Jamboree: mal à l'ego, mal au dos

«Je peux-tu te dire que mon orgueil en prend tellement un coup! En ce moment, j'ai juste le goût de brailler et d'aller chez nous m'enfermer dans ma chambre...»
Laurie Blouin jasait avec son entraîneur au téléphone, après l'entrevue. Pour se donner rendez-vous pour dîner, mais aussi revenir sur ses deux essais ratés en ronde de qualifications du big air en snowboard de la Coupe du monde de Québec, jeudi.
La méga rampe érigée en plein centre-ville sur 40 mètres de hauteur et 91 mètres de longueur a été impitoyable envers les planchistes locaux, en ce premier jour de compétitions officielles. Malgré une solide débarque sur son deuxième saut, Blouin, résidente de Stoneham, s'en est tirée avec une simple écorchure à l'ego.
Francis Jobin, lui, en a pâti davantage. À sa seconde tentative, l'athlète de Lac-Beauport a atterri sur sa planche... puis sur le dos, ravivant une blessure à la hanche subie la semaine passée. Le bas du dos et toute la jambe en ont subi les contrecoups, même si après vérification médicale et un peu de détente, Jobin allait mieux.
«Pourtant, ç'avait très bien été dans mes quatre sauts d'entraînement», rageait encore Blouin qui, à 20 ans seulement, en est à sa quatrième participation en six ans à l'étape de Coupe du monde de Québec et Stoneham. «C'est sûr que j'aurais aimé ça être en finale du big air à Québec [samedi], mais au moins il me reste le slopestyle...» a poursuivi celle qui n'a pu faire mieux que 25e et dernière du big air.
Le slopestyle est cette descente de six modules dont Blouin a été championne du monde junior, en 2013, et médaillée d'argent d'une Coupe du monde il y a deux semaines, dans les Dolomites italiennes. Où il faisait d'ailleurs un radieux 7 °C, soit une trentaine de degrés de plus que la température ressentie jeudi à Québec.
Ses chances sont bonnes en slopestyle, une discipline olympique. La ronde des qualifications olympiques est ouverte et Blouin vise une participation aux JO de 2018, dans un an, en Corée. D'ici là, elle passera le prochain mois au Colorado, pour le US Open, puis en Espagne, pour les Championnats du monde.
Avec l'élite
Jobin prévoyait aussi s'aligner en préliminaires du slopestyle vendredi, à Stoneham, mais il attendra de voir au matin si sa hanche est assez rétablie. Épaulé par son père et son amie planchiste Océane Fillion à sa sortie du parcours, il n'en menait d'abord pas large.
«J'aimerais ça revenir demain [vendredi], mais je vais voir avec la physio», a-t-il indiqué plusieurs minutes plus tard, sentant ses forces revenir. Dix-huitième l'an passé, Jobin a cette fois dû se contenter du 49e rang sur les 61 concurrents du big air de Québec.
Mieux qu'un certain Sébastien Toutant, 51e, vedette mondiale de la discipline. L'autre étoile québécoise de la planche, Maxence Parrot, accède pour sa part directement à la finale de samedi, tandis qu'Antoine Truchon n'est pas passé non plus.
Jobin s'inspire de ses compatriotes et collègues qui dominent big air et slopestyle à longueur d'hiver, comme Parrot, Toutant et Mark McMorris. Médaillé de bronze aux Mondiaux juniors en big air et champion canadien junior de slopestyle l'an dernier, Jobin, 18 ans, calcule que temps et travail lui permettront d'atteindre leur niveau.
«Je viens voir cette compétition [de Québec] depuis que j'ai huit ou neuf ans. J'ai toujours rêvé de faire ça et maintenant, je suis content de pouvoir participer et performer avec les meilleurs», a-t-il conclu, avant de rejoindre la voiture familiale en boitillant.
Pas de bosses pour Gestev
On dit l'étape de Coupe du monde de ski de bosses de Val-Saint-Côme menacée de déménager ailleurs au Québec ou même au Canada. Mais ne comptez pas sur Gestev, qui organise la Coupe du monde planche et ski en style libre de Québec, pour prendre le relais. «Nous avons effectivement été sollicités il y a quelques années, mais nous avons décliné pour plusieurs raisons, dont la principale était la "question de timing". Nous avons préféré nous concentrer sur l'introduction du ski acrobatique dans le Jamboree et la Super Serie [de big air] dans une perspective à long terme», explique Patrice Drouin, président de la filiale événementielle de Québecor. Et il semble que ce «timing» n'est pas près de revenir, car l'agenda déborde chez Gestev.  
La «moyenne» et les jeunes
À 28 ans, Kim Lamarre n'aime pas se faire dire qu'elle commence à être vieille pour le ski acrobatique en style libre. «Je dirais une "moyenne". Je n'aime pas ça dire "vieille", mais les deux jeunes qui poussent beaucoup ont 14 et 15 ans. J'ai le double de leur âge, sauf que j'ai l'expérience de mon côté. Mais ça pousse fort», concède celle dont la carrière internationale n'a pris son envol qu'au tournant de la vingtaine. Notons que parmi les 24 finalistes femmes et hommes du slopestyle de la Coupe du monde dimanche, à Stoneham, Lamarre (1988) sera la seule skieuse née dans les années 80. Vingt-et-un ont vu le jour dans les années 90, comme Alex Beaulieu-Marchand (1994) et Alex Bellemare (1993), et même deux dans les années 2000. Deux rivales directes de Lamarre : la Française de 15 ans Tess Ledeux (2001) et la Suisse Mathilde Gremaud (2000), qui a eu 17 ans mercredi. Ledeux et l'Estonienne de 14 ans Kelly Sildaru, absente à Québec, constituent l'avenir féminin du sport. Autre gros nom manquant au peloton de Québec, la Montréalaise Kaya Turski a elle aussi 28 ans, comme son amie Lamarre.
À l'horaire vendredi
Québec/big air (ski)
• 10h à 12h57 (femmes) : entraînements et qualifications
• 13h à 18h02 (hommes) : entraînements et qualifications
Stoneham/slopestyle (planche)
• 8h10 à 8h55 (F) : entraînements
• 9h05 à 10h25 (F) : qualifications
• 10h40 à 11h25 (H) : entraînements
• 11h35 à 12h55 (H) : qualifications
• 13h à 13h45 (H) : entraînements
• 13h55 à 15h15 (H) : qualifications