En plus d'être intervenante chez L'Autre Avenue, un organisme de justice alternative de Québec, Mélissa Morency est formatrice en médiation pénale pour le compte du Regroupement des organismes de justice alternative du Québec.

Justice alternative: quand l'ado voleur doit tondre votre gazon

Un jeune vole votre télévision. Un autre joue les Riopelle en prenant pour toile le mur de votre entreprise. Sur Internet, une ado menace de «péter la gueule» de sa rivale, votre fille. Trois erreurs de parcours, trois destins qui pourraient basculer après une arrestation puis une visite au tribunal. À moins que...
La justice alternative prend du galon dans l'univers du crime adolescent. De jeunes contrevenants s'en tirent avec une sanction plutôt inventive. Après une séance de médiation avec la victime pour bien comprendre les impacts de ses fautes, le criminel peut ainsi être condamné à repeindre la bâtisse barbouillée ou à s'excuser en personne à la fille-qui-lui-a-volé-son-chum et s'engager à ne plus la menacer. Dans un autre cas vécu, l'ado voleur a dû produire des dessins pour des enfants apeurés depuis le cambriolage, histoire de leur montrer que le méchant est en fait plutôt sympa et qu'il ne reviendra pas les hanter.
Mélissa Morency est intervenante sociale chez L'Autre Avenue; c'est dans les bureaux de cet organisme de justice alternative de Québec que nous l'avons rencontrée. Elle est aussi formatrice en médiation pénale pour le compte du Regroupement des organismes de justice alternative du Québec. D'emblée, elle rappelle que «l'ado, à partir de 12 ans, est reconnu responsable de ses actes». Une simple erreur de jeunesse peut donc avoir des conséquences irréparables.
La Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents offre toutefois une latitude certaine pour éviter que la sanction soit disproportionnée par rapport au délit. Tous les jeunes délinquants ne sont toutefois pas admissibles à cette voie express vers la réhabilitation. D'abord, il n'est question que de crimes de faible gravité : vol à l'étalage, introduction par effraction, voies de fait, vandalisme, graffitis, menaces contre d'autres jeunes, bataille d'ados, introduction dans un chalet pour y faire la fête en vidant les fonds de bouteille... 
Donc, il y a le délit. Puis interviennent les policiers. Déjà, à cette étape, il y a une première porte de sortie, explique Mélissa Morency. Les agents peuvent juger que la faute est bénigne et que le risque de récidive est très faible. «C'est très mineur comme crimes.» L'ado se retrouve alors dans un organisme comme L'Autre Avenue pour une rencontre de deux heures durant laquelle on le sensibilise aux conséquences du vol à l'étalage, de l'usage de stupéfiants ainsi qu'aux impacts de la commission d'un crime. 
Beaucoup de dossiers se retrouvent par contre dans les mains d'un procureur de la Couronne. Sauf pour les crimes graves, tels des meurtres, l'avocat n'en appellera pas tout de suite à un juge pour punir l'ado, expose cependant Mme Morency. Un organisme de justice alternative joindra la victime, habituellement écartée du processus judiciaire. Le Centre jeunesse évaluera ensuite le jeune criminel. Si tout le monde convient qu'il n'est pas nécessaire de judiciariser le jeune, celui-ci pourrait échapper au tribunal.
Ici, ça devient intéressant pour la victime. Elle peut accepter de participer à une médiation avec le délinquant pour lui raconter le malheur causé. C'est au cours d'un de ces face-à-face qu'une famille a expliqué que les enfants ne dormaient plus depuis le vol, que tout le monde était stressé, qu'un système d'alarme et un chien avaient été achetés... Ils voulaient que l'ado cambrioleur comprenne la conséquence bien réelle du larcin.
Une formule malléable
Toutes les victimes ne rencontrent pas le jeune. Plusieurs communiquent seulement par lettres ou demandent à la médiatrice de livrer leur message oral. La formule est malléable. Et l'adolescent a la chance de pouvoir s'excuser, d'exprimer des remords, de comprendre l'impact de son erreur, d'essayer d'indemniser la victime. «Sur le plan humain, pour tout le monde, c'est avantageux», avance Mme Morency.
La réparation varie : compensation pécuniaire, remplacement du bien brisé, travail au profit de la victime, travaux communautaires, don à un organisme... Là où c'est le plus novateur, c'est quand la victime et le criminel peuvent convenir de la sanction qui sera imposée. «Dans la médiation, ils ont le droit de prendre des ententes ensemble.» C'est ainsi que des voleurs ont accepté de passer deux jours au domicile qu'ils avaient forcé pour effectuer de menues besognes. Le propriétaire voulait que ses propres enfants traumatisés puissent voir que les deux ados sont plutôt gentils finalement.
La punition négociée est entérinée par le système judiciaire. L'ado n'aura toutefois pas de dossier criminel. Il aura un dossier social, qui s'effacera après deux ans s'il reprend le droit chemin.
Mélissa Morency évalue qu'entre 250 et 300 victimes sont jointes chaque année à Québec. Une centaine de dossiers chemineront jusqu'à une entente de «mesure compensatoire pour les victimes». Une quinzaine de victimes choisissent de rencontrer face à face l'ado criminel.
Liens Internet
• Regroupement des organismes de justice alternative du Québec : www.rojaq.qc.ca
• À Québec, L'Autre Avenue : www.lautreavenue.com
• À Lévis, L'Interface : www.interfaceoja.com