Le soldat Dominic Larocque (à gauche), 26 ans, a joint les rangs de l'équipe canadienne de hockey-luge en 2010 et ramène une médaille de bronze des Jeux paralympiques de Sotchi. En 2007, lors de son service en Afghanistan, son véhicule a sauté sur une bombe artisanale. Il a dû être amputé au-dessus du genou gauche.

Jeux paralympiques: les «vraies raisons» de faire du sport

Dominic Larocque serre des mains et laisse les gens toucher la grosse médaille à son cou. À le voir droit comme un soldat, forme d'athlète, sourire de champion, facile de deviner qu'il rentre des Jeux de Sotchi. Mais on pense aux Jeux olympiques, pas paralympiques.
Et pourtant. Larocque, 26 ans, est bel et bien soldat. Caporal. En 2007, en Afghanistan, son véhicule a sauté sur une bombe artisanale. Amputé au-dessus du genou gauche. Il a joint les rangs de l'équipe canadienne de hockey-luge en 2010 et ramène une médaille de bronze des Jeux paralympiques de Sotchi.
«Moi non plus, je ne pensais pas me rendre là. Et c'est arrivé!» a souri le blondinet, jeudi matin, à une cliente de la CIBC de Beauport curieuse de son expérience en Russie. La banque commandite les athlètes paralympiques canadiens.
Larocque estime avoir vécu une expérience unique dans une ambiance incomparable. «Tu te rends vite compte que les athlètes paralympiques pratiquent leur sport pour les vraies raisons», affirme-t-il, ne dénigrant par là en rien les motivations des athlètes non handicapés. La jovialité des Russes l'a aussi surpris.
«La médaille de bronze, tu dois la gagner. L'argent, tu perds la finale pour l'or», fait-il de plus valoir, question d'atténuer l'amère défaite subie face aux États-Unis, en demi-finale. «Ce n'est pas toujours la meilleure équipe qui gagne», avance l'un des deux seuls francophones de l'équipe.
Il se demande comment la Russie a fait pour rafler 80 des 216 médailles attribuées (37 %), 30 en or sur 72 (42 %). Le Canada a ramené 16 médailles paralympiques, 7 d'or.
Le natif de Valleyfield reste cantonné à Valcartier. Même s'il ne fait plus partie du Royal 22e Régiment, il réussit les tests physiques annuels obligatoires exigés d'un militaire actif. Il accomplit des tâches plus administratives, au centre d'instruction. Il approche les 10 années de service minimales pour toucher une pension.
Larocque ne dit pas non à une participation aux Jeux de 2018, mais la conciliation travail-sport lui a demandé une intense gymnastique d'horaires dans la dernière année.
Du ski au vélo
Pour le parafondeur Sébastien Fortier, ce sont davantage les blessures qui pourraient l'empêcher de se rendre en Corée du Sud, dans quatre ans. Les complications de sa paraplégie, héritée d'un accident de travail subi en 2003, ont entraîné des tendinites aux deux épaules, dans les 18 derniers mois.
L'athlète de 27 ans originaire de Joly, dans Lotbinière, n'a donc pu se faire justice, à Sotchi. La chaleur et les conditions de neige très particulières n'ont fait que compliquer la tâche. Sa 18e position au 15 km s'avère son meilleur résultat.
Il prévoit se mettre sérieusement à la compétition cycliste, cet été, pour reprendre le temps perdu. L'an dernier, il avait participé à la Coupe du monde paracycliste de Matane. Qui sait si ce n'est pas sur son vélo à mains que Fortier se rendra à ses prochains Jeux paralympiques, en 2016, à Rio?
«Il n'y a rien d'impossible!» lance-t-il avec à-propos, nommant sa coéquipière au relais de ski de fond à Sotchi et championne paralympique en cyclisme à Londres Robbi Weldon, une non-voyante, comme source d'inspiration.
«On était les premiers»
La détresse des soldats rentrés d'Afghanistan est bien réelle, atteste Dominic Larocque. La sienne a été physique et psychologique. Sans blessure apparente, certains de ses collègues souffrent toutefois en silence. «Des services, dans l'armée, il y en a, même s'il pourrait y en avoir plus», reconnaît-il. La situation s'est améliorée au fil des années, selon lui.
À son propre retour, en 2007, «l'armée n'était pas prête pour ça. On était les premiers. [Les dirigeants de l'armée] ne s'attendaient pas à autant de blessés». La réadaptation des soldats avait donc alors été confiée aux institutions médicales civiles, ignorantes des réalités militaires. «Des fois, on pouvait dire des choses qui paraissaient importantes pour eux, mais qui pour nous n'étaient pas dramatiques», explique Larocque. Demain, il participe au Challenge hivernal de l'organisme Adaptavie avec une journée de hockey-luge à l'aréna Giffard de Beauport.