Depuis les années 60, Jean-Marc Vaillancourt s'implique auprès des immigrants, et est aujourd'hui le parrain de deux petits Colombiens de 5 et 9 ans.

Jean-Marc Vaillancourt: une vie au service de l'autre

Jean-Marc Vaillancourt a toujours aimé creuser le sens des choses. Ce n'est pas pour rien qu'il est devenu professeur de philosophie. Mais au-delà de sa démarche intellectuelle, il a surtout été de tout temps sensible aux humains qui l'entourent.
Présentation
Lauréat : Jean-Marc Vaillancourt, professeur de philosophie à la retraite
Occasion : Un long parcours d'implication
À 74 ans, il est l'homme à la retraite bien occupée. Président de la conférence Saint-Vincent-de-Paul de Duberger, il est également président du conseil central de l'organisme pour la région de Québec et Chaudière-Appalaches. Presque du temps plein. Cela ne l'empêche pas de faire bénévolement des déclarations d'impôt pour les personnes démunies.
«Ce qui me fascine, c'est la charité, mais pas juste pour donner de la nourriture; c'est écouter, essayer de comprendre, encourager.»
Le ton est donné. «Il y a l'assistance qui déshonore et l'assistance qui honore. Celle qui honore ne juge pas, mais considère le démuni comme un frère qu'on aide un jour, qui peut peut-être nous aider un autre jour. C'est ça qui me motive, et de plus en plus d'ailleurs.»
C'est au Collège Mérici que M. Vaillancourt a exercé l'art de la philosophie, qu'il a tenté d'insuffler à ses étudiants ce désir d'aller davantage au fond des choses.
L'enseignant sème, mais ne sait pas ce qui va éclore, dit-il humblement.
De 1963 à 1996, il a arpenté les couloirs de l'établissement privé, dont neuf ans comme directeur général entre 1970 et 1979. Lorsqu'il est redevenu professeur et syndiqué après son passage à la direction, il n'a fait ni une ni deux et a milité dans son syndicat, raconte-t-il en riant.
C'est aussi à la même époque qu'il s'est engagé auprès des «boat people» qui débarquaient à Québec. Depuis, il y a toujours eu des immigrants dans sa vie et il est aujourd'hui le parrain de deux petits Colombiens de 5 et 9 ans.
Entre la mise sur pied de cuisines collectives et de groupes d'achat avec Solidarité Famille Duberger-Les Saule, la mise sur pied de l'aide aux devoirs à l'école primaire La Mosaïque, les ateliers de conversation française pour aider les réfugiés à pratiquer leur nouvelle langue tout en rencontrant des Québécois, l'apprentissage de l'espagnol pour aider des Péruviens à obtenir le statut de réfugiés, Jean-Marc Vaillancourt ne s'est pas éparpillé, mais a suivi la même ligne, celle de l'amour de son prochain. Sa personne elle-même dégage une grande tendresse. Le regard franc, le rire qui fuse à tout moment suscitent la sympathie.
Ce qu'il retire de son parcours? «Ce n'est pas tellement les remerciements même s'ils viennent de temps en temps. C'est plutôt le sentiment d'avoir répondu à un besoin.»
La Saint-Vincent-de-Paul est entrée dans sa vie à la retraite. Il a mis la main dans le tordeur, et le bras et tout le reste y sont passés!
En tant que catholique pratiquant, cet engagement le rejoint particulièrement. Car M. Vaillancourt croit pertinemment que le christianisme est la racine d'où émergent les valeurs de charité et de compassion.
Manque de balises
L'ancien professeur dit avoir le sentiment que les jeunes d'aujourd'hui manquent de balises, tout comme leurs parents, en raison de la perte des valeurs religieuses. «Ils sont toujours à courir après quelque chose, mais ils ne savent pas très bien après quoi.»
La compassion serait alors l'apanage des croyants? «Non. Oui», répond-il avant de clarifier sa pensée. «Il y a des choses qu'on transmet qui viennent de la racine. Et on a perdu la racine.»
Tant qu'à être sur cette voie, que pense-t-il de la charte de la laïcité?
C'est le philosophe qui répond et dit regretter qu'elle soit quasiment une charge contre l'Islam. Il ne voit pas en quoi un vêtement peut constituer un problème. Il se souvient des Ursulines qui portaient un voile serré sur la tête au début des années 60 et qui l'ont progressivement abandonné. De la même façon, croit-il, les pratiques musulmanes risquent de s'atténuer au fil des générations. «Quand on vieillit, on fait un peu le bilan. Je pense avoir répondu, selon les étapes de ma vie, le mieux possible aux défis. C'est peut-être ça au bout de la ligne qui donne un peu de sagesse.»