Xavier Dolan
Xavier Dolan

J'ai tué ma mère triomphe aux Jutra

Le film cendrillon du cinéma québécois de l'an dernier, J'ai tué ma mère, a bouclé la boucle d'un triomphe international inespéré et inattendu en décrochant le Jutra du meilleur film et du meilleur scénario, hier soir, à l'occasion de la Soirée des Jutra, présentée à La Tohu, à Montréal.
Anne Dorval était très émue lorsqu'elle est allée chercher son trophée pour la meilleure actrice, dans <i>J'ai tué ma mère.</i>
Aucun raz-de-marée pour cette 12e édition puisque trois films se sont partagé les honneurs. Outre J'ai tué ma mère (quatre prix), Polytechnique (cinq) et Dédé à travers les brumes (quatre) ont attiré presque à parts égales l'attention des votants.
«On ne s'habitue pas à recevoir des prix. Je suis toujours autant flatté. Ici, c'est chez-moi. C'est une victoire que je savoure avec chaque cellule de mon être», a confié à une meute de reporters Xavier Dolan, le «Rimbaud» du cinéma québécois,
Le premier long-métrage du jeune cinéaste, lauréat de 25 prix dans des festivals internationaux (dont celui de Cannes, où il avait été présenté à la Quinzaine des réalisateurs), a de plus permis à Anne Dorval de rafler le prix de la meilleure actrice.
En coulisses, à l'issue d'un discours de remerciements empreint d'une émotion difficilement contenue, la comédienne a révélé que ce premier Jutra représentait beaucoup pour elle, puisque décerné par ses pairs. La comédienne a ajouté être «fière d'avoir eu le flair» de miser sur le film d'un jeune cinéaste inconnu. «Ça prouve que je suis capable de lire un scénario», a indiqué celle qui aura un petit rôle dans le prochain film du jeune cinéaste, Les amours imaginaires.
J'ai tué ma mère s'est également distingué en remportant le Jutra (prévisible) du film s'étant le plus illustré hors Québec.
Le drame Polytechnique, nom-mé dans sept catégories, est reparti avec les prix de la meilleure réalisation (Denis Villeneuve), du meilleur acteur de soutien (Maxim Gaudette) de la meilleure photographie (Pierre Gill), du meilleur montage (Richard Comeau) et du meilleur son (Pierre Blain, Claude Beaugrand et Stéphane Bergeron).
Avec le recul, Denis Villeneuve a estimé qu'il aurait aimé un film encore plus épuré et sobre, mais qu'il demeure persuadé d'avoir fait le bon choix en choisissant de faire un film «sur les victimes plutôt que sur le tueur».
Ricard l'emporte
L'inoubliable et touchant alter ego d'André «Dédé» Fortin, Sébastien Ricard, a comme prévu mis la main sur le Jutra du meilleur acteur pour Dédé à travers les brumes. Retenu à Québec pour la télésérie Québec-Montréal, pour laquelle il s'était engagé depuis un moment avec le groupe Loco Locass, c'est par l'entremise d'un enregistrement vidéo que le comédien a exprimé ses remerciements.
En nomination dans 10 catégories, Dédé à travers les brumes, de Jean-Philippe Duval, a vu le travail de ses artisans récompensé pour la direction artistique (David Pelletier), les costumes (Jundy Jonker) et la musique.
Mère à la langue bien pendue dans 1981, Sandrine Bisson a remporté le Jutra de la meilleure actrice de soutien. Un récompense pleinement méritée pour la comédienne de 34 ans, révélée au petit écran dans Le négociateur 2.
Aussi verbomotrice que son personnage au grand écran, l'actrice n'en revenait tout simplement pas de l'honneur reçu. «C'est pas un rêve, je l'ai entre les mains...» a lancé dans un grand éclat d'enthousiasme celle qui avait pris soin d'écrire au crayon feutre sur son bras gauche, advenant une victoire, les gens à remercier. Nervosité aidant, ce bras ne lui a finalement jamais servi...
L'esprit du tireur fou
L'immense défi de Maxim Gaudette d'endosser le personnage «casse-gueule» de Marc Lépine, dans Polytechnique, relevé haut la main, lui a valu d'être honoré du prix du meilleur acteur de soutien. «La crainte [d'incarner Marc Lépine] s'est vite dissipée au début du tournage», a confié Gaudette à la presse, après avoir reçu son prix. «J'ai pris confiance. Je me suis vite rendu compte que j'étais dans un travail de création», a révélé Gaudette, ajoutant que l'esprit du tireur fou continuait à l'habiter.
Le Jutra des meilleurs maquillages a été remis à Cadavres (Judy Jonker), alors que celui des meilleures coiffures a été l'affaire de Linda Gordon pour 1981.
Le grand perdant de la soirée : Grande Ourse - La clé des possibles qui a fait chou blanc à neuf reprises. Je me souviens, d'André Forcier, est également rentré bredouille malgré ses six mises en nomination.