«Ça fait très plaisir de savoir que je suis là parce que j'ai décidé de ne pas abandonner et de croire en moi»- Kim Lamarre

Kim Lamarre: l'héritière de Gigi

Pour une skieuse, passer tout le mois de mars à l'ombre du Mont-Sainte-Anne ressemblerait au bonheur. Mais pas pour Kim Lamarre. Pas quand tu es clouée au divan. Pas quand tu dois essuyer tes larmes pour suivre sur iPad des compétitions où tu devais être, à l'autre bout du monde. Par chance que mamie Gigi était là pour apporter la boîte de mouchoirs.
«Elle s'occupait de moi, me faisait à manger. Elle était toujours positive. Elle ne m'a jamais découragée», affirme Lamarre, 11 mois après avoir subi une deuxième chirurgie en à peine un an pour réparer une déchirure du ligament croisé antérieur du genou droit. Le gauche y était passé en 2009.
Ginette «Gigi» Séguin a participé aux trois épreuves féminines de ski alpin des Jeux olympiques de 1956, à Cortina d'Ampezzo, en Italie. Elle a fini 18e au slalom, meilleure Nord-Américaine. À la veille des Championnats du monde de 1958, le mariage a coupé court à sa carrière sportive.
«Il ne faut jamais dire à un athlète d'abandonner la poursuite de son idéal», insiste aujourd'hui la résidente de Saint-Ferréol-les-Neiges, qui peut autant vous parler de Gaby Pleau - une fracture à la jambe droite en 1946 a mis fin à son rêve de participer aux JO de Saint-Moritz en 1948 - que de Sarah Burke, la championne de ski acrobatique (demi-lune) qui s'est tuée à l'entraînement en 2012. La dame de 79 ans fait du ski de fond quatre ou cinq fois par semaine.
Cinquante-huit ans après Cortina, sa petite-fille s'en va à Sotchi. Kimberly «Kim» Lamarre a arraché sa qualification en descente acrobatique (slopestyle) envers et contre tous, dont les décideurs de l'équipe canadienne qui l'ont exclue en chemin.
«Après deux ans sans résultat en compétition, ils ont décidé de me laisser tomber. Ç'a mis un peu plus d'huile sur mon feu. J'ai voulu prouver à tout le monde que j'étais encore là et que j'étais capable de le faire, que ce n'est pas une blessure au genou qui allait m'arrêter», souligne celle dont la deuxième place à l'étape d'ouverture du Dew Tour, sa compétition de retour, début décembre, a ébranlé des certitudes.
«J'ai vu les visages changer, ils ont recommencé à croire en moi. C'est plaisant de ravoir leur support, mais j'aurais préféré l'avoir tout le long. Je suis fière de ce que j'ai fait et je ne suis pas du genre à bouder. Ça fait très plaisir de savoir que je suis là parce que j'ai décidé de ne pas abandonner et de croire en moi.
«Si j'avais écouté tous les gens autour de moi, la majorité, je dirais 90 %, je ne serais pas en train de te parler à propos de Sotchi. C'est une grande satisfaction d'avoir atteint mes rêves», confie Lamarre. Qui a reçu la confirmation de sa sélection olympique deux fois plutôt qu'une, la première ayant été infirmée une demi-heure plus tard. Erreur de calcul.
Les JO de 2018 dans sa mire
Mais Kim n'a jamais cessé de croire en elle. Gigi non plus. Et grand-maman n'est pas du genre à jouer les conseillères olympiques. «Je n'ai rien à lui apprendre de ce côté-là», assure-t-elle. «Ce sont des sports différents et des époques différentes. Dans notre temps, on était vraiment amateur et on faisait l'équipe canadienne juste le temps des Jeux ou des Mondiaux.»
Séguin et Monique Langlais, deux filles de Québec, avaient pris sur elles de passer le début de l'hiver 1956 à Stowe, au Vermont, pour arriver aux Jeux le plus prêtes possible. Une blessure a toutefois ruiné les plans olympiques de Langlais.
Lamarre fait un peu la même chose en s'établissant chaque hiver à Breckenridge, au Colorado, paradis de la glisse en style libre.
Si grand-maman reste marquée par les cérémonies d'ouverture et la parade des athlètes, dont elle garde encore la veste, Lamarre se dit bien heureuse de pouvoir y prendre part à son tour, le 7 février. Elle partait jeudi pour l'Europe et débarquera à Sotchi demain.
Malgré ses récents succès, la skieuse de Lac-Beauport s'estime négligée pour le podium. «J'ai l'impression que je m'en vais aux Jeux avec beaucoup moins de pression que certaines autres compétitrices, ce qui pourrait jouer en ma faveur. En même temps, après ma troisième place aux X Games, je sais ce que je suis capable de faire», laisse-t-elle entendre.
Gagne ou perd, ses rêves ne s'éteindront pas en Russie. Skieuse depuis l'âge de deux ans et demi, l'athlète de 25 ans se voit très bien à Pyeongchang, aux JO de 2018. Poussée par les Maggie Voisin, Américaine de 15 ans deuxième aux récents X Games, et Kelly Sildaru, phénoménale Estonienne de 11 ans, elle se dit «excitée de voir ce que je vais être capable de faire sur mes skis rendue là».
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<p>En participant aux Jeux de Sotchi, Kim Lamarre devient en quelque sorte l'héritière de sa grand-mère, Ginette Séguin, qui est allée aux JO de 1956 à Cortina d'Ampezzo, en Italie.</p>
Dix questions pour Kim Lamarre
1. Dernière pensée avant le départ?
Rien de précis. Je prends trois ou quatre bonnes respirations pour me détendre et je pars.
2. Musique de motivation?
J'écoute toujours de la musique quand je descends, un mélange de différents styles. Lors de ma troisième descente aux X Games [qui lui a valu le bronze], c'était Radio de Lana Del Rey. Une chanson heureuse, alors j'étais contente.
3. Endroit préféré pour skier?
Avant, j'aurais dit Snow Park en Nouvelle-Zélande [station de sauts en style libre fermée l'an dernier], sinon Breckenridge est pas mal ma place de choix [l'hiver, elle vit près de cette station du Colorado].
4. Si tu étais aux JO dans un autre sport?
Basketball
5. Spécialité en cuisine?
J'adore cuisiner, mais je n'ai pas de spécialité. Ma soeur a fait l'école de cuisine et on partage ce plaisir ensemble.
6. Gourmandise favorite?
Le bacon. Je ne mange plus beaucoup de viande, j'essaie de baser mon alimentation surtout sur les végétaux.
7. Où te vois-tu dans 10 ans?
Je rêve de devenir chirurgienne orthopédiste spécialiste du genou.
8. Superstitieuse?
Je l'étais beaucoup avant, mais je le suis moins maintenant. C'est plaisant de m'être détachée de ça. Reste que tantôt, j'ai marché sous un échafaud et je n'étais pas très à l'aise.
9. Athlète que tu rêves de rencontrer?
J'espère rencontrer Sidney Crosby aux Jeux olympiques. J'ai son gilet, un gilet de Carey Price et un de Patrick Kane que j'ai gagné en jouant au poker, mais je l'aime moins que les deux autres.
10. Quand je serai grande, je serai...
J'aimerai toujours m'amuser. Même si je deviens médecin, ça ne m'empêchera pas de garder un coeur jeune et fou.