Jean-Philippe Le Guellec a toujours eu dans la peau le sens de la perfection et de la précision, mais c'est en lisant L'artiste de la vie, signé par Bruce Lee, dont on voit la figurine à l'avant-plan, qu'il est arrivé à mettre des mots sur sa vision.

Jean-Philippe Le Guellec: la précision de l'artiste

La recherche de la perfection, la précision dans le moindre geste, le développement de ses habiletés au meilleur de ses capacités. En 2007, Jean-Philippe Le Guellec lit L'artiste de la vie, autobiographie et recueil philosophique signé Bruce Lee. Un tournant dans la carrière du biathlète qui pouvait désormais mettre des mots sur sa vision.
<p>Jean-Philippe Le Guellec en sera à ses troisièmes et derniers Jeux olympiques. L'athlète de 28 ans tournera ensuite la page sur sa carrière en biathlon et entreprendra un autre chapitre de sa vie au Saguenay. </p>
«J'étais déjà très pointilleux, mais ses oeuvres ont bonifié mon attention aux détails», indique l'athlète de 28 ans en préparant le café dans sa cuisine de Val-Bélair. «Ce n'est pas skier pour skier, c'est se concentrer à tous les entraînements, à tous les instants, à l'exécution technique. Chercher les moyens pour être toujours plus efficace.»
Étant l'un des plus petits skieurs du circuit des Coupes du monde de biathlon, Le Guellec (1,70 m, 5'6") admet qu'il n'a jamais été l'un des plus rapides. Il a donc usé de précision pour faire sa marque dans un sport où une erreur d'un millimètre peut vous faire dégringoler d'une trentaine de positions.
«Le message de Bruce Lee, c'est un peu de se défoncer dans tout ce que l'on fait. C'est ce que je fais dans la pratique de mon sport», souligne celui qui en sera, en février, à ses troisièmes Jeux olympiques, après ceux de Turin et de Vancouver.
En 2006, encore très jeune, il avait pris les 48e et 59e rangs de l'épreuve individuelle et du sprint. En 2010, sous les projecteurs, il a inscrit la meilleure performance olympique masculine de l'histoire du biathlon canadien, en signant une sixième place au sprint.
«Quand je suis sorti du tir couché, j'étais meneur. C'est des souvenirs écoeurants. Mais d'un point de vue du résultat, il faut se rappeler que les conditions météo se sont beaucoup dégradées après moi... Sans ça, rien ne garantit que j'aurais fait aussi bien», se rappelle-t-il avec humilité. «Mais d'avoir pu performer comme ça, à la maison, j'étais sur un nuage.»
Commençant le biathlon à 13 ans, à Lorraine en banlieue de Montréal - «pour le tir et vraiment pas pour le ski» -, Le Guellec a toujours connu une progression constante, sauf l'année après les JO de Vancouver, où un virus l'avait jeté au tapis pour la majeure partie de la saison. «C'est vrai, j'ai toujours été sur une pente ascendante. Mais je trouve quand même que ç'a été long», précise-t-il, pourtant bien conscient que dans son sport l'âge et l'expérience sont, la plupart du temps, un vecteur de réussite.
C'est ainsi qu'à 28 ans, dans un sport où il pourrait poursuivre pour encore au moins deux cycles olympiques, Jean-Philippe Le Guellec a pris la décision que cette saison 2013-2014 serait sa dernière.
«J'en suis rendu là. Mon but n'a jamais été de dominer le sport durant une décennie. J'ai voulu démontrer que le Canada pouvait être un pays de taille dans un sport dominé par les Européens. Je l'ai fait quand j'étais plus jeune. Et ç'a été mon fuel depuis ce temps : de bûcher pour faire la même percée chez les seniors.»
C'est en 2004, aux Championnats du monde jeunesse disputés en France, que Le Guellec a ouvert les yeux de la planète biathlon en enlevant les plus grands honneurs du 7,5 km. Une première historique. Son plus beau souvenir en carrière partagé avec une équipe de Québécois menée par Daniel Lefebvre.
Un carburant qui le mènerait, huit ans plus tard, au sommet du biathlon. Là, encore une fois, où aucun homme canadien n'avait mis les pieds, alors qu'il remportait l'or au 10 km d'Oestersund, en Suède, le 1er décembre 2012.
À coups de petits détails, l'oeil toujours dans la mire, le biathlète a prouvé que Myriam Bédard ne s'était pas perdue : Valcartier n'est, après tout, peut-être pas si loin de l'Europe.
«Tout ou rien»
Cela n'empêche que, depuis qu'il a officiellement annoncé au mois d'août qu'il ne lui restait que quelques mois sur les champs de tir, Le Guellec connaît le meilleur début de saison de sa carrière.
Dès le premier rendez-vous de la campagne, il a démontré en terminant quatrième au 20 km d'Oestersund que ses succès de l'année dernière en Suède n'avaient rien d'un coup de chance. Il s'est par la suite illustré avec une 13e position au sprint (10 km) à Hochflizen, en Autriche. Il prétend désormais viser le podium lors de chaque course.
Des succès qui ne lui donnent pas le goût de continuer une autre année?
«C'est pas mon style. Moi, c'est tout ou rien. Si je continuais, ce serait pour quatre ans; pour un cycle olympique. Ça ne me donne rien de faire juste une autre année», explique-t-il sans aucune hésitation dans la voix. «Et je suis dans ce sport depuis que j'ai 13 ans, je suis marié depuis 2009 et ma femme m'a assez attendu. Il me reste quelques mois et je rentre à la maison», soutient-il.
La maison, justement, est déjà à vendre. L'après-carrière commencera sur les bancs d'école au Saguenay, puisque sa femme est médecin militaire à Bagotville. Ils s'installeront pour de bon dans leur deuxième résidence, et Le Guellec trouvera une nouvelle passion. «Je ne suis pas inquiet», lance ce dessinateur, joueur de guitare, passionné d'arts martiaux et champion (bientôt ex-champion) de biathlon.
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Dix questions pour Jean-Philippe Le Guellec
1- Dernière pensée avant le départ d'une course?
J'ai-tu rempli tous mes chargeurs?
2- Musique de motivation?
Metallica : Orion, Call of Ktulu, Suicide and Redemption
Wu-Tang-Clan : Aint nothin to f*** with, CREAM, It's Yourz
3- Endroit préféré dans le monde pour skier?
Seefelden, Autriche et Valcartier, Québec
4- Si tu étais aux JO dans un autre sport?
Skicross
5- Spécialité en cuisine?
Omelettes, crêpes minces, plats italiens
6- Vie à l'américaine ou à l'européenne?
Euro
7- Où seras-tu dans 10 ans?
Aucune idée, seul le temps le dira. Mais j'espère avoir une famille, des enfants et une job que j'aime.
8- Film d'arts martiaux préféré?
Fists of Fury : Bruce Lee. Un classique!
9- Gourmandise favorite?
Tiramisu, immanquable, incontournable, insatiable!
10- Quand je serai grand, je serai...
J'ai fini de grandir à 12 ans...