John Mayall a démontré, à 80 années bien sonnées, qu'il était encore vert comme un chêne.

John Mayall: câline de blues

Il y a une vingtaine d'années, le (déjà) légendaire John Mayall se produisait dans un Pigeonnier (ce n'était pas encore le parc de la Francophonie) plein à craquer à l'occasion du Festival d'été. Mardi soir, le scénario s'est répété dans un Impérial rempli jusqu'au plafond. Et le bluesman a démontré, à 80 années bien sonnées, qu'il était encore vert comme un chêne.
Nous étions certainement plusieurs à avoir une crainte après la triste prestation de B.B. King au Festival de jazz de Montréal, samedi. Heureusement, Mayall nous a rassurés en empoignant son harmonica en ouverture et en soufflant comme un perdu.
Au clavier ou à la guitare, il se défend bien - le bonhomme est encore capable de jouer un solo pas piqué des vers. Et c'était parti pour une soirée vibrante de Chicago blues. La foule, composée autant de jeunes que de vieux, était aux anges. Et le faisait très bruyamment sentir à chaque occasion.
Mayall, pantalons gris, chemise à carreaux grise et queue de cheval... blanche, n'était pas là pour la nostalgie. Il a, entre autres, interprété trois titres d'A Special Life, paru en... 2014. Bien sûr, ça reste du Mayall pur jus, du blues basique distillé avec la même ferveur et le même bagout depuis 50 ans. 
Il a, bien sûr, puisé dans son matériel d'antan, comme Have You Heard (Bluesbrakers with Clapton, 1965), un moment magique, ou Nature's Disappearing (USA Union, 1970). Le plus impressionnant, toutefois, c'est qu'avec une tonne de disques, il trouve encore le moyen de glisser plusieurs interprétations ici et là, comme Floodin' in California, d'Albert King.
Il y a un temps que Mayall a dissous les Bluesbrakers, son groupe qui a accueilli Clapton, Peter Green, Coco Montoya et combien d'autres. Depuis cinq ans, il a son gang de jeunes loups aux dents longues (plus très jeunes, mais comparé à Mayall...) : Rocky Athas à la guitare, Greg Rzab à la basse et Jay Davenport à la batterie.
Je ne sais pas si c'est la dernière fois qu'on voyait le diable d'homme à Québec, lui qui a écumé toutes nos scènes, dont le défunt D'Auteuil. Mais mardi soir, j'étais heureux de voir cette légende vivante nous donner une leçon musicale et d'humilité. Et je n'étais certainement pas le seul. Merci, M. Mayall.