Depuis trois saisons, Kalian Sams fait le délice des amateurs de baseball de Québec grâce à son mélange de puissance, d'agilité en défensive et de vitesse.

Kalian Sams, chevalier des Capitales

Il manipule un bâton de baseball comme le ferait un chevalier avec son épée. Simple normalité, puisqu'il en est un depuis 2011 au Royaume uni des Pays-Bas. Décoré de l'Ordre d'Orange-Nassau par la reine Béatrix, le puissant frappeur des Capitales de Québec a depuis ajouté un titre d'appel honorifique devant son nom. Sir Kalian Sams cherche maintenant à devenir le roi des coups de circuits de la Ligue Can-Am.
Mais contrairement à celle qui a régné sur son pays pendant 33 ans, l'actuel monarque de la longue balle depuis 2005 n'abdiquerait pas volontairement. S'il veut devancer Eddie Lantigua, et lui ravir son trône dans le livre des records, Sams devra le faire un élan à la fois lorsqu'il reviendra bientôt au jeu après s'être remis d'une blessure à un pouce qui le tient à l'écart depuis 11 jours. Portrait et révérence néerlandaise à l'un des joueurs les plus spectaculaires de l'histoire des Capitales!
Depuis trois saisons, le voltigeur de 30 ans fait le délice des amateurs de baseball du Stade Canac. Puissance, rapidité, agilité défensive, voilà autant de raisons d'apprécier le spectacle dont il est l'acteur principal.
«On m'a souvent laissé entendre qu'il n'était pas facile de trouver un joueur comme moi. Plusieurs dépisteurs et instructeurs m'ont dit que j'avais tout le talent du monde pour réussir, et je me demandais : ''Suis-je vraiment aussi bon qu'ils le prétendent?'' Ça m'a mis beaucoup de pression, et si je n'ai pas joué dans les majeures, c'est en raison d'un manque de constance. Mais depuis quelques saisons, ma confiance est élevée, je comprends ce qu'on attend de moi et je le prends comme un compliment», dit-il en entrevue avec Le Soleil, lunettes à la mode au visage.
Pour réaliser son rêve, il était prêt à bien des détours. Il le fallait, puisque le baseball n'était pas un sport de pointe aux Pays-Bas, où soccer et patinage de vitesse font loi.
Kalian Sams a joué partout dans le monde, mais c'est dans l'uniforme des Capitales qu'il considère avoir eu le plus de plaisir.
Natif de La Haye, Den Haag en hollandais, ville où siège le gouvernement et loge la Cour pénale internationale, le petit Kalian - aujourd'hui géant de six pieds trois pouces taillé dans un roc de 235 livres - a touché un peu le ballon rond et a obtenu sa ceinture noire en taekwondo avant d'opter pour le baseball.
Le rêve américain
«Notre système de développement est différent qu'ici. Jeune garçon, mes droits étaient sur le point d'être obtenus par un club de soccer professionnel, mais je jouais au baseball en même temps. Une semaine, j'inventais une raison pour rater le soccer au profit du baseball, une autre semaine, c'était le contraire. Au bout d'un mois, mon père m'a dit de me brancher. J'ai choisi le baseball, j'aimais la sensation de frapper la balle le plus loin possible», raconte ce fils d'un électricien et d'une préposée aux bénéficiaires à la retraite.
Aux Pays-Bas, on n'y offre pas de bourses d'études pour pratiquer le sport. Il rêvait aux collèges américains, au baseball professionnel. Sa mère appuyait sa démarche, mais la famille n'avait pas les moyens de lui offrir des études aux États-Unis. Trouve un moyen d'y aller, lui suggère-t-on. En 2004, en Italie, l'entraîneur de l'Université du Tennessee l'enrôle au terme d'un camp d'essai des ligues majeures. Il n'ira jamais, car la saison suivante, à 18 ans, il perce l'alignement de son équipe nationale, uniforme orange qu'il porte fièrement depuis 11 ans. Quatre dépisteurs des majeures iront l'évaluer lors d'un tournoi, et plusieurs lui conseillent de ne pas accepter la première offre...
Avec 21 circuits au compteur depuis le début de la saison, Kalian Sams, même s'il est actuellement blessé, menace le record de la Ligue Can-Am, qui est de 31, marque établie en 2005 par Eddie Lantigua.
«Tout de suite après le premier match, les Mariners [de Seattle] m'en ont présentent une. Nous l'avons accepté. Le lendemain, les Phillies [de Philadelphie] m'offraient 10 fois plus... Je m'en suis voulu, parce qu'il y avait beaucoup plus d'argent, mais on avait donné notre parole et je me disais aussi que je ne recevrais peut-être plus jamais une autre offre de ma vie. Le jour où j'ai signé mon contrat, ma mère pleurait de joie. Elle savait que je réalisais mon rêve d'aller jouer aux États-Unis.»
Six ans dans les filiales des Mariners
Il a séjourné pendant six saisons dans les filiales des Mariners, les deux premières années lui servant à s'adapter au rythme effréné de la pratique du baseball au quotidien. Et soudainement, il n'était plus le seul à être le meilleur de l'équipe!
«J'ai dû apprendre à négocier avec cela, car je n'avais jamais eu à le faire auparavant. J'étais très dur envers moi même, ç'a été difficile, et avec le temps, avec la maturité, j'ai trouvé un moyen de manoeuvrer à travers tout cela.»
Avec les Mariners, il connaîtra deux saisons de 20 et 24. En 2013, il signe avec les Padres de San Diego et il est vite promu du AA au AAA. La mise sous contrat d'un ancien joueur des Yankees sera sa planche de salut. Pendant 24 matchs, il attend sur le banc, on lui fait signe sporadiquement. On refusera sa demande de libération de contrat. Deux semaines plus tard, on le laisse partir. Il jouera cinq matchs dans la Ligue Atlantic (Indépendant) avant d'être embauché par les Rangers du Texas pour jouer au niveau AA.
«Il s'agit de la fois où je suis passé le plus proche des majeures. Nelson Cruz venait d'être suspendu pour l'utilisation de stéroïdes et les Rangers avaient besoin d'un voltigeur avec de la puissance. Mon gérant m'avait dit que j'avais des chances d'être rappelé en septembre, mais ce n'est jamais arrivé.»
Malgré la médaille d'or en Coupe du monde (2011), deux présences dans le carré d'as de la Classique mondiale (2013 et 2017), un titre européen (2016) et plus de 150 circuits, Kalian Sams n'est pas un joueur comblé.
«Je ne pourrai jamais dire que je puis pleinement satisfait de ma carrière, car je n'ai pas atteint le sommet. J'ai visité plusieurs endroits dans le monde, rencontré plein de gens, mais il me manque quelque chose. Aujourd'hui, mon objectif a changé, et ce que je vise, c'est un contrat au Japon, en Corée ou à Taïwan. Et pour l'obtenir, je me disais que je devrais connaître une saison de 30 circuits parce que c'est un chiffre qui capte l'attention. Ils recherchent des frappeurs et des lanceurs de puissance, ça pourrait augmenter mes chances. Pour l'instant, mes ligues majeures, elles sont ici, à Québec.»
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Une équipe nationale tissée serrée
Kalian Sams a brillé dans l'uniforme des Pays-Bas à la Classique mondiale, alors que son pays a remporté la compétition en 2011, en plus d'avoir atteint la demi-finale en 2013 et en 2017.
Outre son actuelle chasse au record, le plus grand fait d'armes de Kalian Sams reste un ballon-sacrifice ayant poussé Andruw Jones au marbre pour produire le point victorieux contre Cuba dans un match émotif ayant propulsé les Pays-Bas en demi-finales de la Classique mondiale, en 2013. 
S'il n'évolue pas dans les grandes ligues, Sams en côtoie plusieurs qui le font et l'ont fait avec l'équipe nationale des Pays-Bas, qui regroupe plusieurs joueurs des majeures provenant des îles de Curaçao et Aruba, entre autres.
«On forme plus une famille qu'une équipe. Même si plusieurs évoluent dans les majeures, il n'y a pas de hiérarchie, tout le monde est sur le même pied et je me perçois comme l'une des pièces du casse-tête», souligne celui qui reçoit un salaire mensuel de la fédération de baseball de son pays depuis 11 ans à titre de membre de la formation des 25 joueurs.
Xander Bogaerts (Red Sox), Kanley Jansen (Dodgers), Jonathan Schoop (Orioles), Andrelton Simmons (Angels) : voilà quelques-uns de ses compatriotes jouant en haut. Il s'émerveille toujours par l'instinct de Simmons sur le terrain.
Passé à l'histoire
Le groupe de 2011 est passé à l'histoire pour avoir remporté la Coupe du monde, une première de la part d'un pays européen, d'où la décoration offerte par Sa Majesté à l'ensemble de l'équipe. En 2013 et 2017, les Pays-Bas ont atteint la demi-finale de la Classique mondiale.
«Je suis encore bouleversé qu'on ne soit pas allé en finale, le printemps dernier. On avait peut-être la meilleure équipe de l'histoire de notre pays», admet l'auteur d'un circuit contre Cuba. En match préparatoire, il avait frappé solidement à deux reprises le lanceur Zack Greinke, l'un des meilleurs bras des majeures. «Ça me démontre que je peux jouer à ce niveau.»
Si les parents de Sams sont originaires de Saint-Eustache (Statia), territoire néerlandais dans les Caraïbes, lui est né sur le continent. Il ne se voit pas vivre ailleurs qu'à La Haye, où se retrouve le nid familial fondé avec sa femme, Fay, et leur fils de moins d'un, Dean. Élevé en néerlandais et en anglais par son père Vernon et sa mère Janet Lijfrock, il maîtrise aussi l'espagnol, langue apprise à force de fréquenter des joueurs latins dans les ligues mineures.
Partout dans le monde
«Lorsqu'on pense aux Pays-Bas, on s'attend de voir un grand blond aux yeux bleus. Il y a beaucoup de diversité dans notre pays, des mariages mixtes, et La Haye ressemble de plus en plus à New York.»
Au fil des ans, il a joué partout dans le monde. En Europe, aux États-Unis, au Canada, au Panama, en Chine, au Japon, au Mexique, etc. Dans le baseball affilié et indépendant, il a évolué dans une douzaine d'équipes. «J'ai toujours dit que je ne jouerais jamais régulièrement dans le baseball indépendant, mais j'aime Québec plus que le baseball affilié. En 2015, mon agent m'avait convaincu de venir ici, il a bien fait, car je n'ai jamais eu autant de plaisir ailleurs.»
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Jones et Muelens, ses idoles
Kalian Sams s'est fixé comme objectif de décrocher un contrat sur le continent asiatique.
Kalian Sams a côtoyé ses deux idoles de jeunesse, Andruw Jones et Hensley «Bam Bam» Muelens, avec l'équipe nationale des Pays-Bas. À la suggestion de son père, un ancien joueur de cricket, il a profité de la dernière Classique mondiale pour poser une question à Jones, ancienne vedette des Braves d'Atlanta nommée joueur par excellence des ligues majeures en 2005 avec 51 circuits et 128 points produits.
«On les admirait tous les deux, on voulait tous être comme eux, ils étaient de beaux exemples. Jones était la grande vedette, on voulait tous être comme le numéro 25. À la Classique mondiale, mon père voulait que je lui demande pourquoi n'avais-je pas réussi à atteindre les majeures. Il m'a simplement dit qu'il fallait être chanceux pour tomber à la bonne place, au bon moment, avec la bonne équipe et avoir quelqu'un qui croyait en toi. Il avait beaucoup de talent, bien sûr, mais il s'estimait surtout chanceux.»