Blessé en Afghanistan en 2007, Dominic Larocque tentera de remporter la médaille d'or en hockey sur luge lors des Jeux paralympiques qui ont lieu à Sotchi jusqu'au 16 mars.

Jeux paralympiques de Sotchi: la luge du salut

Jusqu'au 16 mars, 54 athlètes paralympiques canadiens tenteront de ravir les prestigieuses médailles des Jeux de Sotchi en curling en fauteuil roulant, parasnowboard, ski para-alpin, ski para-nordique et biathlon. Sans oublier le hockey sur luge, où les attentes n'auront jamais été aussi élevées pour les athlètes canadiens. Parmi eux, Dominic Larocque, un véritable guerrier.
En 2007, le caporal Dominic Larocque est revenu d'Afghanistan blessé à vie. Une jambe en moins. À Vancouver, en 2010, il a trouvé un peu d'espoir en observant le hockey sur luge sur la grande glace des Canucks. Le voilà quatre ans plus tard aux Jeux paralympiques de Sotchi, qui prennent leur envol vendredi, pour la plus grande compétition de hockey sur luge de sa jeune carrière. Et cette fois, il compte bien revenir avec une médaille au cou.
Dominic Larocque n'a jamais choisi le hockey sur luge. Avant que son véhicule blindé ne roule sur un engin explosif improvisé en Afghanistan en 2007, il patinait comme tout le monde et suivait les prouesses des Sidney Crosby et autres Patrice Bergeron.
Après son accident est venue l'amputation de la jambe gauche. Une longue réadaptation. Puis le retour au boulot, dans un bureau, à la base militaire de Valcartier. Jamais il n'aurait cru à l'époque que de s'asseoir dans une luge allait transformer sa vie.
«J'étais vraiment comme un enfant qui déballe ses cadeaux le jour de Noël. Pour vrai, quand j'ai embarqué là-dedans... je trippais ben raide», raconte-t-il au Soleil à partir de la Russie. «C'est quand même un sport [le hockey] que je faisais depuis que je suis tout petit, que j'ai adoré.»
Dans les mois et les années suivant le drame afghan, le résident de Shannon a reçu du soutien des Forces armées canadiennes, rencontré des spécialistes. Mais rien ne valait au final la magie d'un bâton et d'une rondelle. «C'est grâce au hockey que j'ai eu la chance d'apprendre à surmonter l'épreuve», confie-t-il. «Ça a été le plus gros point tournant. Le meilleur soutien moral que j'ai eu, c'est le sport.»
Lors des Jeux de Vancouver, le natif de Salaberry-de-Valleyfield a eu droit à un accès privilégié aux compétitions. «L'ambiance qu'il y avait là, c'était juste incroyable. J'ai pu rencontrer certains joueurs, voir les matchs live. Ça a juste confirmé que j'avais l'intention d'être sélectionné un jour, et que j'allais donner tout ce que j'allais pouvoir.»
Il ne suffit toutefois pas d'avoir le malheur de perdre un membre et d'être sportif pour se tailler une place aux Jeux paralympiques. L'homme de 26 ans a trimé dur. «La transition ne s'est pas faite du jour au lendemain. Il a fallu que je fasse beaucoup d'efforts, beaucoup de déplacements. À l'époque, avant les Jeux, j'étais pas mal un inconnu dans le hockey», se souvient-il.
Il a pris part à des séances de démonstration des Forces canadiennes, des stages, des matchs, des tournois. A finalement été repéré par un recruteur. Ce n'était là que le début d'un long engagement. «C'est compétitif. Ça reste que c'est Hockey Canada qui chapeaute le programme. Au niveau international, c'est très sérieux, avec l'entraînement, les précompétitions, les compétitions. On est très suivis. Et maintenant, il y a un club-école. Il y a des jeunes qui poussent pour prendre nos places. Ça garde nos standards élevés.»
Des semaines chargées
Les athlètes paralympiques, contrairement aux sportifs des Jeux réguliers, n'ont souvent pas le luxe de se consacrer à temps plein à leur discipline. «Ça a pris énormément de place dans ma vie. Je m'attendais à ce que ça prenne une certaine place, mais autant? Peut-être pas. C'est de plus en plus difficile d'avoir un emploi à temps plein, des compétitions à gauche et à droite, et de l'entraînement avec tout ça. Mes semaines sont assez chargées...» admet le hockeyeur.
Dominic Larocque ne regrette pourtant rien de sa conversion en athlète de haut niveau. «Je me rends compte que je suis quand même assez chanceux dans ma malchance.»
À Sotchi, les équipes féminine et masculine canadiennes ont toutes les deux gravi la plus haute marche du podium en hockey régulier. Les hockeyeurs sur luge comptent bien les imiter. «À Hockey Canada, on a un seul objectif, c'est de gagner la médaille d'or tous les quatre ans, lance Larocque. Les hommes et les femmes ont remporté l'or... ça nous met un peu de pression de ce côté-là.»
À Vancouver, les Canadiens avaient raté le podium et terminé quatrièmes. Cette année, ils débarquent en territoire russe avec un championnat du monde et un premier rang au classement général en poche. La victoire est toutefois loin d'être assurée, selon Larocque. «Mais on l'a vu avec les filles américaines... le match peut revirer. Il ne faut pas abandonner avant la fin.» Outre les Canadiens, les formations russes et américaines seront notamment à surveiller lors du tournoi.
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«Le hockey l'a sauvé»
Six ans après l'explosion qui a coûté la jambe à son fils Dominic, certaines blessures restent vives. Sa mère n'est toujours pas capable de parler du coup de téléphone qui l'a réveillée dans la nuit de novembre 2007. «J'aimerais parler d'autre chose», échappe Kathleen Poulin, la gorge nouée, après un long silence. Mais elle accepte de raconter comment son fils s'est battu après avoir perdu sa jambe gauche. Elle se rappelle ses visites au Centre de réadaptation François-Charron, à Québec, des autres soldats blessés, dont certains complètement découragés, dépressifs, brisés.
«Tu perds tout. Tu ne sais plus ce qui t'attend. Dominic a vécu ça», rappelle Mme Poulin. «Mais il s'en est sorti très vite. Il relativisait les choses: ''Ça aurait pu m'arriver dans un accident de la route entre Montréal et Québec''. On lui a découvert ce que j'appellerais une vieille âme. On ne savait pas qu'il était comme ça plus jeune. On l'a découvert là. C'est pas mêlant, des fois, c'est lui qui nous remontait le moral.»
Après son accident, Dominic Larocque a dû faire une croix sur son rêve d'adolescence de devenir technicien en recherche et sauvetage. Il a plutôt suivi des formations pour être graphiste au sein de l'armée. Il partage aujourd'hui sa vie entre l'armée, sa copine et le hockey. Il va au gym presque tous les jours et passe six heures par semaine sur la glace. Le hockey l'a sauvé», dit sa mère.
«C'est une tragédie et ça va rester une tragédie. Mais ça a pris ça pour l'amener là où il est aujourd'hui. On parle beaucoup des suicides de militaires dans les médias, mais je trouve qu'on ne parle pas assez de ceux qui se sont relevés», note Kathleen Poulin. «Non, les premiers temps n'ont pas été faciles. Mais c'est un combattant, Dominic. Je trouve que son histoire envoie un beau message.»
Avec Gabriel Béland, La Presse