Dans le cadre de la Grande fête de la Côte-de-Beaupré, un concert de Jean-Pierre Ferland est prévu à la basilique Sainte-Anne-de-Beaupré, qui est dirigée en majorité par des membres de la congrégation des Rédemptoristes.

Jean-Pierre Ferland se sent pris au piège

Jean-Pierre Ferland n'a pas l'intention d'annuler ou de déplacer son spectacle à la basilique Sainte-Anne-de-Beaupré comme le lui demandent les victimes des pères rédemptoristes. «J'ai jamais été amené dans un piège semblable. C'est un piège, il faut que je dise oui d'un côté et de l'autre. Ils me mettent dans un piège», regrette le chanteur.
Vendredi, Jean-Pierre Ferland a été interpellé par l'initiateur du recours collectif remporté contre les Rédemptoristes, Frank Tremblay, et d'autres victimes de prêtres qui trouvent «moralement inacceptable» qu'il se produise dans la basilique de la congrégation.
Son concert du 22 août s'inscrit dans la programmation de la Grande fête de la Côte-de-Beaupré, où Ginette Reno, Gregory Charles et Marc Hervieux se sont déjà produits.
Comme la Cour supérieure vient de blâmer les Rédemptoristes, Frank Tremblay croit que le concert «doit être déplacé n'importe où [...], mais pas dans une église sous l'autorité d'une congrégation qui a encouragé, organisé et toléré ainsi les abus sexuels» commis sur des élèves dont elle avait la garde.
M. Tremblay demande aux citoyens de ne plus acheter de billets et à Jean-Pierre Ferland «de se montrer solidaire des victimes». «Il y va de sa réputation», a-t-il affirmé en conférence de presse, appuyé par l'ex-ministre de la Justice Marc Bellemare.
Dans une entrevue exclusive accordée au Soleil, Jean-Pierre Ferland n'a pas caché son malaise devant cet appel au boycottage.
«Je suis sympathique à leur cause, mais d'un autre côté, je suis responsable d'avoir vendu mes billets. J'ai mon public de l'autre côté. C'est très difficile pour moi. Je suis vraiment mal à l'aise. C'est la pire journée que j'ai passée depuis un certain temps», exprime-t-il au bout du fil.
S'il dénonce les agissements «dégoûtants et inacceptables» de certains prêtres rédemptoristes, M. Ferland craint aussi de «parler tout croche». «Parce que c'est la première fois que ça m'arrive, que les gens d'une cause extérieure à mon spectacle me disent : «Vous ferez pas votre show parce que nous autres, on n'est pas d'accord avec ça.» C'est dur en maudit de se prononcer sur des gens qui ont souffert et des gens comme mon public qui ont envie de se faire plaisir.»
L'interprète du Petit roi explique qu'il a accepté de faire ce concert «parce que c'était un endroit qui était un symbole».
Débat sensible
«Pour le moment, je respecte le contrat que j'ai signé. Si les gens rouspètent à un tel point où ils disent «ah, Jean-Pierre devrait pas faire ça», je réglerai ça en temps et lieu. C'est le seul spectacle que j'ai accepté dans l'année et ça me tente de le faire. Je suis pas pour décevoir tous ceux qui ont acheté des billets.»
«La chose qui me touche le plus, c'est la faveur de mon public», ajoute-t-il.
Visiblement surpris par la tournure des événements, Jean-Pierre Ferland n'apprécie pas d'être entraîné dans un débat aussi sensible. «Je refuse à qui que ce soit de me dire ce que je dois faire, finit-il par avancer. J'ai une conscience et je me fie à moi-même.»
«Moi, je ne me battrai pas avec eux autres, poursuit-il. Si ça devient trop désagréable, je serai obligé de m'excuser envers les personnes qui ont bourré ma salle. C'est eux autres qui vont payer le prix pour ça.»
M. Ferland dit s'être fait assurer, vendredi, que les profits de son spectacle n'iraient pas à la congrégation des Rédemptoristes. «On m'a dit que c'était la région qui en profitait, que c'est pas l'Église. La cathédrale a prêté sa salle parce qu'elle est mémorable et tout le monde la connaît», glisse-t-il, en précisant qu'il n'avait pas pu vérifier ces informations auprès des organisateurs de la Grande fête.
Lors du procès en recours collectif, il a été rapporté que la basilique Sainte-Anne-de-Beaupré n'appartient techniquement plus aux Rédemptoristes, mais à une corporation dirigée en majorité par des membres de la congrégation.