L'oeuvre Le principe de proportionnalité, qui représente deux canons grandeur nature faits de journaux et de carton recyclés, fait référence au terme géopolitique de proportionnalité de la riposte.

Julie Picard: sculpter l'éphémère

Lauréate : Julie Picard. Occasion : Elle a remporté la médaille d'or en sculpture dans le volet culturel des Jeux de la Francophonie à Beyrouth, au Liban.
Ce journal que vous êtes en train de lire, l'artiste Julie Picard y voit plus qu'un condensé de l'actualité ou un amalgame de feuilles. La sculpteure travaille le papier pour donner une seconde de vie aux quotidiens, magazines et cahiers publicitaires de ce monde et en faire des oeuvres originales.
L'intérêt pour le papier a pris naissance un peu par hasard, lorsque l'artiste était aux études au tournant des années 2000. Comme la municipalité où elle résidait, Boischatel, ne récupérait pas le papier à l'époque, elle avait pris l'habitude de ramasser les journaux pour les déposer dans les bacs de l'université. Et puis un jour, le déclic : la pile de papier atterrira plutôt dans son atelier pour lui servir de matière première. «Ce que j'aime beaucoup du papier, c'est son côté éphémère», note l'artiste. Elle «réactive» les rebuts avec des techniques s'inspirant de l'origami et même... du tissage.
Julie Picard roule sa bosse depuis maintenant 10 ans. L'an dernier, elle a reçu le prix Videre Relève, le prix d'excellence des arts et de la culture de la Ville de Québec. Cette année, nouvel honneur, cette fois à l'international. Une de ses créations a été récompensée récemment aux Jeux de la Francophonie à Beyrouth, au Liban. L'oeuvre intitulée Le principe de proportionnalité représente deux canons grandeur nature faits de journaux et de carton recyclés qui se font face. Les cylindres de trois mètres sont réalisés à l'aide d'une technique de pliage et de collage qui forme des alvéoles.
Le titre fait référence à la proportionnalité de la riposte, un terme géopolitique qui implique que la réponse à une menace doit être proportionnelle à la gravité de l'offense subie.
L'artiste trouvait que cette oeuvre avait d'autant plus sa place aux Jeux de Beyrouth, puisque «ces règlements» de la guerre avaient pris là-bas tout leur sens en 2006, lorsque les représailles d'Israël pour répliquer à une attaque du Liban avaient été jugées démesurées.
«Ce terme-là m'a vraiment frappé l'imaginaire, parce que je trouvais ça complètement surréel qu'on soit là à la télévision, spectateurs de la guerre, et qu'il y ait des règlements, comme ça, au même titre qu'un jeu télévisé.» L'oeuvre cherche à faire réfléchir sur la guerre et sur la rivalité. L'effet miroir représente «la réplique [qui] deviendra son propre reflet», selon l'artiste.
Julie Picard est heureuse d'avoir reçu cette reconnaissance internationale. Mais la formule inspirée des Olympiques, avec juges, podium, médailles et hymne national l'a surprise. De l'art de compétition, est-ce que ça existe? s'est-elle demandé. «C'est un peu ambivalent comme sensation : c'est super plaisant, c'est important au niveau professionnel. Sauf que dans le domaine, dans la carrière artistique, ce n'est pas une finalité de gagner une médaille d'or. [...] Ce n'est vraiment pas une formule qu'on a l'habitude de voir en art.»
L'artiste de 31 ans travaille depuis un an et demi en comptabilité au Centre culture et environnement Frédéric Back. Elle aide les organismes à but non lucratif en environnement et en culture. Un poste taillé sur mesure pour cette artiste écolo.
Et l'après-Jeux semble prometteur : elle attend une confirmation pour exposer à l'international. «C'est sûr que ç'a ouvert des portes. J'ai eu des propositions», conclut-elle.