Jean-Philippe Tremblay mène aujourd'hui une carrière internationale. Il était, entre autres, de l'ouverture del'Exposition universelle de Shangai.

Jean-Philippe Tremblay: le musicien et le chef

Jean-Philippe Tremblay est surtout connu comme chef d'orchestre. Mais le jeune maestro est également altiste.
«La musique de chambre pour alto est un répertoire magnifique. Je me fais une joie et un devoir de continuer de pratiquer chaque jour.» Il dit garder ainsi un contact direct avec le son, ce que lui permet plus difficilement sa baguette.
Depuis quelques années, Jean-Philippe Tremblay a la chance de jouer sur un alto Guillami 1754 prêté par la Fondation Canimex. «Un vrai bonheur», qu'il traîne partout sur la route avec lui. Il souligne que le métier de chef en est un de solitaire, à voyager souvent trois semaines par mois. «Quand je rentre dans ma chambre d'hôtel après les répétitions, en prenant mon instrument, j'ai l'impression de retrouver un vieil ami.» Il conserve à son agenda une quinzaine de concerts comme altiste par an.
Jean-Philippe Tremblay est tombé amoureux de la sonorité de l'alto à 11 ans. Plus tôt, il a fait ses débuts en musique au violon. Il faut alors remonter à l'école primaire, au Saguenay. Il garde un très bon souvenir de son premier professeur, soeur Jeannette Plourde. «Elle avait une approche très humaine, toujours tournée vers le respect du compositeur, de la partition. Elle enseignait à mettre son ego de côté pour laisser le texte musical parler. Elle m'a beaucoup influencé.»
De l'archet à la baguette
Plus tard, il a étudié l'alto, la composition et la direction d'orchestre au Conservatoire de musique du Québec à Chicoutimi et à la faculté de musique de l'Université de Montréal. Il a aussi fait des camps d'été, notamment celui du Domaine Forget, à Saint-Irénée. Trois fois. «Mes parents ont une maison à La Malbaie. On est toujours allés au Domaine où j'ai entendu des concerts mémorables [sa famille aime la musique sans en jouer]. Ensuite, j'ai eu le goût d'y aller.»
Celui qui est porte-parole du Festival international du Domaine Forget cette année ne tarit pas d'éloges sur l'institution et son Académie, les professeurs invités, la salle Françoys-Bernier... «Et le coup d'oeil! La nature environnante inspire à faire de grandes choses en musique.»
Jean-Philippe Tremblay est aussi passé par l'École Pierre Monteux dans le Maine et a été sélectionné au Tanglewood, la résidence d'été de l'Orchestre symphonique de Boston. «Ça, c'est l'absolu sur la planète.» Il a eu la chance de travailler là-bas avec Seiji Ozawa. «Du point de vue technique, il est un des plus grands chefs. Chaque geste est tellement précis. C'est quelqu'un qui fait beaucoup d'arts martiaux, il est magnifique à voir et sa relation avec l'orchestre était extraordinaire.»
Parmi ses influences, Jean-Philippe Tremblay compte aussi Charles Dutoit, qu'il considère comme un musicien hors pair, un grand bâtisseur. Il souligne qu'il a eu la chance de jouer sous sa direction alors qu'il étudiait au Royal Academy of Music à Londres.
Avec tout ce bagage, Jean-Philippe Tremblay mène aujourd'hui une carrière internationale. Il est chef invité de l'Orchestre national de France, de l'Orchestre de chambre de Londres... Il était de l'ouverture de la dernière Exposition universelle avec l'Orchestre symphonique de Shanghai.
Ailleurs et au pays
Au pays, il se consacre à un projet qui lui tient beaucoup à coeur, l'Orchestre de la Francophonie (OF), dont il est directeur artistique depuis les débuts. «Tout ça est parti du volet culturel des Jeux de la Francophonie d'Ottawa-Hull en 2001. C'est devenu l'académie d'orchestre canadienne pour les jeunes professionnels.»
Soixante-quatre musiciens ont été retenus par audition cette année. Bien que le programme soit donné majoritairement en français, le directeur insiste pour dire que tout le monde au Canada est accueilli à bras ouverts, peu importe la langue maternelle. «La vraie langue, c'est la musique.»
Dévoué à cette mission depuis bientôt 10 étés, le jeune chef est loin de se plaindre de ne pas avoir de vacances. «Pour moi, c'est très rafraîchissant de revenir avec des jeunes pour qui la musique n'est pas encore un travail, mais est au stade de passion. Ce qui leur manque en expérience, on le compense en énergie.»
Avec son orchestre renouvelé, Jean-Philippe Tremblay a exploré différents répertoires. Il a notamment enregistré deux disques voués à Bruckner (un compositeur qu'il aime beaucoup), en plus du coffret Beethoven Live. Pour les 10 ans de l'OF l'an prochain, deux projets de disque sont  prévus, en plus d'une tournée en Chine.
Dans trois ou quatre ans, Jean-Philippe Tremblay aimerait que son académie estivale devienne annuelle. «Une résidence à l'année permettrait de donner une formation beaucoup plus proche d'un vrai orchestre, avec un paquet de chefs invités et des solistes.» Et même s'il aura sans doute des engagements ailleurs, il sera toujours dans les parages. «C'est mon bébé.»
Les sens de Jean-Philippe Tremblay
La plus belle chose que vous ayez vue?
La première fois que j'ai mis les pieds en Cornouailles, ces belles falaises qui se jettent dans l'Atlantique nord. Ç'a été un beau moment visuel et auditif avec le bruit des vagues.
L'odeur qui vous rappelle votre enfance?
La campagne au Saguenay, l'odeur de la nature, des conifères.
Qu'est-ce qui vous touche?
El Sistema au Vénézuela [un programme d'éducation musicale qui touche au-delà de 400 000 enfants) a été une révélation complète. Que la musique serve comme outil social, que l'orchestre devienne un mode de vie pour sortir les jeunes de la rue, c'est extraordinaire...
Les sons que vous préférez entendre?
Un accord d'orchestre bien calibré dans une grande salle de concert. Un accord pianissimo, quelque chose de très doux quand on ne distingue même pas les instruments. Quand ça arrive, vous avez une espèce de miniorgasme.
Qu'est-ce qui vous fait saliver?
Tous les pinots noirs. Ma copine et moi, on a même fait notre voyage de noces dans la Vallée de Nappa.
Où serez-vous dans 20 ans?
Je serai certainement en répétition en train de préparer un programme. Le métier de chef d'orchestre est le métier d'une vie, il n'y a pas de retraite.