Jean Charest prononçait une allocution sur l'accord économique Canada-Union européenne, lundi, à Montréal.

Intégrité: Charest coi, Couillard évasif

Si le libéral Philippe Couillard n'a pas l'intention de renier l'héritage de Jean Charest, il suggère que son prédécesseur au Parti libéral du Québec (PLQ) aurait dû lancer plus tôt l'enquête sur la corruption. Le principal intéressé, lui, a fui les journalistes, évitant toute question sur l'intégrité du gouvernement qu'il a dirigé.
Heureux hasard pour les journalistes qui suivent la caravane électorale de l'actuel chef libéral. À leur arrivée à l'hôtel, à Montréal, ils ont appris que M. Charest y prononçait une allocution sur l'accord économique Canada-Union européenne, accord dont il se plaît à dire qu'il a été l'initiateur, en 2007.
L'ex-politicien a cependant décidé de ne pas s'arrêter devant les caméras.
«Comment allez-vous? Ça va bien, merci! Je suis en grande forme. Je suis très heureux», a-t-il laissé tomber en fonçant vers la table d'honneur. Pourchassé par les journalistes après la conférence, Jean Charest n'a pas desserré les lèvres.
Un point de presse était prévu par la Convention d'affaires Canada-France. Les organisateurs ont fait valoir que «l'horaire surchargé» de l'ancien leader du PLQ a forcé son annulation.
Pendant son discours, M. Charest s'est limité à l'humour pour évoquer la campagne électorale qui, elle, bat son plein. «Il faudra que je parle d'élections, aujourd'hui... Je parle des élections municipales en France, évidemment.» Il n'a évidemment pas frôlé le thème de l'intégrité, un point sur lequel son gouvernement a été vertement semoncé et sanctionné.
Pas les élections de 2012
La sortie publique de Jean Charest est tombée pile avec les attaques renouvelées des adversaires de Philippe Couillard et l'éthique de ses troupes.
La péquiste Pauline Marois et le caquiste François Legault ont notamment dénoncé le fait que l'équipe du chef libéral compte 18 candidats qui ont été ministres sous Jean Charest. Ils ont rappelé que les libéraux de l'époque ont voté 11 fois contre la mise sur pied de la commission Charbonneau.
En matinée, à Sherbrooke, le leader du PLQ a affiché son étonnement devant la virulence des propos de son adversaire de la Coalition avenir Québec. François Legault a soutenu que les neuf années de pouvoir de Jean Charest «ont donné de la merde» et qu'il est découragé de penser que les Québécois vont céder à la «peur» du référendum que propage M. Couillard.
«M. Legault aura des réponses», a signalé Philippe Couillard au sujet de l'intention du caquiste d'en parler au second débat télévisé. «Mais c'est la première fois que je vois descendre M. Legault à ce niveau marécageux de la politique.»
Le chef du PLQ n'a pas voulu dire s'il a été surpris d'apprendre qu'il a fallu qu'un «noyau de députés» convainque l'ensemble du caucus pour créer la commission Charbonneau, comme l'a révélé Michel Matte, ex-député et candidat dans Portneuf. «Je n'étais pas là. Mais je sais maintenant que la commission est là et que c'est le gouvernement libéral qui l'a créée.»
Philippe Couillard a refusé de répondre s'il y a eu des conséquences à retarder la mise sur pied de la commission Charbonneau. Pourquoi? «Parce que cette question fait partie des sujets discutés à l'élection de 2012. On ne refait pas l'élection de 2012. Elle a eu lieu. Les Québécois se sont prononcés.»
Propos ambigus
M. Couillard a tenu des propos ambigus sur le retard à donner le feu vert. «Ce n'est pas le délai de mise en place qui va faire qu'elle sera moins utile. Au contraire, elle risque même d'être plus utile», a-t-il mentionné sans plus de précisions.
Il n'a pas été possible de questionner le meneur du PLQ sur la décision de Jean Charest de ne pas s'entretenir avec les médias. Lundi matin, il a cependant fait allusion à un coup de main qui se veut modeste de la part de l'ex-premier ministre au candidat libéral dans Sherbrooke, Luc Fortin.
Jean Charest a été député de l'endroit pendant 28 ans, à Ottawa, puis à Québec. «Il joue un rôle très discret comparé à des prédécesseurs péquistes qu'on voit régulièrement revenir sur le terrain. M. Charest ne se mêle pas de la campagne nationale du tout.»