L'intimidation sera à l'ordre du jour le jeudi 2 octobre à Québec lors d'un forum national annoncé en juin par le premier ministre Philippe Couillard.

Intimidation: le quart des suspects sont mineurs

Plus du quart des auteurs présumés d'infractions liées à l'intimidation en 2012 ont moins de 18 ans, révèle Statistique Canada. Un phénomène inquiétant d'autant plus que seulement 1 personne sur 10 signalerait ce type de crime à la police.
Les crimes d'intimidation incluent des infractions avec menace de violence. En 2012, ils représentaient 20 % des 9084 cybercrimes déclarés par la police, soit 1839. La profération de menaces (8 %) et le harcèlement criminel (6 %) étaient les infractions d'intimidation les plus courantes.
Ce qui frappe surtout, c'est le pourcentage de personnes mineures suspectées de commettre ces crimes. Selon les chiffres de Statistique Canada, il y a surreprésentation des moins de 18 ans. Ils représentent plus du quart des suspects.
Quoique ces données soient très intéressantes, il faut mettre en question leur justesse, avertit Benoit Dupont, criminologue à l'Université de Montréal. Selon lui, le phénomène pourrait être beaucoup plus important chez les jeunes, comme dans la population en général.
«Une étude de 2009 indique que seulement 7 % des personnes avaient déclaré être victimes d'intimidation. On pourrait donc multiplier par 10 le nombre de crimes d'intimidation rapporté par la police», explique-t-il.
L'intérêt de ces statistiques, selon lui, repose surtout sur le fait que les services de police sont de plus en plus sensibles à la cybercriminalité et, par le fait même, tentent de la décortiquer pour mieux la comprendre.
«Ils peuvent ainsi mieux la prévenir, sensibiliser davantage et mieux identifier les agresseurs potentiels. Ça donne des chiffres sur lesquels s'appuyer pour construire des modes d'intervention plus appropriés. Pour eux, c'est encore relativement nouveau. Ça les oblige à changer leurs méthodes d'enquête», soutient le criminologue.
M. Dupont ne va pas jusqu'à dire que la cyberintimidation aggrave la victimisation des jeunes. Mais c'est certainement un nouveau moyen qu'il faut combattre. Heureusement, il existe des outils efficaces. «Ça devient plus facile pour les policiers. L'avantage semble être que ces crimes laissent toujours des traces informatiques», précise-t-il.
L'heure du bilan
Jasmin Roy n'a plus besoin de présentation. La fondation qui porte son nom lutte contre l'intimidation dans les écoles. Après quatre ans de combat, l'heure est au bilan. «C'est bien beau de sensibiliser, mais il faut voir si ce qu'on met de l'avant est efficace», lance-t-il.
Il donne pour exemple une étude sur l'intimidation menée par l'Université Laval qui a révélé que 80 % des enseignants ne sont pas formés pour agir adéquatement. «Dans les écoles, je vois des gens qui me disent: "Je voudrais aider, mais je ne sais pas comment"», raconte celui pour qui la formation doit devenir une priorité.
N'empêche, M. Roy a l'impression d'avoir fait du chemin depuis 2010. Il sent qu'un changement de culture s'opère dans la cour d'école. Le problème réside maintenant peut-être dans la cour des parents, dont plusieurs conseillent à leur enfant de rendre coup pour coup. Une situation qui n'aide pas la résolution de conflit. «C'est comme s'il y avait un décalage entre ce que l'école entreprend et la méthode parentale.»
L'intimidation sera à l'ordre du jour le jeudi 2 octobre à Québec lors d'un forum national annoncé en juin par le premier ministre Philippe Couillard. Il en sera question chez les jeunes, comme chez les adultes, particulièrement les aînés.