«Ce référendum nous ne le tiendrons que lorsque nous jugerons qu'une majorité de Québécois veulent faire ce vote», a déclaré Jean-François Lisée.

Interventions d'Ottawa: les Québécois ont «développé des anticorps», dit Lisée

Jean-François Lisée croit que les «Québécois ont développé des anticorps face aux interventions des leaders du Canada et des autres provinces» dans leurs débats politiques.
M. Lisée a lancé cette remarque à la suite des nouvelles indiquant que le premier ministre fédéral, Stephen Harper, s'active devant la perspective que le Parti québécois (PQ) forme un gouvernement majoritaire. M. Harper redoute l'effet sur l'unité canadienne de l'élection d'un gouvernement souverainiste qui pourrait lancer un plébiscite sur l'indépendance du Québec.
Pas de commentaire
À Laval, où elle a réuni ses militants pour l'adoption de la plateforme de sa formation, la chef du Parti québécois a refusé net de commenter les discussions que M. Harper a eues avec les chefs d'opposition à Ottawa, le libéral Justin Trudeau et le néo-démocrate Thomas Mulcair. «Nous avons notre agenda, a-t-elle répondu. Nous n'avons pas besoin de nous préoccuper de l'agenda» des politiciens fédéraux.
Jean-François Lisée ne s'est pas fait prier pour analyser ce qu'il perçoit des échanges amorcés par M. Harper, qui s'est aussi entretenu avec des premiers ministres de provinces.
«Nous avons un débat démocratique», a soulevé l'influent membre du cabinet de Pauline Marois. «Tout le monde peut intervenir. Nous avons deux chefs [de formation politique fédérale] qui sont Québécois», MM. Trudeau et Mulcair.
«Ce que je dis, a-t-il poursuivi, c'est que les Québécois ont déjà joué dans ce film où des leaders fédéraux et des provinces [du reste du Canada] interviennent dans leur débat. En 1995, ils ont organisé le grand ralliement de l'amour», à la veille du référendum sur la souveraineté, perdu par un souffle par le Oui.
«Et rien ne s'est produit par la suite» en termes de changement, pour la Constitution comme pour l'économie québécoise, a enchaîné le ministre Lisée. «Les Québécois sont un peu sceptiques de choses qui pourraient être dites par les leaders du reste du Canada.»
L'ex-conseiller des chefs péquistes Jacques Parizeau et Lucien Bouchard a soutenu que ces derniers n'ont pas un bon historique pour ce qui est d'honorer des promesses faites au Québec.
Il en a profité pour charger le meneur du Parti libéral du Québec (PLQ). À son avis, «ce que M. Harper avoue, c'est qu'il n'a pas confiance dans Philippe Couillard. Il est aussi déçu [du chef du PLQ] que les Québécois, en général».
Gouvernement majoritaire
Les collègues de M. Lisée ont semblé se ficher des discussions que le conservateur Stephen Harper a à propos des élections québécoises. «Nous allons tout faire pour donner raison à M. Harper, pour que les Québécois se donnent un gouvernement majoritaire» du PQ, a laissé tomber Alexandre Cloutier, titulaire du portefeuille des Affaires intergouvernementales.
Bernard Drainville, responsable du stratégique dossier de la charte de la laïcité, a mentionné avec une moue : «Les états d'âme du gouvernement Harper, je ne m'occupe pas de cela. J'espère que les partis politiques fédéraux respecteront le droit démocratique des Québécois d'élire le gouvernement qu'ils souhaitent élire.»
La CAQ prête à «se battre» pour éviter un référendum
François Legault et la Coalition avenir Québec (CAQ) sont résolument dans le camp du Non et entendent «se battre» pour éviter la tenue d'un référendum.
«On ne peut pas, quand on reçoit 9 milliards $ de péréquation parce qu'on est plus pauvres que les autres provinces, se permettre de diviser les Québécois», a déclaré samedi matin M. Legault.
Il préfère «laisser à Pauline Marois et Philippe Couillard les chicanes» constitutionnelles. Il n'a donc pas été très loquace sur les approches effectuées par Stephen Harper auprès de ses homologues provinciaux sur la question nationale.
«Ce n'est pas à M. Harper de décider, a-t-il déclaré. C'est aux Québécois à décider de l'avenir du Québec. C'est très clair.»
Son parti est composé de souverainistes et de fédéralistes qui acceptent de mettre en veilleuse l'enjeu référendaire pour se concentrer sur un renforcement du Québec, plaide-t-il. «On accepte d'être dans le Canada, mais il faut aller chercher des pouvoirs additionnels», a réitéré M. Legault, lui-même un ex-ministre du PQ. Il espère rapatrier des pouvoirs en matière de culture, de langue et d'environnement.
«L'inquiétude, elle est partout», a répondu M. Couillard lorsque questionné sur le fait que le gouvernement Harper se prépare à la perspective d'un gouvernement péquiste majoritaire. «L'inquiétude est d'abord parmi la population. C'est de plus en plus clair qu'on ne peut pas se permettre encore un gouvernement péquiste au Québec», a-t-il ajouté en évoquant de nouveau ce qu'il qualifie de «désastre de l'emploi et des finances publiques». «L'inquiétude, elle part du monde qui nous entoure, elle joint les entreprises et les gouvernements incluant le gouvernement fédéral», a-t-il avancé. «Mais je veux vous rassurer tout de suite : on va former un gouvernement libéral majoritaire.»  Avec Simon Boivin avec Valérie Gaudreau