Après la Seconde Guerre mondiale, Jimmy Picard (Benicio Del Toro) est traité dans un hôpital américain où, en désespoir de cause, on fait appel à George Devereux (Mathieu Amalric) pour le soigner.

Jimmy P.: les blessures de l'âme

Arnaud Desplechin nous a fait faux bond, le mois dernier, à Paris, pour un entretien sur l'incroyable histoire (vraie) de Jimmy P. (psychothérapie d'un Indien des plaines). Mais lors de son passage au Festival de Cannes (pour une septième fois), où le film était de la sélection officielle, le réalisateur Mathieu Amalric et Benicio Del Toro ont généreusement discuté de ce magnifique et touchant film sur les blessures de l'âme et une improbable amitié.
Le long métrage s'attarde au destin de Jimmy Picard (Del Toro), qui est traité dans un hôpital américain après la Seconde Guerre mondiale. L'Amérindien blackfoot ne souffrait pourtant pas des conséquences de son traumatisme crânien. En 1948, les médecins n'ont aucune idée de ce qu'est le syndrome de stress post-traumatique. On le croit schizophrénique. En désespoir de cause, on fait appel à George Devereux (Mathieu Amalric), un singulier affabulateur anglais dont la démarche va donner naissance à l'ethnopsychiatrie.
C'est dans la vitrine d'une librairie que le livre de Devereux a attiré l'attention du réalisateur de La sentinelle. Il s'est dit : «C'est fait pour moi», a-t-il révélé mi-blagueur, mi-sérieux. La forme d'une partie du document l'a séduit. «C'est un dialogue entre deux hommes, comme une pièce de théâtre. Ça m'a fasciné. On plonge dans l'âme de Jimmy.»
Improbable duo
Un duo que tout oppose dans un pays qui n'est pas le leur. L'un comme l'autre «ne sont pas vraiment Américains. C'est au coeur du film. Ils apprennent à habiter le pays. C'est l'histoire de deux hommes qui deviennent Américains», estime Arnaud Desplechin.
Sous tous ses angles, Jimmy P. est un film profondément américain. Par le sujet, d'abord. «Je voulais adapter ce livre qui m'accompagnait depuis longtemps et il ne pouvait qu'être tourné aux États-Unis. Je n'ai pas d'opinion sur la nationalité d'un film. Un film est un film», a expliqué le réalisateur lorsqu'on lui a fait remarquer que le qualifier de long métrage français était, en quelque sorte, de la fausse représentation.
Peu importe. Il est aussi américain par la forme. Puisqu'il disposait d'un budget réduit, Desplechin a simplifié sa mise en scène pour se concentrer sur l'essentiel. Il a été grandement influencé par l'héritage de John Ford (et aussi de François Truffaut) : «J'y pensais constamment. Je me suis appuyé très fort sur l'intrigue. Simplifier me permettait de me concentrer sur les deux hommes et sur ce qui peut naître d'amitié et de conflit entre eux.»
Ce qui a grandement séduit Mathieu Amalric. «Il nous donne le goût de travailler de façon radicalement différente. Il faisait une à deux prises par plan. Et il y avait une chose par plan, comme chez Ford.» Une opinion partagée par Benicio Del Toro. «J'aime les contraintes parce que ça simplifie les choses. Le plus important, c'était cette approche d'un être humain à un autre.»
Car il ne faudrait pas réduire Jimmy P. à sa seule dimension psychologique. Il s'agit aussi d'un film sur l'amitié entre deux personnes que tout oppose au départ et qu'on voit évoluer du premier bonjour au dernier au revoir. La chimie entre les deux acteurs crève l'écran. «La chimie, elle est là ou pas. Tu ne peux pas l'inventer», a fait valoir Benicio Del Toro. «On était souvent très complices en répétition», a ajouté Mathieu Amalric. Au final, c'est toutefois l'originalité du scénario qui a convaincu Benicio Del Toro de faire partie du projet. «J'en lis beaucoup. Mais celui-ci était tellement particulier que c'était comme s'il luisait dans le noir. Je ne sais pas trop comment l'expliquer.»
Jimmy P. (psychothérapie d'un Indiendes plaines) prend l'affiche le 28 février.
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Singulière collaboration
Jimmy P. marque la cinquième collaboration entre Mathieu Amalric et Arnaud Desplechin. Loin de s'en lasser, l'acteur de talent y voit un défi sans cesse renouvelé.
«Plus on fait de films ensemble et plus ça fait peur», a lancé Amalric à la blague.
Leur union professionnelle a été très fructueuse. Leur deuxième film ensemble, Comment je me suis disputé... (ma vie sexuelle), lui permet d'obtenir le César du meilleur espoir en 1997. La fois suivante, Rois et reine lui permet d'obtenir le César du meilleur acteur en 2005.
Lui qui a déjà incarné un vilain dans un James Bond (Quantum of Solace), a vu dans George Devereux un rôle à sa mesure. «Parler anglais avec un accent hongrois... Au moins, il m'a donné un os à ronger.»
À l'inverse, Benicio Del Toro connaissait très peu le réalisateur. Leur rencontre fut déterminante. «J'ai beaucoup aimé la façon dont il parlait de son travail et sa passion pour le film. Il m'a donné le scénario et quelques-uns de ses films. J'ai apprécié son ouverture d'esprit. En fait, il était un peu comme l'analyste dans le film», a révélé l'acteur au faciès fripé.