Dans Jimmy P., un thérapeuthe excentrique (Mathieu Amalric) soigne à sa façon les maux de l'âme d'un Indien Blackfoot (Benicio Del Toro) dans une Amérique post-Seconde guerre mondiale.

Jimmy P. (Psychothérapie d'un Indien des plaines): cherchez la femme ***1/2

Le cinéma se livre souvent à un petit chantage émotif avec le spectateur. Mais il arrive aussi, plus rarement, qu'il s'adresse à son intelligence pour lui faire ressentir des émotions. C'est exactement le cas de Jimmy P., dont le titre complet donne l'heure juste: Psychothérapie d'un Indien des plaines. Le film d'Arnaud Desplechin, servi par une mise en scène efficace et dépouillée, est un beau duo d'acteurs à l'harmonie qui plonge dans le coeur de l'homme et sonde l'âme de l'Amérique.
Le long métrage s'attarde au destin de Jimmy Picard (Del Toro), qui est traité dans un hôpital américain après la Seconde Guerre mondiale. L'Indien Blackfoot ne souffrait pourtant pas des conséquences de son traumatisme crânien. En 1948, les médecins n'ont aucune idée de ce qu'est le syndrome de stress post-traumatique. On le croit schizophrénique alors qu'il souffre surtout de sa détresse et de sa solitude.
En désespoir de cause, on fait appel à George Devereux (Mathieu Amalric), un singulier affabulateur anglais dont la démarche va donner naissance à l'ethnopsychiatrie.
Le film est adapté du livre de Devereux. Il se penche au chevet de Jimmy pour effectuer une véritable plongée dans son âme et y dénicher des blessures profondément enfouies. L'excentrique Devereux n'étend pas le peu expansif Picard sur un divan. Il le traite sur un pied d'égalité. Ensemble, les deux hommes explorent les souvenirs et les rêves de Jimmy pour le guérir de ses souffrances et de ses peurs. Il l'amène ainsi à confronter ses rapports malsains avec sa mère, sa soeur, une ancienne petite amie et sa propre fille.
Mais la dynamique se lit également à un niveau symbolique. Il cristallise le fait qu'il y a une grande partie non résolue de l'histoire entre les Amérindiens et les Blancs. Collectivement, les Amérindiens souffrent de blessures à l'âme qui ne se guérissent pas avec une simple psychanalyse...
Jimmy P. repose évidemment sur les échanges entre Amalric et Del Toro: la chimie entre les deux acteurs fonctionne à plein. Il est absolument fascinant de les voir incarner à ce point leurs personnages qu'on croit totalement à la complicité qu'ils développent en fouillant dans le passé de Jimmy. Ils sont comme deux aventuriers à la recherche de sens dans un domaine en friche, totalement investis dans leur mission, dans un film qui oscille entre le huis clos et les grands espaces du western.
Bien sûr, certains vont le trouver trop verbeux. Mais il n'y a pas de faux-fuyants, ici. C'est comme un film de Woody Allen (l'humour et l'aspect névrotique en moins) : le verbe est au centre de l'image.
Sans chercher à jouer avec nos émotions, Jimmy P. est une ode touchante à l'amitié de deux hommes que tout oppose au départ et qu'on voit évoluer du premier bonjour au dernier au revoir. La mise en scène de Desplechin (La sentinelle) y est certes plus classique, mais elle est au service du propos et du jeu sans failles des deux interprètes.
Au générique
Cote : ***1/2
Titre : Jimmy P. (Psychothérapie d'un Indien des plaines) (v.o.a. s.-t.f.)
Genre : drame
Réalisateur : Arnaud Desplechin
Acteurs : Mathieu Amalric et Benicio Del Toro
Salle : Clap
Classement : général
Durée : 1h57
On aime : la mise en scène efficace et dépouillée, le duel d'acteurs
On n'aime pas : un peu verbeux