Jonas Kaufmann
Jonas Kaufmann

Jonas Kaufmann au Club musical de Québec: un récital d'exception

Richard Boisvert
Richard Boisvert
Le Soleil
Les débuts de Jonas Kaufmann au Club musical sont à classer parmi les grands récitals entendus à Québec au cours du dernier quart de siècle. L'organisation a brillamment rempli sa mission en donnant à ses abonnés et au public en général la possibilité de découvrir un artiste de cette envergure.
M. Kaufmann est apparu en très grande forme, ce soir, à la salle Louis-Fréchette. Les quelque 1800 spectateurs rassemblés au Grand Théâtre ont vécu une fin d'après-midi de rêve en sa compagnie. On parle parfois des chanteurs et de leurs envolées lyriques. Le ténor allemand, lui, propose en comparaison une véritable conquête du cosmos.
«Voix veloutée au medium corsé et aux aigus d'airain», annonce le programme. C'est une description tout à fait juste du timbre. L'expérience du concert nous apprend toutefois qu'au-delà de la beauté de l'émission, il y a toute la question de la profondeur et la qualité de l'interprétation.
Entre l'invité du Club et son public, les présentations n'ont guère tardé. Le contact s'est établi dès les premiers instants des Dichterliebe. On reste suspendu aux lèvres du ténor tout au long du cycle de Schumann, qu'il livre sans la moindre apparence d'effort. Il n'est pas là pour s'écouter, mais pour donner, et pour y prendre du plaisir, beaucoup de plaisir. Devant la fluidité de l'enchaînement des mélodies, on comprend qu'il est ici chez lui, sur son territoire.
Le calme qui s'installe dans la salle en dit long sur le genre d'artiste auquel on a affaire. D'ailleurs, c'est étonnant. On dirait qu'il s'agit moins pour Kaufmann de chanter que d'insuffler la vie à la mélodie. On a l'impression que des scènes invisibles s'animent, quelque part dans l'espace. On perçoit nettement des changements d'éclairage et, dans la musique, on perçoit ce qui peut ressembler à des mouvements de caméra.
De courts silences viennent à l'occasion ponctuer l'exécution. C'est précisément dans ces instants, ces moments où le temps est suspendu et où toute la salle s'immobilise, que l'art s'accomplit. La joie de l'échange et du partage procure une ivresse bien palpable aux spectateurs. Enfin, ce n'est plus une voix qu'on entend, mais l'âme immortelle du poète.
La pianiste Carrie-Ann Matheson réalise un modèle d'accompagnement, présent, étoffé, toujours fin et intelligent. Le programme des deux musiciens a visiblement fait l'objet d'une préparation sérieuse et réfléchie.
Des lieder de Richard Strauss, on retiendra surtout Morgen, un des moments les plus tendres du récital, offert par Kaufmann une main sur le coeur, comme une offrande à l'espoir et à l'amour. La salle a craqué.
Le ténor n'a pas mis moins de raffinement dans les airs d'opéra époustouflants qu'il a présentés en fin de programme, qu'on pense au sensationnel crescendo qui a couronné Cielo e Mar. Dans Recondita armonia, ce fut la perfection ou tout comme. Ne manquait qu'un orchestre.
Le public, plus que ravi, a eu droit à trois rappels, dont un extrait du Pays du sourire de Lehar, chanté en allemand et charmant d'authenticité, et un autre de Manon, d'une infinie douceur.
À noter que c'est lundi à 20h à la salle Louis-Fréchette, que le Club musical reçoit le pianiste Emanuel Ax.
LE CLUB MUSICAL DE QUÉBEC. Jonas Kaufmann, ténor, et Carrie-Ann Matheson, pianiste. Schumann: Dichterliebe. R. Strauss: Heimliche Aufforderung, Ich trage meine Minne, Traum durch die Dämmerung, Wozu noch, Mädchen, Morgen, Cäcilie. Ponchielli: Cielo e mar de l'opéra La Gioconda. Massenet: Pourquoi me réveiller? Puccini: Recondita armonia de l'opéra Tosca. Mascagni: Mamma, quel vino generoso. Dimanche soir à la salle Louis-Fréchette. Diffusé jeudi à 20h sur les ondes d'Espace Musique (95,3 à Québec).