.
Au cumulatif, ils auront franchi la distance entre Québec et Medecine Hat, en Alberta. La prochaine fois, avec un peu d'entraînement, pourquoi ne pas se rendre jusqu'à Whistler, en Colombie-Britannique? Où Kingsbury repart déjà skier dans une semaine. Ce sera ensuite Tignes, en France, en juillet, puis l'Australie, fin août, et la Suisse, en octobre, avant de reprendre la saison de Coupe du monde vers les Jeux olympiques de Pyeongchang, en Corée du Sud.
Kingsbury, 24 ans, de Deux-Montagnes, domine son sport comme personne avant lui. Ses 42 victoires en Coupe du monde, six Globes de cristal de champion de saison et deux titres de champion du monde en feraient l'athlète canadien le plus titré. Ne lui manque que l'or olympique, lui qui a rapporté l'argent de Sotchi, en 2014.
«Oui, j'ai tout gagné dans mon sport. J'ai déjà une médaille olympique. Mais aux Jeux, je ne veux pas nécessairement me concentrer sur gagner, gagner, gagner. Je sais que je suis en bonne position pour gagner, mais je dois juste skier le mieux que je peux. En fait, je dois faire ma job! Je ne dois pas m'énerver à essayer de gagner, mais juste skier, faire la meilleure descente de ma carrière. Et si je fais ça, je me mets les deux pieds peut-être sur la plus haute marche du podium», laisse-t-il entendre.
Des déclics mentaux
De son propre aveu, Kingsbury vient de connaître sa meilleure saison à vie. Onze victoires en 15 départs, 9 en 13 sur le circuit mondial pour 11 podiums. Victoire, par un centième de point, à l'épreuve-test olympique, un an avant les Jeux. Mais zéro en deux au Championnat du monde. À peine une médaille de bronze.
Mais c'est à croire que l'échec le motive davantage que le succès. «Aucun champion olympique de bosses n'avait gagné le Championnat du monde l'année précédente en simple [l'épreuve olympique]», glisse-t-il, lui qui s'est fait faire le coup par son compatriote Alexandre Bilodeau en 2014, alors que le titre mondial de 2013 lui était justement revenu.
Précisons que l'exploit a déjà été accompli, mais on doit remonter à Jean-Luc Brassard (titre mondial en 1993 et titre olympique en 1994) et Edgar Grospiron (1991 et 1992).
Malgré son jeune âge, Kingsbury est le bosseur le plus assidu en Coupe du monde depuis 2010. Il enchaîne départs et victoires au même rythme ou presque, tout en continuant de s'améliorer. Mauvaise nouvelle pour ses rivaux. «J'ai eu quelques déclics cette année, surtout au plan mental», explique-t-il, justifiant ce progrès par l'expérience et la consultation d'un psychologue sportif.
«Je me complique un peu moins la tête. Je suis plus efficace, le moins compliqué possible. En haut du parcours, c'est tellement facile de penser au résultat ou de se projeter dans le futur. Il s'agit plutôt de rester dans le présent, de bien respirer et ça fait vraiment une grosse différence. Je deviens ainsi plus relaxe et je prends des meilleures décisions sur mes skis», résume-t-il, sous sa casquette à l'envers et ses lunettes fumées.
Le Marathon de la jeunesse est une initiative de l'organisme Motivaction Jeunesse. Après les 700 écoliers, 300 nouveaux immigrants ont aussi emboîté le pas de course, mercredi. Vendredi et samedi, ce sera au tour du Défi du Cap-Blanc et de son escalier de 398 marches d'accueillir les coureurs, avant la tenue de la Fiesta des jeunes du monde, le 1er juin, sur l'esplanade du parlement.