Praxède Lévesque-Lapointe

Karité Delapointe: une aventure amorcée en 2002

Au Québec, et probablement même au Canada, la seule entreprise certifiée bio équitable par TransFair Canada pour la transformation finale et la distribution du beurre de karité, c'est Karité Delapointe, à Bury, près de Sherbrooke. Au moment de l'entrevue, 18 tonnes de karité étaient en route par bateau depuis Léo, au Burkina Faso.
L'aventure de Karité Delapointe en affaires commence en 2002 à très petite échelle avec des importations de 500 kilos par année alors que Daniel Lapointe était à la barre de l'entreprise.
Toutefois, la certification équitable arrive en 2007-2008, l'année où Praxède Lévesque-Lapointe prend la relève de son mari, décédé l'année précédente. Elle commande neuf tonnes de karité et lance l'entreprise dans une sphère d'activité plus grande encore.
«J'ai failli tout abandonner»
«Quand Daniel est décédé, raconte Praxède Lévesque-Lapointe en entrevue, j'ai failli tout abandonner. Mais, mon mari et moi, nous nous étions donné la mission de faire connaître le karité partout au pays. Nous avions créé des attentes avec les femmes de Léo. Je ne voulais pas les laisser tomber.»
Le fait qu'il s'agissait de commerce équitable était une autre raison pour reprendre le collier et donner une nouvelle tournure à l'entreprise. «Quand je rencontre les gens de la coopérative de Léo, lance-t-elle avec enthousiasme, je ne suis pas qu'une simple acheteuse. Je me sens au même niveau qu'eux. Je suis aussi partie prenante dans cette aventure. Moi aussi, je suis une productrice. Je sais ce que ça veut dire travailler durement. J'ai vu ces femmes travailler et je sais à quel point elles triment dur pour gagner leur salaire.»
L'avenir
Mme Lévesque-Lapointe effectue la transformation finale du karité dans ce qui servait de fromagerie à l'époque où la ferme laitière familiale était en exploitation. À cause des moyens de production artisanaux des femmes du Burkina Faso, elle doit préparer le karité, notamment en le filtrant avant de le mélanger avec d'autres huiles essentielles pour fabriquer les baumes. Elle connaît bien ce genre d'opération de filtrage puisqu'elle le fait déjà avec le sirop d'érable qu'elle produit.
«Si on veut augmenter la production d'un produit de qualité, il faut avoir un procédé semi-industriel comme la filtration mécanique avec ce qu'on appelle une presse à sirop d'érable», ajoute-t-elle. L'an dernier, Mme Lévesque Lapointe en a envoyé une à la coopérative UGPPK (Union des Groupements de Productrices des Produits du Karité) de Léo.
Sans filtration adéquate, le karité n'a pas la couleur crème, mais il est un peu plus brunâtre. Il dégage une odeur entre le café moulu et le chocolat brûlé.
Question d'odeur
«Il a fallu expliquer aux gens du Burkina que le produit non traité ne pourrait pas être vendu en Amérique, poursuit Mme Lévesque-Lapointe. Les femmes au Canada auraient refusé de mettre un produit qui n'a pas une odeur agréable sur leur peau. Mais avec une meilleure filtration au Burkina, et l'ajout de certaines huiles essentielles, le baume de karité se vend bien».
Le produit envoyé au Québec est aujourd'hui mieux filtré et demande moins de préparation avant la transformation en différents produits de consommation.
On trouve les produits Delapointe dans les boutiques de produits équitables, comme celle du Café Nagua, au 990, de la 1re Avenue à Québec. Il y a des savons, des crèmes corporelles au karité pur, à la lavande, avec des accents fruités ou avec différentes huiles essentielles.
Delapointe a aussi fabriqué une série de baumes pour les lèvres pour les boutiques équitables Dix mille Villages (Ten Thousand Villages) qui ont pignon sur rue à Montréal, à Québec au coin Cartier et René-Lévesque, et dans plusieurs villes canadiennes. On vend aussi des produits de karité équitable à la boutique Équimonde, dans l'hôtel l'Autre Jardin, sur Charest.