Le boxeur de 31 ans a joué le tout pour le tout.

Kevin Bizier: une victoire décisive

Confronté à un jeune adversaire invaincu, le 7 novembre, en Floride, Kevin Bizier s'était lancé un ultimatum. Ce serait la victoire et une chance en championnat du monde ou la défaite et la retraite. Neuf jours plus tard, sa carrière est plus vivante que jamais.
Après des débuts éclatants chez les professionnels, la carrière de Kevin Bizier stagnait ces dernières années. Plusieurs combats annulés, une blessure et une paire de défaites contre le Roumain Jo Jo Dan l'avaient éloigné d'une chance en championnat du monde. À 31 ans, avec une nouvelle occasion de devenir aspirant obligatoire à la ceinture IBF des mi-moyens, le boxeur de Saint-Émile a joué le tout pour le tout.
«Ça ne me tentait pas de retomber dans les bas-fonds, à mon âge, et essayer de rebondir pour redevenir aspirant. Je pensais arrêter de boxer si je perdais ce combat-là», explique-t-il à propos de son duel contre le jeune Ghanéen Fredrick Lawson, étoile montante des 147 livres chez nos voisins du sud.
«Moi, je n'avais pas l'impression d'être le négligé, mais après le combat en regardant les messages de félicitation que les gens m'envoyaient, je me rendais compte que les gens pensaient que j'allais me faire planter!»
Si Kevin Bizier en parle maintenant à l'imparfait, avec le sourire, c'est que pour la première fois depuis longtemps, tout a été selon le plan. Pour vaincre Lawson, Bizier savait qu'il devait être au sommet de son art. C'est pourquoi il avait décidé de ramener dans son coin le réputé entraîneur Marc Ramsay, avec qui il avait travaillé plus tôt dans sa carrière. «Je me suis rendu compte que si je voulais performer dans le monde de la boxe, il fallait que ce soit avec Marc.»
La stratégie établie par Ramsay était claire, et Kevin Bizier l'a appliquée à merveille. Il devait avancer constamment sur Lawson, pourtant reconnu pour sa force de frappe. Rien pour impressionner le Québécois. «J'aime ça les gars qui veulent se battre et c'est ce qu'il a fait.»
Après 10 rounds à se faire matraquer par Bizier, Lawson a abandonné en raison d'une sévère blessure à la mâchoire. «Hos... que je suis content», a laissé tomber Bizier devant les caméras américaines en se retournant vers son coin.
Élevé dans la boxe, passé chez les professionnels en 2007, Kevin Bizier y est enfin : aspirant obligatoire à la ceinture IBF de Kell Brook, il devrait devenir d'ici neuf mois le premier boxeur originaire de Québec à se battre en championnat du monde. «J'ai boxé toute ma vie pour obtenir un combat de cette envergure-là. Ma carrière vient de prendre un nouveau souffle.»
Après son combat contre Lawson, en Floride, présenté à l'occasion de Premier Boxing Champions, Kevin Bizier a reçu un coup de fil du patron milliardaire de la prestigieuse série. «Al Haymon nous a appelés après le combat et ce n'est pas le genre à appeler n'importe qui. Il m'a félicité de ma performance et s'est réjoui du bon combat que ça avait donné.»
Évidemment, la victoire de Bizier a des dimensions économiques. Il a empoché sa plus grosse bourse en carrière et la prochaine sera bien supérieure. «En plus, comme aspirant obligatoire, les bourses sont beaucoup plus grosses que lorsque tu es aspirant optionnel. J'aime la boxe comme personne, mais on fait aussi ça pour faire un peu d'argent et être capable d'investir. Les boxeurs, on ne travaille pas comme tout le monde. À 35 ans, moi, je suis presque sûr que ce sera fini la boxe alors il faut que mon avenir, financièrement, soit préparé.»
Mais Kevin Bizier ne veut plus trop parler de son après-carrière. Il préfère le moment présent. «Mon prochain combat sera contre Kell Brook. Je vais m'entraîner intensivement d'ici là et arriver prêt.»