Isabelle Boulay a eu le coup de foudre pour Serge Reggiani à l'âge de 16 ans. Elle a attendu d'en avoir 42 pour lui consacrer un spectacle complet.

Isabelle Boulay: une digne héritière de Serge Reggiani

On se doutait bien que le répertoire de Serge Reggiani serait entre bonnes mains chez Isabelle Boulay : l'album-hommage paru au printemps dernier avait après tout mis la table de bien belle façon. À la fois sobre et vibrante, respectueuse et pleine d'affection, la transposition scénique déployée lundi à la salle Albert-Rousseau est loin d'avoir déçu.
Ce que la chanteuse célèbre avec ce projet artistique, c'est 26 ans d'amour. Elle confie avoir eu le coup de foudre pour Serge Reggiani à 16 ans. Elle a attendu d'en avoir 42 pour lui consacrer un spectacle complet. C'est semble-t-il l'âge qu'avait son idole lorsqu'il a pris le virage vers la chanson. Sans doute est-ce un hasard. N'empêche qu'il fallait une interprète mature et en pleine possession de ses moyens pour s'approprier ce répertoire masculin d'une manière si organique, sans que l'exercice ne semble calqué ou emprunté. Isabelle Boulay peut revendiquer le statut sans gêne.
Après avoir attendu si longtemps pour monter son hommage, la chanteuse y a visiblement mordu à belles dents... et elle a joué le jeu jusqu'au bout. Les 14 titres immortalisés sur l'album Merci Serge Reggiani ont été rejoints par huit autres relectures livrées avec ce qu'elle a décrit comme son «carré d'as» : Marc Papillon-Ferland (violon, ukulélé, etc.), Benoît Sarrasin (piano), Claude Pineault (voix, guitares, percussions) et Martin Bachand (direction musicale).
Entre l'intimiste et l'intense - la touchante Si tu me payes un verre ou la sportive Je t'aimerais remportent ici la palme -, le dépouillé et le bluesé (une Sarah bien assumée), Isabelle Boulay a fait honneur à plusieurs dimensions du répertoire de Reggiani. 
Alors qu'on a retrouvé avec plaisir sa souriante version de Ma solitude rhabillée de ukulélé, sa livraison le coeur sur la main de la magnifique Le petit garçon était à donner des frissons.
Isabelle Boulay avait exprimé en début de soirée sa volonté de parler peu pour laisser toute la place à l'univers de Reggiani. Voilà sans doute un défi pour la volubile chanteuse, qui en a souvent long à dire entre les pièces. Elle voulait ainsi que son public reparte en connaissant un peu mieux celui à qui elle rendait hommage. Mais au fil de quelques anecdotes et du choix des chansons qu'elle a voulu faire siennes, c'est aussi elle qui se révèle un peu plus dans ce concert.
Le spectacle Merci Serge Reggiani sera présenté en supplémentaire à la salle Albert-Rousseau le 13 mai.